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Balade du Grand Kerber

Saint-Pierre-Quilbignon autrefois

Avant 1790, le terroir de Quilbignon se confondait avec la paroisse de Quilbignon, avant que cette étendu territoriale ne devienne commune de Saint-Pierre. C'est la Révolution qui imposa cette nouvelle entité administrative au détriment de l'ancienne organisation religieuse qui dépendait directement du diocèse du Léon qui allait lui-même disparaître dans tourmente révolutionnaire.

Curieusement c'est à cette époque que notre commune, comme pour se faire pardonner de prendre l'ascendant sur la paroisse, se fit appeler Saint-Pierre. Pour les anciens quilbignonnais l'origine du nom Saint-Pierre (Sant Ber ou Sant Per en breton) pose le problème de nos racines qui plongent dans la mouvance religieuse de tout le pays bas-breton. A une époque ancienne le distinguo entre la paroisse et le bourg était une évidence. Ainsi dans l'étendue du terroir de Quilbignon, le bourg se distinguait par son nom breton de Kerber.

Cette appellation Kerber ou Kerper faisait référence au lieu de résidence d'un homme du nom de Pierre. Pour les hagiographes, pas toujours crédibles, qui écrivirent la vie des saints bretons, ce Pierre n'était autre qu'un parent de Pol Aurélien, un moine gallois qui vint en Armorique au début 6ème siècle et qui devint le premier évêque du Léon. La ville de Saint-Pol de Léon (autrefois, Kastell Paol, le château de Pol ou Paul) rappelle cet événement.

De cette époque incertaine, la légende chrétienne affirme qu'après avoir fondé plusieurs ermitages, notamment à Lampaul-Ploudalmézeau (chapelle de Kerber) et à Ploumoguer (église de Lamber), Pierre serait venu s'installer à l'endroit de l'église actuelle de Saint-Pierre-Quilbignon. Au sommet de cette butte qui caractérise la topographie de Quilbignon et qui culmine à quelque 90 mètres au dessus de la mer.

Cet épisode de notre histoire fait référence aux grandes immigrations qui se produisirent consécutivement à l'affaiblissement et à la fin de l'Empire romain. Ce déclin de l'Empire romain est patent dès la fin du 4ème siècle, laissant libre cours à d'autres ambitions hégémoniques. En quête de nouveaux espaces des peuples dits barbares déferlèrent sur l'occident, ébranlant au passage les fondements vacillants de quatre siècle d'occupation romaine. Sous la pression des Huns, les Goths, les Francs, les Alamans, les Saxons, les Lombards, les Burgondes et autres peuples, tantôt chassés, tantôt chasseurs, envahirent durablement d'immenses territoires.

La Grande Bretagne fut elle même envahie par des peuplades nordiques et païennes, telles les Angles, les Jutes et les Saxons qui repoussèrent les Bretons (de Grande Bretagne) en Armorique. Ces bretons christianisés et d'origine celtique n'eurent pas de difficulté majeure à s'intégrer dans une Armorique celtique et exsangue des pillages antérieurs à leur venue. Ces nouveaux arrivés, lettrés et organisés, fondèrent de nombreuses paroisses, ermitages et monastères. Les préfixes des noms de localités commençant par Plou, Lan et Gui, sont encore là pour l'attester. C'est à partir de cette époque que l'Armorique celtique se mua progressivement pour devenir la Bretagne chrétienne.

En Quilbignon la mémoire populaire garda longtemps le souvenir de ce Pierre, qui devint tout naturellement le protecteur spirituel de la paroisse qui fut fondée vers le 13ème siècle et qui englobait le hameau de Sainte Catherine (Recouvrance). Mais au fil des siècles, ce « saint » pas très catholique aux yeux de Rome fut progressivement remplacé par un autre plus connu et plus crédible, le saint Pierre apôtre, premier pape de l'église chrétienne. Avons-nous perdu au change ? Peut-être pas, seule la vérité historique s'en trouve quelque peu égratignée. Aujourd'hui qui s'en plaindra, le temps efface tout.

Origine de Quilbignon

Plusieurs historiens se sont penchés sur la signification du nom de Quilbignon. Michel Floc'h qui fut un passionné de l'histoire de sa commune natale, pense que ce mot vient du vocable Kil. C'est une origine authentiquement bretonne qui désignerait une crête, un tertre, un plateau, un paysage situé sur la hauteur.

Quant au mot bignon, il ferait référence au nom d'un homme ayant habité ce lieu (bien après Pierre le Gallois). Ainsi l'origine de Quilbignon pourrait s'interpréter comme la crête du sieur Bignon.

D'autres auteurs suggèrent que le mot bignon dérive du mot bign, qui signifierait source, mais aussi butte, alors que kil désignerait le dos de cette butte qui se situerait au sommet d'une ligne de crête. Les explications semblent se rejoindre sur la topographie du lieu ainsi désigné.

En effet, géographiquement le terroir de Quilbignon se présente comme une ligne de crête passant par le Valy-Hir. Cette ancienne voie charretière partage l'espace de notre défunte commune de Saint-Pierre-Quilbignon, rattachée à Brest en 1945, en deux versants symétriques. L'un au sud descend vers la rade, l'autre au nord dévale vers la Penfeld.

Depuis les temps anciens, l'activité dans les environs immédiats de Brest fut toujours conditionnée par la proximité géographique et attractive de son port militaire. L'ensemble du terroir de Quilbignon n'échappa pas à cette règle. Ainsi, la volonté de Richelieu, poursuivie par Colbert et Vauban, visant à construire à Brest une place forte et un important port militaire, devait perturber durablement notre vie essentiellement rurale et paysanne. Ainsi la priorité donnée au développement des activités militaires allait provoquer de nombreuses annexions de terrains dans notre proche environnement.

Au cours des derniers siècles, pour les besoins de la Marine, le recrutement de la main-d'œuvre s'opéra dans les campagnes environnantes, proches du port. La Marine en plein essor réclamait des bras pour la construction ou la réparation de ses vaisseaux. Rapidement les paysans s'adaptèrent aux nouvelles contraintes du port. Nombre de journaliers travaillant aux champs durant la belle saison, furent embauchés à l'arsenal durant la morte saison, en fonction des travaux à exécuter. Choquet de Lindu, l'un des plus grands bâtisseurs du port militaire, avait lui-même besoin d'une nombreuse main-d'œuvre pour réaliser tous ses projets. Progressivement, la campagne se dépeupla au profit de la ville et les fermes alentours végétèrent. Le terroir de Quilbignon allait se trouver pour longtemps dépendante des besoins militaires du port de Brest.

La Commune de Quilbignon

La commune de Saint-Pierre-Quilbignon fut créée en 1790 et devait durer 155 ans. Cette création résultait de la nouvelle division territoriale du pays en départements, districts (cantons) et communes, voulue par l'Assemblée Constituante et votée le 26 février 1790. Cette disposition permettait de différencier l'administration civile de l'administration religieuse. Ce qui n'était pas le cas avant la Révolution. Il faut se souvenir, par exemple, que sous l'ancien Régime, les registres de l'état civil étaient tenus par le clergé.

C'est en 1944, au lendemain de la Libération de Brest qu'une nouvelle structure administrative devait s'imposer. Victor Le Gorgeu, ancien maire de Brest, révoqué par Vichy le 30 décembre 1941, revint aux affaires en qualité de Commissaire régional de la République.

Le 3 octobre 1944, il prenait, par décision administrative, un arrêté ordonnant la fusion des quatre communes, formant l'agglomération brestoise. Le grand Brest, englobant la ville et les communes de Saint-Pierre-Quilbignon, Lambézellec et Saint-Pierre, pouvait désormais se réaliser. La fusion deviendra effective en avril 1945. Ainsi allait se concrétiser le projet que Victor Eusen avait déjà formulé en 1943 et qui fut à l'époque rejeté par Auguste Kervern, maire de Lambézellec et Yves Jaouen, maire de Saint-Marc. Cette décision mettait fin à l'indépendance de Saint-Pierre-Quilbignon qui perdait sa qualité de commune pour devenir un quartier de la Rive Droite . Le dernier maire de Saint-Pierre-Quilbignon fut donc, Victor Eusen.

La première municipalité fut installée le 11 juillet 1790 et Jean Péron cultivateur assurément aisé fut élu maire de cette nouvelle commune, tandis que Guillaume Scouarnec, n'était déjà plus que le précaire recteur, d'une paroisse déchue de ses anciennes prérogatives. Refusant de prêter serment à la Constitution civile du clergé, en date 12 juillet 1790, il sera considéré comme réfractaire et il devra se cacher, tandis qu'un « jureur » viendra prendre sa place dans la méfiance et la réprobation générale.

Certaines rues de la Rive Droite honorent de leurs noms plusieurs maires, parmi ceux qui furent les plus représentatifs de l'activité communale. Il s'agit de Paul Pochard, entrepreneur au Prat-Lédan (1852-1871), de Robert Tindal Gestin, docteur, ancien médecin de la marine (1881-1888), de Jean-Marie Gélébart, maraîcher à la Cavale Blanche (1896-1912), Émile Kerrien, médecin au bourg (1919-1926) et de Victor Eusen, ancien instituteur, marchand boucher (1929-1944). En sa qualité de commerçant Victor Eusen fut également de 1930 à 1935, membre titulaire de la Chambre de commerce de Brest.

A noter que Pierre Coatélant, négociant en vins, fils de l'ancien maire Pierre-Marie-Jean (1892-1896) fut également membre titulaire de la Chambre de commerce de 1931 à 1935. Ce n'est qu'en 1960 que la Chambre de commerce devint la Chambre de commerce et d'industrie. Côté démographie, quelques chiffres suffisent à percevoir son évolution. Sous la Révolution, la commune comptait un peu plus de 2000 habitants ; 4000, au milieu du 19ème siècle et 10 000 au début du 20ème. A la veille de la guerre 14/18, la population affichait 13 000 habitants. Par contre, au recensement de 1921, la population n'était plus que de 12 000 habitants. Ce qui démontre l'hémorragie démographique due à la grande guerre. En 1939, à la veille de la seconde guerre mondiale, la population quilbignonnaise était repartie à la hausse pour totaliser 19 000 habitants.

Aujourd'hui en sa qualité d'ancienne commune, le quartier historique de Saint-Pierre mérite de garder en sa mémoire le nom de Quilbignon auquel il se doit de rester intimement associé.

L'abbé Kervella, fondateur de la Légion

Le patronage catholique de Saint-Pierre qui devait plus tard prendre le nom de la Légion fut fondé en 1883, grâce à la volonté opiniâtre d'un abbé hors du commun, qui souhaitait que les jeunes quilbignonnais ne soient pas, en dehors du temps scolaire, livrés à eux mêmes, mais encadrés dans une pratique saine de leurs loisirs. Le fondateur de la Légion, l'abbé André-Joseph-François Kervella, répondait en cela à un impératif qui consistait à donner à tous les jeunes de la paroisse un accompagnement de morale chrétienne qui puisse échapper à la présence néfaste selon lui, au bourg de Saint-Pierre, d'une école devenue laïque et sans Dieu.

L'abbé Kervella fut nommé recteur de Saint-Pierre-Quilbignon en 1879, et occupa ce poste jusqu'en 1889, date de son décès. L'arrivée en 1879 de l'abbé Kervella à Saint-Pierre-Quibignon ne fut ni fortuite ni du au hasard. Ce fut le résultat d'une riposte voulue par l'évêché, afin de contrecarrer les décisions républicaines, mises en œuvre par la nouvelle municipalité, issue des élections de 1878. En effet leurs décisions étaient susceptibles de nuire à l'Église et à ses représentants. L'abbé Kervella fut désigné à ce poste de responsabilité par Monseigneur Nouvel de La Flèche, qui était évêque de Quimper et du Léon depuis 1871.

Monseigneur Nouvel, fidèle aux directives papales de Pie IX, ne pouvait pas admettre de gaieté de cœur les orientations républicaines, qui se développèrent après la chute de Napoléon III. Certaines de celles-ci remettaient en cause le statut de l'enseignement, jusqu'à lors favorable à l'Église. En effet la tendance républicaine s'orientait vers la mise à l'écart de l'Église en ce qui concerne l'instruction et l'éducation des jeunes élèves, notamment dans le primaire. L'abbé Kervella ne pouvait admettre une telle éventualité, et laisser la formation des jeunes quilbignonnais entre des mains qu'il jugeait impies. A cette époque la rivalité entre les monarchistes et les républicains était une réalité politique, au sein de laquelle l'Église assumait ses responsabilités. Il faudra attendre 1892 et la parution de l'encyclique du pape Léon XIII intitulée : « Au delà des sollicitudes » pour que les passions s'apaisent quelque peu. En effet cette encyclique prônait le ralliement des chrétiens aux valeurs de la République, dans le cadre de la liberté des cultes.

A Saint-Pierre-Quilbignon, depuis 1878 les idées républicaines gagnaient du terrain dans l'opinion, de même que parmi le conseil municipal où siégeait le docteur Robert Tindal Cyrille Gestin. Ces avancées républicaines ne faisaient pas plaisir au clergé qui soupçonnait qu'elles puissent servir de paravent pour réduire leur influence ou pire pour supprimer la liberté de culte. Mais le docteur Gestin était avant tout un républicain sincère, soucieux de développer dans la commune un enseignement populaire qui soit obligatoire, gratuit et laïque. Il approuvait en cela la ligne de Jean Macé qui fut en 1866 le fondateur de la Ligue de l'Enseignement et dont les orientations servirent de base à la mise en œuvre des lois de Jules Ferry de 1881 et 1882.

L'instruction des jeunes, source de querelles

A cette époque les dispositions relatives à l'enseignement, comme les définissaient les lois Guizot de 1833 et de Falloux de 1850, permettaient à des membres d'une congrégation religieuse d'être en charge d'une école communale. C'était le cas à Saint-Pierre-Quilbignon où depuis 1852, l'école communale des garçons du bourg avait pour instituteurs des Frères de l'Instruction Chrétienne, dits frères de Ploërmel. Nous savons, comme tous les anciens de l'école des frères que cette congrégation à vocation enseignante fut fondée par Jean-Marie de Lamennais et approuvée par ordonnance du roi Louis XVIII, le 1er mai 1822.

Au nom de la neutralité de l'enseignement public le docteur Gestin demanda que l'école communale fusse laïcisée. Il argumenta sur les valeurs de cette laïcité en contradiction disait-il avec les interdits que le pape Pie IX avait promulgué dans son encyclique « Syllabus » en 1864. Interdits qui condamnait notamment la République comme forme légale de gouvernement. Le 9 juin 1878 l'école communale du bourg fut laïcisée et les frères de Ploërmel remerciés.

Cet acte fut jugé comme une provocation à laquelle le clergé se devait de répondre. Le tout nouveau recteur Kervella avait pour mission de réagir à cette décision municipale et de défendre les intérêts de l'Église. A cette époque l'abbé Kervella n'était pas un inconnu, il était considéré comme un recteur de choc, capable de remplir la mission délicate de faire contrepoids au docteur Gestin. C'était un recteur expérimenté et obstiné, originaire de Plougastel, comme son nom l'indique. A 48 ans, à son arrivée chez nous, il était dans la force de l'âge. C'était un homme énergique, bien décidé à réagir à ce qu'il considérait comme une agression du camp républicain. Il quittait sa paroisse tranquille de Combrit pour s'affronter à celle plus difficile de Saint-Pierre-Quilbignon. Déterminé et opiniâtre, tel Don Camillo face à Péponne il allait, durant 10 ans, tenir tête au docteur Gestin. Ce dernier qui n'était que conseiller municipal en 1878, allait devenir maire de la commune et le rester de 1881 à 1888, date de sa mort.

La stratégie du recteur Kervella résultait du concept que l'école laïque ne pouvait remplir pleinement son rôle éducatif et moralisateur, car selon lui il n'y avait pas de morale possible sans Dieu. Du haut de sa chaire, l'impétueux recteur n'eut de cesse de dénoncer devant ses ouailles les dangers encourus par les enfants qui fréquentaient l'école laïque, cette école impie. Une école qui se disait neutre, mais qui en réalité ne pouvait pas l'être puisqu'elle était hostile à la foi et à la morale chrétienne qu'elle ne voulait plus enseigner.

L'école des Frères, ancêtre de Saint-Vincent

Le plan de l'abbé Kervella était simple et précis. Il lui fallait de l'argent pour construire son école et des instituteurs chrétiens pour y enseigner. Sans perdre un instant, l'abbé Kervella agissait et s'affairer sans cesse, s'empressant notamment de constituer un comité de soutien financier pour la création d'une école paroissiale. Il voulait une école chrétienne venant en concurrence avec l'école communale et laïque du docteur Gestin. Avec son comité il allait obtenir sans grande peine les fonds nécessaires, grâce notamment à l'appui de la famille de Kerros. Une des cloches de l'église de Saint-Pierre ne porte-t-elle pas le nom du généreux donateur : Barthélemy de Kerros. La famille de Kerros, fort connu à Saint-Pierre, donna, durant le 19ème siècle 2 maires à la ville de Brest. C'est sur des terrains leur appartenant que fut édifiée à partir de 1907, avec la bénédiction de Monseigneur Dubillard, l'église de Kerbonne. Afin d'obtenir la collaboration des frères de Ploërmel, l'abbé Kervella sollicita l'intervention de son évêque, Monseigneur Nouvel. Ce dernier soutenant pleinement l'initiative de son recteur, rédigea une lettre de recommandation qui fut adressée au Supérieur de l'Instruction Chrétienne. Cet appui s'avéra suffisant pour précipiter le retour à Saint-Pierre des frères de Ploërmel. Ainsi ces enseignants religieux allaient revenir la tête haute et par la grande porte, eux qui furent 5 ans auparavant chassés, comme des malpropres, par la fenêtre. Le recteur Kervella avait également le soutien du député de la 3ème circonscription de Brest, qui n'était autre que Monseigneur Freppel, évêque d'Angers. Ce prélat, proche de Pie IX, fut un défenseur de l'infaillibilité pontificale, et demeura le député de notre circonscription de 1880 à 1891, date de son décès. Avec de tels encouragements l'opiniâtre recteur finira par avoir gain de cause et son école pourra s'ouvrir enfin le 28 décembre 1883, la même année que le patronage de la Légion qu'il créa également avec l'appui efficace de son jeune vicaire, l'abbé Kerjean.

Certes adversaire de la politique laïque et républicaine menée par le docteur Gestin, le recteur Kervella ne souhaitait pas que la discorde et la haine règnent à Saint-Pierre-Quilbignon. La politique du chacun chez soi lui convenait parfaitement, dans le respect des responsabilités qui incombaient au maire d'une commune ou au recteur d'une paroisse ; quand bien même que citoyens ou fidèles fussent les mêmes personnes. Néanmoins entre ces 2 fortes personnalités il y eut une réelle émulation pour ne pas dire une certaine rivalité. Ainsi en réaction à l'ouverture de l'école des frères en décembre 1883, le docteur Gestin réagit en ouvrant l'école communale des filles, aujourd'hui appelée école Paul Éluard. De même en réaction à la construction du groupe scolaire publique des Quatre Moulins, l'abbé Kervella fit construire, face à l'église, la chapelle N-D de Lourdes pour catéchiser les enfants sans Dieu. Puis les hostilités cessèrent faute de combattants. Le docteur Gestin fut le premier à tirer sa révérence en décédant le 25 mai 1888. Sept mois plus tard, le 2 janvier 1889 le recteur Kervella décédait à son tour dans la sérénité du devoir accompli.

Aujourd'hui, heureusement, le temps oublieux des rivalités inutiles a passé. Si l'histoire a laissé ça et là quelques traces des discordes d'autrefois, nous ne sommes plus dans un contexte d'affrontement et d'hostilité. Nous pouvons sereinement et sans fausse nostalgie avoir une pensée émue pour ces pionniers de l'enseignement qui, par delà leurs querelles et leurs convictions opposées, ont su donner du dynamisme et de l'animation à notre chère ex-commune de Saint-Pierre-Quilbignon, que nous aimons sans arrière pensée et sans aucune volonté de discrimination scolaire.

Les annexions militaires

Dès la fin du 18ème siècle, les militaires entreprirent d'annexer de nombreux terrains afin notamment de défendre le port contre d'éventuelles attaques terrestres. A partir de 1776, de nouvelles zones militaires apparaissent et remplacent des exploitations rurales. La construction des forts du Portzic, de Montbarrey, de Keranroux (tout proche du Valy-Hir), du Questel-Bras, de Penfeld, démontrait cette stratégie défensive qui consistait à arrêter l'ennemi en avant de Brest, avant qu'il n'atteigne les murs de la ville. Ces fortifications militaires datent de Louis XVI. Mais le perfectionnement de nouveaux armements et le progrès des techniques poussent la marine à se développer en dehors du cadre inter muros de Brest. Près du Valy-Hir, le plateau qui s'appellera plus tard le Polygone, fut aménagé en terrain de manœuvre pour les militaires et une butte en terre fut construite pour les exercices de tir (1861-1863). L'anse de Laninon sera comblée au début du 20ème siècle et deux grands bassins y seront réalisés entre 1910 et 1915, faisant disparaître un lieu de baignade fort prisé. La montagne du Salou sera rasée et le cours de la Penfeld modifiée (Digue ou île factice construite). Le paysage environnant s'est transformé rapidement et les fermiers ont quitté leurs champs pour grossir la main-d'œuvre des ouvriers du port.

A noter que bien avant notre rattachement à Brest, (le dernier maire de notre commune fut Victor Eusen, mort en 1944 lors de la tragédie de l'abri de Sadi-Carnot), la municipalité brestoise avait déjà jeté son dévolu sur nos terres. Engoncée dans ses remparts la population de la ville cherchait à s'étendre hors de ses murs. Ainsi pour enterrer leurs morts, les habitants de Recouvrance eurent désormais accès au champ de monsieur Bothorel, sis en la commune de Saint-Pierre-Quilbignon, à l'ombre des quatre moulins à vent construits naturellement pour les besoins de la Marine. Ces moulins à vent, qui pérennisent aujourd'hui le nom de ce quartier, se situaient au niveau de la rue de la frégate Laplace.

Toutes ces constructions et installations servirent aux Allemands durant la dernière guerre, faisant de la ville une zone dangereuse que les alliés bombardèrent sans ménagement. Les bombes frappèrent sans distinction et firent des victimes autant parmi les civils, que parmi la troupe allemande.

Au même titre que Brest, Saint-Pierre-Quilbignon fut mis à feu et à sang. De nombreuses fermes des alentours furent détruites, dont celle des Le Bourt à Pen-ar-Valy. La reconstruction de Brest s'annonçant longue et difficile, il fallut reloger les habitants sinistrés en baraques. Juste retour des choses le terrain militaire du Polygone fut utilisé pour ce relogement provisoire qui dura quelques décennies. Ce n'est qu'au début des années 1970 que les premières constructions du nouveau Valy-Hir apparaîtront dans l'environnement qui nous est aujourd'hui familier.

Tramway du Conquet

A la fin du 19ème siècle, la liaison terrestre entre Brest et le Conquet était assurée par une antique diligence, tirée par trois robustes chevaux. Cette diligence qui n'avait guère ni l'agilité ni la légèreté d'un oiseau, répondait cependant au nom charmant de l'Hirondelle. L'Hirondelle ne faisait en général qu'un service aller et retour par jour, au départ du Conquet jusqu'au relais brestois de la rue Algégiras. Cette vénérable guimbarde, connue de tous les Quilbignonnais qui la voyaient passer, avait sa remise et son écurie au Conquet. L'hiver la diligence ne transportait guère journellement qu'une dizaine de passagers. L'été le nombre de personnes qu'elle transportait pouvait atteindre 25 et si la demande s'avérait supérieure il fallait exceptionnellement doubler le service. La gérante de cette petite entreprise prospère était une veuve énergique qui avait du, à la mort de son mari, prendre les affaires en main avec l'aide de ses deux enfants. Tout le monde connaissait Perrine Le Bars, née Le Gall et louait sa détermination à maintenir l'exploitation de la ligne qui rendait tant de services. Mais à l'orée du 20ème siècle, peu de gens donnaient encore grand avenir à ce moyen de locomotion. Car depuis 1865, le train de Paris rejoignait désormais Brest en 17 heures. Depuis 1893, Brest se trouvait relié à Saint-Renan et Ploudalmézeau par une ligne départementale de chemin de fer. L'année suivante en 1894, Brest fut relié à Plabennec et Lannilis.

A Brest, la première ligne du tramway urbain fut inaugurée en 1898, rendant obsolète les transports en commun hippomobiles existants. La Compagnie des Tramways électriques brestois en assurait la gestion, sous la direction de monsieur Hérodote. L'avenir appartenait au rail et allait le rester jusqu'en 1932.

Des considérations militaires, ajoutées à une demande d'intérêt public, justifièrent la réalisation d'une ligne étroite de chemin de fer entre Saint-Pierre-Quilbignon et Le Conquet. Bien que longtemps différé, enfin au début du 20ème siècle, le projet était mûr pour sa réalisation. Un comité favorable à la création d'un tramway reliant Le Conquet fut créé par des personnalités de la région. A la tête de ce comité se trouvait le président de Chambre de commerce de Brest, monsieur Isidore Marfille, principal artisan du projet. Isidore Marfille (1843-1908), en plus de son rôle de président (1897-1908) gérait une entreprise de tannerie, maroquinerie et articles de voyage. Hippolyte Levasseur, directeur de l'usine Tissier, de traitement des algues, et maire du Conquet, était également membre de ce comité. Cette initiative fut approuvée le 25 août 1901 par le Conseil Général du Finistère qui décida d'y apporter sa contribution.

La Société Anonyme des Tramways du Finistère était née. Malgré quelques difficultés techniques et quelques réticences communales, le tramway du Conquet fut inauguré le 12 juillet 1903, jour du dernier voyage de l'Hirondelle. Aux environs de La Trinité les chevaux de la diligence rencontrèrent pour la première et dernière fois cette étrange machine poussive qui allait définitivement prendre leur place. Contrairement aux tramways urbains que les brestois surnommèrent le péril jaune, le tramway du Conquet n'eut pas cette fâcheuse réputation, malgré quelques accidents spectaculaires ou dramatiques. S'il y eut quelques vaches ou chevaux bousculés, on déplora malheureusement des morts d'hommes ; des ivrognes disait-on pour noyer les responsabilités.

De nombreux problèmes techniques durent être solutionnées avant la mise en activité de la ligne du tramway du Conquet qui initialement partait de Saint-Pierre-Quilbignon. La gare de Saint-Pierre existe toujours, elle fait face à l'impasse Théodore de Banville qui mène au groupe scolaire Saint-Vincent. L'extension de la ligne jusqu'au Prat-Lédan (Porte du Conquet) ne sera effective qu'en 1908, ainsi que la dérivation menant à Sainte-Anne du Portzic. Pour des raisons d'efficacité de transport, la déclivité du terrain ainsi que la pente des rampes ne devaient pas être trop excessives ; c'est-à-dire ne pas dépasser 5 à 6%. Le tramway composé d'une motrice ( avec compartiment fourgon ) et de une ou deux remorques devait franchir de telles difficultés sans trop peiner dans les côtes ou freiner dans les descente. La courbure de la ligne se devait d'être modérée afin d'éviter les risques de déraillement. L'énergie électrique nécessaire à la motrice lui parvenait par une double ligne aérienne qui devait être soutenue par de nombreux poteaux porteurs et isolée du sol au moyen d'isolateurs puissants. De plus, le courant continu électrique de 500 Volts subissait une perte importante de tension, durant sa transmission le long d'une ligne aérienne de 23 km. L'idée de construire l'usine électrique à Pont Rohel, en Porsmilin, à mi-parcours entre Saint-Pierre et Le Conquet, découle de cette considération. Pour raison d'économie, mais aussi par manque d'espace, les rails, qui assuraient l'aller et le retour du tramway, n'étaient pas doublés. Il existait sur le parcours plusieurs zones d'évitement avec aiguillage afin que les tramways puissent se croiser. A ces mêmes endroits la ligne aérienne était elle même dédoublée.

Du Prat Lédan au Conquet, la ligne de tramway comportait une vingtaine de stations, dont certaines étaient facultatives. Outre l'arrêt obligatoire de Saint-Pierre-Quilbignon au kilomètre 3, les principaux arrêts étaient, La Trinité au kilomètre 7, Le Grand Minou au kilomètre 9, Pen-ar-Menez au kilomètre 11, Porsmilin au kilomètre 15, gare du Trez-Hir (Toul-Ibil ) au kilomètre 17 et Kerjean au kilomètre 20,5. Les premières années, l'exploitation de ligne connut un engouement prometteur, d'autant que le tramway devint rapidement synonyme d'évasion, en attirant vers les belles plages de l'ouest un public avide de connaître de nouveaux horizons. Mais après la guerre 14/18, la fréquentation et l'utilisation du tramway se banalisa et enregistra une certaine régression. La ligne menant à Sainte-Anne du Portzic, ouverte en 1908, fut fermée en 1918. Le déficit chronique de l'exploitation imposa aux gestionnaires la prise de mesures de sauvegarde. En 1920, la Société des Tramways électriques du Finistère fut contrainte de céder l'exploitation de la ligne à la Compagnie des Tramways électriques brestois. Cette dernière devra, en 1922, passer la main à la Société des Chemins de fer départementaux. Mais les déficits continuant à se creuser, la ligne du tramway du Conquet fut officiellement supprimée le 20 septembre 1932 et remplaçait par un service d'autocars ( la Satos). Un service privé d'autocars fonctionna aux côtés de la Satos. Les anciens brestois se souviennent de cars Le Roux de Saint-Renan, Le Gall de la Roche-Maurice, Savina de Brest, Ségalen de Bourg-Blanc et Castel-Couture du Conquet. Aujourd'hui le service est assuré par les cars de l'Elorn.

Fort de Montbarey

Aujourd'hui ce fort, de la fin du 18ème siècle, abrite le Mémorial du souvenir de la seconde guerre mondiale et de la Libération de la ville de Brest. Il nous rappelle à la réalité de la guerre, avec son cortège de souffrance et de misère. Le Mémorial rend hommage aux combattants français et alliés qui luttèrent côte à côte pour la victoire et la liberté. Il relate l'occupation de Brest par les Allemands, mais aussi la souffrance et les destructions que la ville dut subir durant les années qui s'étalèrent de 1940 à 1944. L'association du Mémorial de la seconde guerre mondiale a été créée en 1979, par Charles Le Goasguen, compagnon de la Libération selon le décret du 24 mars 1945. L'association s'installa dans le fort Montbarey en 1984. Aujourd'hui l'association est présidée par Jean Le Blac'h, officier à la retraite. Le Mémorial nous rappelle également par ses expositions permanentes, l'histoire du siège de Brest qui se déroula du 7 août au 18 septembre 1944 et qui précéda la libération de notre cité qui sortit de la guerre meurtrie, exsangue mais libre. Un site historique qui mérite une visite approfondie.

Le début de la construction du fort de Montbarey date de 1776 et relève du concept de défense que les stratèges militaires de cette époque utilisèrent pour garantir la protection du port de Brest. Cette mise en sécurité du port militaire se voulait aussi efficace que possible, afin de contrecarrer toute éventualité d'attaque ennemie pouvant intervenir par voie terrestre. Naturellement cette construction devait s'intégrer dans un ensemble homogène d'ouvrages fortifiés, complétant le dispositif de défense et comprenant notamment : le fort du Portzic, la redoute de Keranroux, la redoute du Questel-Bras et le fort de Penfeld. Ce réseau fortifié formait une ceinture défensive, en avant de Brest, dont les éléments avaient vocation à se surveiller mutuellement afin que l'espace qui les séparait puisse être couvert par le tir croisé de leur artillerie respective. Les stratèges militaires de l'époque redoutaient que la flotte anglaise, maîtresse des mers, ne s'aventure à débarquer des troupes sur les plages à l'ouest de la ville, soit à Bertheaume ( le Trez-Hir) ou au Conquet ( Les Blancs Sablons ) et ne vienne prendre à revers les défenses brestoises principalement axées sur l'entrée de la rade, c'est-à-dire le Goulet. La hantise des défenseurs du port de Brest fut également aggravée par la facilité de la marine adverse à manœuvrer, à débarquer des troupes et par les progrès de maniabilité et de précision de leur artillerie. A noter que l'ingénieur militaire, Gribeauval (1715-1789), fut à l'initiative du perfectionnement de l'artillerie française qui servit durant les guerres révolutionnaires et impériales. A cette même époque, un officier appartenant au cabinet secret de Louis XV fit en matière de défense des propositions innovantes qui rompaient avec la technique des remparts. Maître espion, Carlet de la Rozière, avait fait en 1763, un séjour en Angleterre où il fit le relevé de certaines défenses anglaises. De retour en France, il préconisa la construction de plusieurs structures défensives susceptibles de se fondre dans le paysage afin de passer relativement inaperçues aux yeux de l'ennemi. Cette discrétion, voulue par Carlet de la Rozière, devait se confirmer comme un atout majeur pour contrer l'artillerie adverse.

Par ailleurs, le fort devait être autonome et pouvoir supporter un siège de plusieurs semaines (3 minimum) afin que la garnison de Brest eût le temps nécessaire de se renforcer avec des troupes de réserve venues de Châteaulin. Pour subvenir aux problèmes d'intendance, le fort avait également un puits, un four à pain, une infirmerie, une soute à munitions et même des latrines. A noter que le château de Versailles n'était pas équipé de cette dernière commodité.


La guerre d'indépendance américaine

La mise en œuvre de cette nouvelle stratégie fut favorisée par la venue d'hommes nouveaux au commande du pays, suite à l'avènement en 1774 sur le trône de France du roi Louis XVI et des risques de guerre qui s'annonçaient suite à la volonté d'indépendance de 13 colonies anglaises d'Amérique. En 1776, alors les États d'Amérique viennent de proclamer leur indépendance, l'homme fort en Bretagne est désormais le marquis de Langeron, commandant en chef de la Province. A l'inverse de ses prédécesseurs, le marquis de Langeron était un innovateur. Il reconnaissait que les stratégies, en matière offensive, avaient évoluées et qu'en conséquence il fallait s'adapter et apporter une réponse défensive appropriée. C'est pourquoi il adopta les conceptions nouvelles développées par un certain Carlet de la Rozière et avec l'aval de Louis XVI, il ordonna la construction du camp retranché, en avant de Brest. L'année 1776 marquera le début des grands travaux qui animèrent l'activité dans les paroisses limitrophes de Brest (on ne parlait pas encore de communes). Quatre des cinq forts, formant ce camp retranché, furent construits sur le terroir de Saint-Pierre-Quilbignon. Commencés à la fin de 1776, les travaux allaient durer 10 ans. Au sujet de Montbarey, il est intéressant de noter que ce fort se nommait initialement, fort de Saint-Pierre. Cette dénomination faisait référence au bourg de Saint-Pierre-Quilbignon, situé à 500 mètres à l'est de ladite construction. Mais la vanité humaine, qui n'a guère de limite, fit que certains officiers du génie, agissant en courtisans zélés de leur ministre, le prince de Montbarey, émirent la proposition de l'honorer en substituant son nom prestigieux à celui plus commun de Saint-Pierre. Le prince de Montbarey, alors ministre de la guerre, adhéra totalement à ce vœu qui fut le couronnement de la visite qu'il effectua en 1779 à Brest. A noter qu'à cette époque, le ministère de la guerre se différenciait du ministère de la marine. En 1779, le ministre de la marine était le comte d'Alby, Antoine de Sartine, en place depuis 1774. Par contre quelques années auparavant, de 1761 à 1766, Choiseul cumula la responsabilité des deux ministères. Après le désastre de 1763, il sut avec bonheur et efficacité redresser la situation et préparer la revanche.

Parc de l'Arc'hantel

Captage des eaux à l'Arc'hantel

L'eau n'a jamais manqué à Saint-Pierre-Quilbignon, les diverses sources et nombreux puits répertoriés révèlent, en son sous-sol, la présence d'une nappe phréatique importante. A Brest certaines épidémies eurent pour origine la pollution organique des sources et le manque d'hygiène à bord des vaisseaux de la Marine Royale. Ce fut notamment le cas en 1689 où l'armée navale, commandée par Tourville, fut victime d'une grave épidémie qui nécessita, pour isoler et héberger les malades, de réquisitionner nombre de locaux et notamment le presbytère de Saint-Pierre-Quilbignon. Plus conséquente encore, l'épidémie de typhus qui toucha l'escadre de Dubois de la Motte, de retour de Louisbourg (Canada) et qui fit à Brest entre 1757 et 1758, près de 10000 victimes. Afin d'éviter la propagation de maladies contagieuses, provenant des eaux polluées, l'intendant de la Marine Desclouzeaux fit réaliser à Saint-Pierre-Quilbignon, une captation de plusieurs sources saines par l'intermédiaire d'un aqueduc souterrain. Ce réseau en pierre de taille aboutissait aux Quatre Pompes et servait à alimenter en eau potable les vaisseaux de la Marine Royale. Cet aqueduc, aujourd'hui obstrué est toujours là sous 2 toises de terre. Sur l'île de Trébéron la Marine fit établir en 1722, un hôpital ou lazaret afin d'isoler les malades contaminés de la population. Ainsi en 1758 les marins, de l'escadre de Kersaint atteints par le scorbut, furent dirigés en ce lieu, où viendront plus tard se soigner les galeux et les tuberculeux.

Depuis toujours les quilbignonnais allèrent se ravitailler à ces points d'eau munis de leurs cruches de grès. Mais le progrès aidant, l'accès à l'eau courante, soit à domicile ou à des bornes fontaines proches, devint une priorité à laquelle s'attela la municipalité dirigée par Victor Eusen. Au début de 1930, la municipalité décida l'acquisition, au nord du fort de Montbarey, d'un terrain de 10 hectares, afin d'effectuer le captage des sources qui se révélèrent abondantes. Sur ce terrain proche du hameau de l'Arc'hantel, furent installés 2 groupes d'électro-pompes pouvant débiter quelques 100 m3 d'eau à l'heure. De là une conduite aboutissait à 2 réservoirs de 500m3 chacun, construits à Kerourien, et qui furent opérationnels à la fin de 1931. La distribution de l'eau prévoyait l'alimentation de quelques 60 bornes fontaines. Les travaux furent réalisés grâce à l'octroi d'un prêt départemental de 200000 F, au taux de 2,90% sur 25 ans. L'ingénieur voyer François Cordon (1890-1936), dont une rue de Saint-Pierre honore la mémoire supervisa cette réalisation. Ancien capitaine au 19ème Régiment d'Infanterie, François Cordon fut décoré de la croix de guerre et de la Légion d'honneur. Une plaque commémorative, aujourd'hui disparue, fut inaugurée le 21 novembre 1937, en présence de Victor Eusen, maire ; monsieur Jacques-Henry, sous-Préfet ; monsieur Cavenel, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées ; et de ses amis du 19ème.

La terre noble de l'Arc'hantel

De temps immémoriaux les terres situées à l'ouest de la Penfeld et jusqu'à Trémazan relevaient de la seigneurie des du Chastel, dont la descendance se fondit dans celle des Rieux. De nombreuses petites seigneuries occupaient ou possédaient ces terres qui dépendaient soit du fief des du Chastel soit de celui de la Couronne. De ce fait ils devaient allégeance à l'un comme à l'autre. Cette petite noblesse se devait d'être au service de leur suzerain duquel ils détenaient leurs privilèges et la jouissance de leurs terres. L'une de leur charge consistait à répondre à toutes convocations de leur seigneur et maître et notamment lors de certaines revues militaires où ils devaient apparaître en armes, comme prêts à combattre. Ces rassemblements appelés « montres » ( où chacun se montrer devant son seigneur) se tenaient à Lesneven. Ce lieu, bien positionné au milieu du terroir du Léon, semblait approprié à répondre au souci de chacun de s'y rendre sans trop de contrainte. Lors de ces montres qui rassemblaient quelques centaines de nobles léonards, nous retrouvons la trace de vieilles familles quilbignonnaises, de nobles extractions, comme celle des Kernezne (Kernéen), des Rodellec du Porzic, des Gilart de l'Arc'hantel et de Keranroux, des Quilbigon des paroisses de Kerber et de Plouzané. A l'origine propriété de la famille de Cornouaille la terre noble de l'Arc'hantel est passée par mariage contracté en 1495 dans la famille des Gilart. Depuis cette date les Gilart résidèrent dans la paroisse de Quilbignon, bien qu'une branche cadette alla s'établir à Keranflec'h en Millizac. Les prééminences attachées à la terre noble de l'Arc'hantel était visible dans l'ancienne église de Saint-Pierre, notamment par la présence dans le chœur de deux tombes portant les armoiries des Gilart. Ces armoiries consistaient en un croissant central, avec trois merlettes au dessus et deux en dessous. Sous la Révolution, comme beaucoup de nobles les Gilart choisirent le parti des émigrés. René Vincent Gilart, né en 1749, qui avait rejoint l'Angleterre participa en 1795 au débarquement de Quiberon. Fait prisonnier par les troupes du général Hoche, il fut jugé à Auray et fusillé à Vannes le 28 juillet de cette même année. Ses biens furent mis sous séquestre pour être ensuite gérés par François-Marie Floc'h Maisonneuve, l'un des membres du Directoire du district de Brest.

Fontaine Margot

C'est aux environs de 1968 qu'une nouvelle rue descendant du collège de Keranroux jusqu'à la route de Lanniguer, fut dénommée rue de la Fontaine Margot. Perpendiculairement à cette rue et vers son milieu, une autre voie fut dénommée ar Feunteun (rue de la Fontaine). On voit là l'intérêt de nos édiles de l'époque de ne pas perdre la mémoire de ce lieu, situé légèrement en contrebas. De temps immémoriaux, il y a toujours eu en ce lieu une charmante source, au débit important. Son eau était réputée pure et limpide. Les habitants de Keranroux venaient y puiser de l'eau fraîche qu'ils transportaient chez eux dans des cruches en grès. Puis la source fut canalisée et entourée d'un muretin protecteur, pour devenir une fontaine, c'est-à-dire un bassin de captation des eaux. Le trop plein de cette fontaine alimentait un lavoir, en pierres sèches, situé à côté de la fontaine. Le doué (lavoir en breton) était le lieu incontournable de la vie publique du quartier. En blanchissant le linge, on s'échangeait les potins du jour, ainsi les nouvelles circulaient vite. Les commérages du quartier, nous disait le facteur, lui-même bien renseigné. Le lavoir n'empêchait pas l'eau de s'écouler en direction du Vern qui veut dire en breton, zone marécageuse plantée d'aulnes. Cette eau descendait ensuite rejoindre le ruisseau de Pont Cabioc'h, qui longe sur 500 mètres le chemin de Kergoff (entre l'ancien moulin de Kergoff et la vieille route de Guilers). Juste avant cette jonction, l'eau de cette fontaine alimente un étang artificiel créé au beau milieu de l'aire de jeu du Swin Golf de Brest.

Mais au début du 20ème siècle, le problème de l'alimentation en eau des habitants de Brest et de Saint-Pierre devint une priorité sanitaire de première importance, afin de lutter contre certaines épidémies qui revenaient périodiquement. Nous devons nous souvenir que durant les années 1832, 1849, 1866, 1885 et 1893, le choléra fit des ravages dans la région brestoise. Suite à l'épidémie de 1866, le nouveau cimetière de Saint-Pierre-Quilbignon, ouvert en 1846, s'avéra rapidement trop petit, ce qui contraignit le maire Paul Pochard à prendre des dispositions pour en doubler sa superficie. Les municipalités de Brest et de Saint-Pierre étaient par d'ailleurs en concurrence avec la Marine qui prospectait également pour capter pour ses besoins les meilleures sources disponibles (exemple celle de Kerstéria). A cette époque de nombreuses sources furent captées, comme celles de l'Arc'hantel pour alimenter les pompes municipales mises en place à chaque coin de rues ( l'eau courante au robinet de la maison ne vint que plus tard). Pour protéger la fontaine d'une quelconque intrusion malveillante, un bâtiment fut construit sur son emplacement. Aujourd'hui naturellement l'eau que nous consommons ne vient plus de cette fontaine. 20% de notre consommation viennent du barrage de Kerléguer en Bohars, 60% par la station de Pont ar Bled en Plouédern via le barrage du Drennec, près de Sizun et les derniers 20% viennent de la station du Moulin Blanc au Relecq-Kerhuon.

Un cadre de vie, dans une zone protégée

Notre fontaine dite Margot a donc perdu de son importance vitale, mais elle se doit avec la volonté des édiles brestois et des associations de lutte pour l'amélioration du cadre de vie de devenir un lieu d'agrément, de promenade et de repos. A ce niveau la Confédération Syndicale des Familles de Kerourien, sous la houlette de Lucienne Montfort, vient d'appuyer cette initiative. Elle demande qu'un espace autour de la fontaine Margot puisse être réservé à l'installation de jardins qui seraient mis à la disposition des habitants limitrophes.

En ce qui concerne la signification du nom de la fontaine Margot, nombre d'historiens brestois avouent n'avoir rien trouvé dans les archives et autres sources écrites qui puissent attester l'origine de ce nom. Mais j'ai souvenance des propos d'une vieille personne m'avait tenus dans les année 1960. Cette dame Kerdilès qui parlait mieux le breton que le français m'avait dit un jour que ce nom semblait avoir été déformé au cours des temps, pour se transformer en un prénom français compréhensible de tous, mais sans lien réel avec la réalité. La plupart des noms de lieu sont composites et ne souffrent pas d'être rattachés en un seul mot de peur de perdre sa signification initiale. Prenons Kérivinvao, près de Lanniguer, ça ne veut rien dire, par contre Ker-ivin-vao en 3 mots cela devient compréhensible en breton. Cela veut dire le village (le lieu d'habitation ou la ferme) entouré d'ifs (ivin) et de hêtres (vao). Ainsi bon nombre de noms de lieu sont des mots composés en breton, par exemple quand certains auteurs écrivent Kérourien de cette façon, ils perdent la signification du Ker, lieu d'habitation d'un certain Ourien ou Derrien. De même Kéranroux (Ké-ranroux) ne veut rien dire, mais Ker-an-Roux devient compréhensible des bretons qui savent qu'un certain Le Roux habitait autrefois ce lieu. Pour Kérangoff (c'est écrit ainsi sur la façade du Centre social) qui se lit en français Ké rangoff et se prononce Ké rango (sans les f) , la prononciation exacte est Ker-an-Goff ( le village de Le Goff, qui est un nom de personne issu de son métier de forgeron, goff=forgeron, comme podeur= potier .....etc. Mais revenons aux hypothèses susceptibles de répondre à nos interrogations. Non loin de la fontaine Margot, le quartier de la Cavale Blanche, s'appelait à l'origine ar gazec ven, c'est-à-dire la jument blanche. Ici il ne s'agirait pas d'une jument, mais d'un cheval, qui se prononce marc'h en breton. Le premier terme de Margot (Mar-got) pourrait apparaître dans cette définition. Puis il y a le 2ème mot qui pourrait être le nom de famille Goff, qui se prononce go, comme dans Ker-an-Goff. Il s'agirait donc du lieu où un certain Le Goff, mettait son cheval à boire et à brouter. Peut-être que la fontaine était même sa propriété, comme les champs alentour. Mais selon madame Kerdilès cette explication pouvait être affinée, car pour elle un cheval est blanc ou noir, jeune ou vieux, mou ou fougueux, gras ou maigre (treut en breton). Pour elle le cheval qui était là visible de tous, près de cette fontaine, sans aller aux champs tirer la charrue, était un vieux cheval. Mais vieux se dit en breton koz. Le nom Le Coz, signifie le vieux. Par contre les érudits bretons savent qu'il existe dans la langue bretonne le principe de la mutation de la 1ère lettre de certain mot, c'est-à-dire la possibilité de la changer par une autre. On peut par exemple remplacer un K par un G pour adoucir la prononciation, ou l'inverse un G par un K pour la durcir, comme nous le précise l'écrivain breton, Job An Urien. Dans ce cas koz deviendrait goz ou go tout court. Le nom recherché devient donc margo, (mar-go) que l'on écrit aujourd'hui Margot en pensant au prénom d'une belle femme qui aurait passé son temps à se mirer dans l'eau, plutôt que de s'occuper de sa lessive ou de son travail de fermière. Cette dernière version est fausse naturellement, par contre je suis enclin à croire cette vieille dame qui aurait eu quelque 130 ans aujourd'hui. Cette personne, presque illettrée, était un trésor de mémoire et de finesse. En y pensant aujourd'hui, j'ai eu tort de ne pas l'avoir interrogée plus souvent sur ce qu'elle savait. Avec sa disparition, comme avec celles de beaucoup d'anciens, disparaît la mémoire collective de notre propre histoire, c'est regrettable, mais qui s'en inquiète ? Peut être nous qui à travers cette randonnée avons la modeste ambition de réveiller sous nos pas le passé qui au fil des ans s'évanouit de notre mémoire oublieuse.

Autrefois le Valy-Hir

Le Valy-Hir désigne ce long chemin qu'il fallait emprunter pour aller de Recouvrance au Conquet. Depuis les temps anciens, la vie au Valy-Hir fut toujours conditionnée par sa proximité géographique avec la ville de Brest et par les activités attractives de son port militaire. L'ensemble du terroir de Quilbignon n'échappa pas à cette règle. Ainsi, la volonté de Richelieu, poursuivie par Colbert et Vauban, visant à construire à Brest une place forte et un port militaire, devait perturber durablement notre vie essentiellement rurale et paysanne. Ainsi la priorité donnée au développement des activités militaires allait provoquer de nombreuses annexions de terrains dans nos alentours immédiats.

Géographiquement le terroir de Quilbignon se présente comme une ligne de crête passant par le Valy-Hir. Cette ancienne voie charretière partage l'espace de notre défunte commune de Saint-Pierre-Quilbignon, rattachée à Brest en 1945, en deux versants symétriques. L'un au sud descend vers la rade, l'autre au nord dévale vers la Penfeld.

Afin de se développer à l'extérieur de Brest, la Marine s'accaparait de nouveaux espaces et une partie du littoral de Quilbignon. De nouvelles zones militaires apparaissaient et remplaçaient des exploitations rurales. La construction des forts du Portzic, de Montbarrey, de Keranroux (tout proche du Valy-Hir), du Questel-Bras, de Penfeld, démontrait cette stratégie défensive qui consistait à occuper le terrain en avant de Brest. Ces fortifications militaires datent de la fin du 18ème siècle (Louis XVI ). Près du Valy-Hir le plateau qui s'appellera plus tard le Polygone, fut aménagé en terrain de manœuvre pour les militaires et une butte en terre fut construite pour les exercices de tir (1861-1863). L'anse de Laninon sera comblée au début du 20ème siècle et deux grands bassins y seront réalisés entre 1910 et 1915, faisant disparaître un lieu de baignade fort prisé. La montagne du Salou sera rasée et le cours de la Penfeld modifiée (Digue ou île factice construite). Le paysage environnant s'est transformé rapidement et les fermiers ont quitté leurs champs pour grossir la main-d'œuvre des ouvriers du port.

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