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Rue Saint-Malo

la rue Saint-Malo en 2012



Sommaire

Rue Saint-Malo à Recouvrance

La rue Saint-Malo, seule rue contemporaine de la Révolution à avoir été épargnée par les bombardements alliés dans une ville dont 75% du tissu urbain était anéanti à la fin de la guerre, est un témoin important de l'identité de Brest.

rue Saint-Malo en 2009
la venelle Saint-Malo en 2007



Localisation

Rue Saint-Malo à Brest
Chargement de la carte...


Située rive droite au cœur du vieux quartier populaire de Recouvrance dans le creux d'un vallon cerné par les terrains de la Royale, le terrain de la Madeleine, la levée de Pontaniou et les Ateliers du Plateau des Capucins, ses évolutions rendent compte, entre autres, des interactions et des contraintes que l' importante activité militaire de Brest a exercé au fil du temps sur les espaces civils et sur le contexte social au travers des vingt générations de brestois ayant vécues dans ce petit bout de Recouvrance.



Origines de la Rue : Site, Situation, Usages

Le Vallon de Pontaniou

Élévation de la façade rue Saint-Malo

C'est au creux de l'un des vallons dessinés par les eaux s'écoulant vers la Penfeld, au Sud du plateau des Capucins, que le tracé de la rue St Malo, simple chemin rural bordé de quelques bâtisses à la fin du XVIIe siècle, trouve ses origines. L'architecture simple des maisons et la nature des matériaux de construction témoignent du niveau social modeste de ses habitants.

A cette époque, la chaussée débouche directement sur les rives de la Penfeld, au niveau de l'Anse de Pontaniou, utilisée très tôt par les pêcheurs de bourg de Ste Catherine comme port d'échouage pour le carénage de leurs bateaux, puis aménagée pour les besoins de l'arsenal ; le bas de la rue est soumis au balancement des marées.

Situation de la rue Saint-Malo en 1790 - Aquarelle de D.Larvor à partir du plan de Desandrouins

Le Refuge Royal

Modélisation 3D du Refuge Royal par Daniel Larvor

Au XVIIIe, alors que le port militaire est en plein essor, les autorités, embarrassées par le développement de la prostitution, décident de la construction d'un lieu d'enfermement pour les filles de petite vertu et de mauvaise vie. La conception du Refuge Royal, ensemble de bâtiments d'envergure sur l'actuel terrain de la Madeleine et longeant le bas de la rue St Malo, est confiée à Choquet de Lindu, ingénieur des travaux du port (voir plan) qu'il dessinera en 1736.

Encadrées par les sœurs de St Thomas de Villeneuve les pénitentes, prostituées et femmes condamnées, sont marquées de la fleur de lys au fer rouge avant d'être enfermées et exploitées pour les besoins de la Royale, notamment pour tanner les toiles à voile. Une autre partie du Refuge accueille des veuves, orphelines et autres femmes sans homme.

L'épisode du Refuge Royal ne sera que de courte durée puisqu'il sera entièrement détruit par un incendie le 10 février 1782, initié par la Belle Tamisier, femme enfermée suite à un procès sommaire pour mauvais mœurs au cours duquel elle avait déclaré « Ici [au Refuge Royal] je vais faire mon carnaval ». Le Refuge ne sera jamais reconstruit.

L'Enclavement de la rue par les terrains de la Royale

Avec l'expansion de l'Arsenal au cours du XIXe siècle, la rue St Malo se ferme peu à peu, cernée par les constructions militaires.

  • La Levée de Pontaniou fut construite de 1807 à 1809 par l'ingénieur Trouille : composée par le bâtiment aux Lions, d'une rampe, et couverte par la rue de Pontaniou, elle sert à la fois de clôture de l'anse et de l'arsenal, et de voie de communication entre la Cayenne (au Sud) et le plateau des Capucins qui vient d'être attribué à la Marine suite à la dissolution par les révolutionnaires de la communauté religieuse l'occupant depuis le XVIIe siècle. L'extrémité septentrionale du Bâtiment aux Lions condamne le bas de la rue St Malo qui depuis, se termine brusquement en impasse, l'isolant de la rive de la Penfeld.
  • Le terrain de la Madeleine, longeant les derniers 100m de la rue, est lui aussi clôturé par un haut mur aveugle.
  • Les Ateliers des Forges surplombant au nord la rue St Malo et l'Anse de Pontaniou sont édifiés au milieu du XIXe, le plateau est à son tour délimité par un mur d'enceinte.

Un quartier mal considéré

Le nom de la rue Saint-Malo serait inspiré de ses premiers habitants, les charpentiers de marine, malouins, venus à Brest lors de l'essor du port.

Les conditions de vie sont difficiles et le quartier, pauvre, mal considéré :

"Nous traversons ensuite le faubourg de Recouvrance, aux rues disloquées, abruptes, dévalant en pente et hachées d'escaliers. Les maisons sombres, mal bâties, aux fenêtres aveuglées de monceaux de journaux collés, aux volets démantibulés et branlants dont la peinture s'écaille et se boursoufle d'ampoules, aux murs marbrés, par les eaux des gouttières disjointes et pendantes, d'ignobles jaspures pareilles aux émaux coulant de certaines poteries, ont un air navrant de misère et de malpropreté. Sur les trottoirs étroits, des femmes en haillons lavent leurs pauvres guenilles, d'autres versent leurs eaux sales dans les ruisseaux, véritable sentine à ciel ouvert où des gosses crasseux, vautrés, se battent à coups de trognons de pommes[1]"

Les Plaies

La ville Martyre

rue Saint-Malo - 1988

Les bombardements alliés de la IIe guerre mondiale détruisent presque entièrement la ville-arsenal occupée. Brest est anéantie. Rue St Malo, quelques bâtisses et la partie la plus encaissée de la voie, les derniers 100m, sont épargnés ; le lavoir est touché.

L'Abandon forcé

Mais dès 1965 les quelques maisons miraculées sont vouées à la démolition : la ville incite les habitants à vendre et exerce son droit de préemption dans l'idée de détruire ces logements insalubres (absence d'eau courante, vétusté, humidité), la partie ancienne de la rue St Malo se dépeuple progressivement.

Quinze ans après le dernier habitant vend les deux maisons dont il est le propriétaire, le 15 et le 17. Dès lors, les toitures de zinc couvrant les bâtisses disparaissent rapidement, précipitant la dégradation des maçonneries...

Une démolition programmée...

Plusieurs idées de réaménagement sont envisagées pour le secteur de Pontaniou, programmant la destruction des vieilles bâtisses de la rue St Malo (Zone d'Aménagement Différé).

« Vous serez surpris par cette étonnante rue où personne ne passe à moins d'avoir quelque chose à y faire. Elle se termine d'ailleurs en cul-de-sac pour les voitures, et c'est sans doute ce peu de fréquentation qui explique qu'elle reste dans un curieux état, tout du moins dans partie inférieure. En effet, plus qu'une rue, c'est quasiment, au fond de ce ravin, un cul-de-basse-fosse de la prison de Pontaniou toute proche ! D'ailleurs, en cet endroit, les appartements sont abandonnés et attendent depuis des années la pioche des démolisseurs. Une curieuse atmosphère règne dans cette rue fantôme où la vie semble s'être arrêtée au début de ce siècle... » Jacques Richard - Le Télégramme 25 mars 1978

Angle des rues Saint-Malo et Le Guen de Kergangall durant la seconde guerre mondiale

D'une destruction programmée à un patrimoine revendiqué

Vivre la Rue

Vivre La Rue - Association loi 1901

En novembre 1990, Vivre la Rue, association loi 1901, délogée de son précédent repaire de la rue Sébastopol, le Renc'Arts, emménage rue St Malo, avec l'accord provisoire de la ville de Brest ; Pierre Maille remet les clefs à l'association.

Depuis leur abandon, la rue et la venelle St Malo sont devenues une décharge sauvage, les bâtiments, exposés aux intempéries, sont dégradés par les infiltrations. Les sympathisants de Vivre la Rue évacueront plusieurs centaines de tonnes de déchets et gravats au cours des deux premières années de l'installation de l'association.

La Polémique

L'arrivée de Vivre la Rue rue St Malo défraye la chronique : déclarations hostiles d'élus dans la presse locale [2], création d'une association visant à son l'expulsion, Vivre à Pontaniou. Mais derrière les bisbilles, ce sont bien deux visions de l'avenir de la rue et de ses bâtisses anciennes qui s'affrontent :

D'un côté, l'idée que la réhabilitation des maisons couterait bien trop cher pour un résultat peu satisfaisant. « Certaines hypothèses seraient déjà à exclure, comme la réhabilitation des maisons qui bordent la ruelle, et dont la majeure partie est aujourd'hui en ruines. Ce serait une bien mauvaise opération. Il a été calculé qu'un million de francs par logement serait nécessaire pour une remise en état. Par ailleurs, la rue est sombre, humide et enclavée : la collectivité aurait bien mauvaise conscience à y proposer des logements. Pas question de faire un ghetto à grands frais. » résume Daniel Maloisel, Maire-Adjoint du quartier de St Pierre[3]


De l'autre, un attachement à ces pierres du vieux Brest et l'idée qu'elles représentent un patrimoine précieux qu'il est important de conserver pour le faire connaître, le partager et le transmettre aux générations futures. « Devant l'éventualité d'un arasement total, l'association Vivre la Rue s'efforce avec une opiniâtreté digne d'estime, de sauver sa rue, mieux, de lui conférer, dans une connotation artistique, la possibilité de voir naître un centre culturel populaire... » Louis Chauris[4]

De nouvelles plaies

Bien qu'aucun des projets d'aménagement du secteur n'ait aboutit, des interventions successives des services de la ville entaillent profondément l'intégrité des édifices fragiles : la Caserne (au n°19) et le 21 sont éventrés, laissés béants par un chantier d'insertion en 1994. Le n°1, belle bâtisse recouverte d'un toit à pans coupés, est sacrifié en 1998 au nom de la modernisation du réseau d'évacuation des eaux pluviales du Carpon.

Prise de conscience tardive et encore fragile de l'importance de la sauvegarde de ce patrimoine en péril.

Morphologie actuelle de la rue

Aujourd'hui, deux sites caractérisent le patrimoine populaire bâti de la rue St Malo
Lavoir de Pontaniou

Le Lavoir

Construit en 1882, par l'architecte Olivier-Marie Guennoc, tout en haut de la rue, le Lavoir de Pontaniou présente deux bassins organisés en équerre, en granite appareillé, ouverts sur le champ de séchage clôturé par un mur en pierre.

La partie basse de la rue, aux bâtisses anciennes et à la chaussée pavée

Fontaine tout en bas de la rue
Rue Saint-Malo béante en 1998

À l'architecture vernaculaire du XVIIIe siècle et au parcellaire pittoresque, organisé en terrasses sur le flanc de vallon. Les Maçonneries anciennes de la Rue Saint-Malo sont constituées de pierres appareillées liées par de la terre (argile).

  • Avec un premier ensemble de constructions remarquables bien que sans style dominant apparent.
  • Une enfilade de maisons mitoyennes sur deux, trois ou quatre niveaux, toutes accessibles par la rue St Malo, et, pour les bâtisses du N°1 (détruite en 1998) au N°11, par la venelle St Malo accessible au premier niveau par les escaliers de la Madeleine.
  • La Fontaine, en Granite de l'Aber Ildut.
  • La chaussée a été entièrement repavée en 1998 lors des travaux de modernisation du réseau d'eau souterrain (rigole centrale moins accentuée qu'à l'origine).

Une page du site web de l'association LA MALOÏNE est dédiée à l'histoire de la Rue Saint-Malo.


Notes et références

  1. Albert Clouard, Tro breizh(tour de Bretagne), 1882 - [1]
  2. Article Vivre à Pontaniou ou Vivre la Rue Guerre des assos dans le Vieux-Brest, Ouest-France du 16 Novembre 1990, articles du 28 Novembre 1990 dans le Télégramme et le Ouest France
  3. Le Courrier du Léon - 24 Avril 1999
  4. Le Progrès-Courrier du Léon, 22 mars 2003

Voir aussi

Liens internes Vivre la Rue

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