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Bagne de Brest

    Edition N°1.jpg Cet article est extrait du magazine Patrimoines brestois


Sommaire

Un emblème de l'histoire de Brest

Le bagne de Brest Wikipedia-logo-v2.svg vers la fin du XIXème ou du début du XXème

Disparu depuis 150 ans, le bagne reste un élément emblématique de l'histoire de Brest, symbole de la dureté d'une justice ancienne qui condamne aux travaux forcés des pauvres bougres, vagabonds, contrebandiers ou voleurs de poule comme des criminels redoutés ; symbole aussi d'une ville de relégation, au bout de l'Occident loin du cœur du pays, où le poids de l'ordre militaire met à l'abri de toute possibilité de révolte ou de fuite.

Pendant près d'un siècle, de 1749 à 1858, plusieurs dizaines de milliers de prisonniers passent ainsi par Brest, travaillant enchaînés sur le port qu'ils contribuent à aménager en élargissant les quais ou en faisant reculer les falaises, ou en ville en participant par exemple à la première réalisation du cours Dajot. Mauvais garçons, escrocs, gamins miséreux vivant de petits vols ou "combattants irréguliers" belges, espagnols ou allemands luttant contre les troupes napoléoniennes, les bagnards ont constitué longtemps une part importante de la population de la ville (près de 10 % au 18ème siècle) qui n'était pas seulement enfermée dans le bagne mais circulait sur le port et parfois dans les rues de la ville, encadrée par des gardes à la sinistre réputation.

Univers sordide où le tiers des prisonniers meurt misérablement, le bagne est devenu à la fois au 19ème siècle un lieu de curiosité et de "tourisme" pour les voyageurs visitant Brest, l'un des marqueurs d'une identité négative de la ville et, à partir de 1830, l'objet d'un vaste débat sur son danger sanitaire et surtout son utilité sociale. C'est de ce débat qu'est née l'idée de la déportation en Guyane vers laquelle les derniers forçats de Brest embarquent finalement en 1858. La fin du bagne ne signifie pourtant pas son oubli et il reste bien présent jusqu'à aujourd'hui dans la littérature comme dans une certaine imagerie traditionnelle de Brest.

Auteur : Philippe Jarnoux

Le bagne de Brest ou la « prison-machine »

Corriger les corps et les esprits

Le cuirassé Danton avec en arrière plan le bagne de Brest Wikipedia-logo-v2.svg

A la fin du XVIIIe siècle se met en place ce que Michel Foucault a appelé la « prison-machine »[1] dont la vocation consiste d'une part à priver les individus délinquants de leur liberté, d'autre part à les corriger c'est-à-dire à exercer sur leurs corps et leurs esprits un ensemble de dispositifs destinés à normaliser leurs comportements. Le bagne de Brest Wikipedia-logo-v2.svg, construit par l'ingénieur Choquet de Lindu en 1750 et 1751 est emblématique de cette évolution de la justice carcérale. Dans un texte manuscrit conservé à la Bibliothèque municipale de Brest, Choquet de Lindu insiste sur la particularité de l'édifice construit à Brest qui est « presque le seul bâtiment qui ait été élevé dans la vue directe de renfermer les malheureux avec une dépense et une somptuosité au-dessus de tout ce qui a été fait en ce genre »[2]. Au lieu de réaffecter des locaux inutilisés - manufactures, corderies ou magasins - à la réclusion des condamnés, Choquet choisit donc de construire un bagne ex-nihilo, dont l'architecture fût expressément dictée par les objectifs assignés à ce type de résidence, à savoir « maintenir aisément la Police, éviter l'évasion [des détenus], et leur fournir les besoins indispensables à la vie ».

Une forme panoptique

Il fallait par conséquent que la forme même du bâtiment permît d'une part de surveiller, d'autre part de priver de liberté, enfin de garantir l'existence physique des individus. Trois piliers pour ainsi dire, de l'univers carcéral, qui se traduisirent par une configuration spécifique. Le bagne de Brest se caractérisait en effet par sa forme « panoptique », les postes de garde étant situés au centre de l'édifice de façon à permettre une surveillance globale. D'autre part, l'ensemble était ceint d'un mur infranchissable et les circulations conçues de manière à cloisonner rapidement les espaces en cas de sédition. Enfin, un effort tout particulier fut fait en matière de salubrité : de nombreuses latrines et fontaines, alimentées par un réseau complexe de canalisations provenant d'une citerne construite en amont, furent aménagées aussi bien dans les dortoirs que dans la cour intérieure. Ces « bains » - origine du mot « bagne » - étaient complétés par un système sommaire d'aération, l'ensemble devant permettre d'améliorer les conditions sanitaires et de limiter ce faisant le risque d'épidémies.

C'est dans ce lieu qu'était expérimentée, pour reprendre l'expression de Foucault, la « technologie corrective de l'individu ». Voleurs et assassins y étaient contraints à une discipline totale. Une manille au pied, les bagnards étaient enchaînés deux par deux, affublés d'un costume - bonnet rouge pour les condamnés « à temps » c'est-à-dire à durée déterminée, bonnet vert pour les condamnés à perpétuité - et soumis aux travaux forcés consistant, la plupart du temps à effectuer les tâches les plus pénibles, telles que l'aménagement du port et le creusement des formes de radoub. Aussi considérait-on que le travail participait de la « réhabilitation » des individus « déviants » que la société se devait de remettre dans le droit chemin en les intégrant dans un appareil destiné à les rendre dociles et utiles. Une réhabilitation qui passait également par la discipline religieuse, comme l'atteste « l'autel sur roulettes » prévu par Choquet et « que l'on transporte au pied de l'escalier pour venir à l'enfilade des salles et y dire la messe (...), les forçats ne bougeant point de leurs bancs ».

Forçat à perpétuité, forçat à temps, garde-chiourme

Un tourisme carcéral

Pour autant, l'univers du bagne était ouvert sur l'extérieur. D'une part, on l'a dit, en raison des travaux que les forçats étaient contraints d'accomplir sur les rives de la Penfeld ; d'autre part en raison des activités commerciales qui avaient lieu dans la cour intérieure de l'édifice, où les bagnards, disposant d'un privilège du roi, pouvaient à loisir vendre leur production artisanale dans des baraques adossées au mur d'enceinte. Si bien que le bagne fit l'objet d'un « tourisme carcéral », comme en témoigne un manuscrit anonyme de 1842 intitulé Excursion en Bretagne[3]. Deux jeunes gens d'une vingtaine d'années, de passage à Brest, poussent les portes de l'établissement pénitencier et y décrivent la vie des condamnés qui, lorsque le temps leur est offert, « se livrent au travail et confectionnent des petits ouvrages pleins de goût et qu'ils vendent bon prix aux curieux qui viennent les visiter ». Les bagnards étaient donc bel et bien visibles, et jouaient à ce titre un rôle social en suscitant tantôt l'indignation, tantôt la compassion des spectateurs, à l'instar de nos deux voyageurs qui, semblant s'y connaître en matière de frustration, s'émeuvent du fait que « la possession d'une femme leur [soit] interdite »... Sans doute était-ce là un moindre mal.

Auteur : Nicolas Tocquer


  1. Michel Foucault, "Surveiller et punir", Paris : Gallimard, 1975
  2. Choquet de Lindu, Description du Bagne. Édifice bâti pour logement de galériens ou forçats dans l'Arsenal de marine à Brest
  3. Excursion en Bretagne, 1842, BMB, MS183

Architecture du bagne

Plan du bagne

Aucune trace du bagne ne subsiste dans l'architecture de la ville. Heureusement les Archives demeurent.

Le Bagne s'installe sur la Rive gauche de la Penfeld en septembre 1748. Choquet de Lindu, ingénieur des bâtiments de la Marine, a été chargé de la construction du bâtiment situé à l'emplacement actuel du boulevard Jean Moulin. Mais, du passage de 60 000 bagnards pendant plus d'un siècle, il ne demeure, dans la ville, aucune trace visible.

Heureusement, il reste les Archives de cette institution pénitentiaire conservées essentiellement par l'antenne brestoise du Service Historique de la Défense mais aussi par les Archives municipales et communautaires. Ces dernières ont fait l'acquisition de dix lettres, sur un site d'enchères bien connu, provenant de toute la France et écrites par des familles inquiètes sur le sort de leur prisonnier(e) à la veille de la fermeture du bagne.

Sont-ils toujours vivants ? Sont-ils morts ? Ou encore, vont-ils être libérés par anticipation ? L'intérêt de ces lettres, outre l'émotion dont elles sont chargées, réside dans les réponses sèches, sans aménité et sans aucun état d'âme de l'administration du Bagne ou des gardes chiourmes eux-mêmes. On devine aussi, ligne après ligne, que des écrivains publics ont pris la plume pour exprimer ce que des familles modestes, ne sachant souvent ni lire ni écrire, avaient à exprimer aux autorités pénitentiaires.

Une exception : celle de ce père, que l'on devine de la bonne bourgeoisie de province, qui écrit au directeur pour lui signifier qu'il ne souhaite plus parler à ce fils misérable et qu'il l'a deshérité. L'achat de ces lettres va dans le droit fil de la politique patrimoniale d'acquisition définie par l'établissement : tous les aspects de la vie quotidienne de la population de l'agglomération brestoise, et en l'occurence ici, de ses hôtes forcés.

Auteur : Christine Berthou-Ballot

Plan du bagne

Tonnerres de Brest

A chaque fois qu'un forçat s'évadait, on faisait tonner le canon pour alerter les habitants. Le canon s'entendait à 20 km à la ronde, d'où l'expression favorite du capitaine Haddock : "Tonnerres de Brest !"

Extrait du Patrimoines Brestois N°6 - Le bagne de Brest - Hiver 2008


Une autre explication serait que des coups de canon étaient tirés pour annoncer l'ouverture et la fermeture de l'Arsenal de Brest chaque jour à 6h et 19h.

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