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Paulette D., mère au foyer

Mme D.


Entretien enregistré, réalisé par Dorine Caroff le 11 mars 2009 à 14H30, au domicile.


Madame D a 76 ans. Elle a un fils et fût tout au long de sa vie mère au foyer, s'occupant tour à tour de son fils, de sa mère, de sa tante et enfin de son mari.



Pouvez-vous vous présenter?


Je m'appelle Paulette D., j'ai 76 ans. Je me suis mariée assez jeune, j'avais 22 ans. Je suis partie tout de suite à Toulon, où on a vécu 9 ans. Mon fils est né à Toulon. Ma jeunesse a été assez triste, j'avais 7 ans à la déclaration de guerre, j'ai connu les bombardements. J'avais tellement peur des bombardements que j'ai été en pension pendant deux ans à côté d'Huelgoat dans les Monts d'Arrée. Puis mon père est tombé malade, il était tuberculeux. Quelques années après, c'est ma mère qui a eu une attaque de paralysie. J'ai connu la maladie dans ma jeunesse. Je n'ai jamais travaillé, j'ai eu mon certificat d'études, puis j'ai été deux ans aux cours ménagers: c'était de la couture et des cours de français.


Si vous n'avez pas travaillé c'est parce que vous vous êtes mariée?


Oui, je me suis mariée. J'avais une amie, Josette, et à l'époque on allait au bal. J'adorais le bal. C'était au Foyer du Marin, on appelait ça une sauterie. Il y avait le bal des marins au deuxième étage et au rez-de-chaussée, il y avait une sauterie l'après-midi. C'était bien, on payait sa boisson, il y avait des tables autour (ndlr: de la salle) et un orchestre. C'était tous les dimanches. Et j'allais au cinéma deux fois par semaine: le mercredi et le dimanche soir. Je me suis mariée avec un militaire, puis on est parti à Toulon. On est revenu en 1963 pour que je puisse m'occuper de ma mère qui était paralysée, mon père étant décédé deux ans avant.


A Toulon, vous n'avez pas travaillé non plus?


Non, car j'avais mon fils et il aurait fallu que je prenne quelqu'un pour m'occuper de lui, donc je n'ai pas travaillé.


Par rapport au statut de la femme au foyer, pendant longtemps et encore aujourd'hui, on disait que les femmes au foyer étaient "sans profession", alors qu'aujourd'hui on insiste sur le fait qu'elles soient mères au foyer.


Oui je suis sans profession. On m'avait prit en apprentissage chez une personne qui n'a jamais voulu me déclarer car j'étais apprentie. Au bout d'un an, elle est tombée malade, donc j'ai arrêté. On ne peut pas dire que j'ai travaillé dans ma vie.


Maintenant, on considère que c'est un véritable métier d'être mère au foyer, vous l'avez vécu de cette façon?


Oui, je l'ai vécu comme ça. J'avais mon mari, qui est rentré à l'EDF après quinze ans de marine, j'avais ma mère et mon fils. Je trouve que j'ai fais ma part!


Peut-on considérer que la mère au foyer est le pilier de la famille?


Oui, j'étais en activité du matin au soir.


Peut-être même plus que certaines femmes qui allaient travailler?


Oui, mon mari rentrait manger le midi. Mon fils aussi. J'en avais un à midi, l'autre à 12H30. Et m'occuper de ma mère.


Vous emmeniez votre fils à l'école?


Quand il était petit, je l'emmenais à l'école Place Guérin. Puis quand il était à la Croix Rouge, il allait seul. Il y avait des bus, puis à vélo. Je n'avais pas de voiture.


Votre mari travaillait, est-ce que si vous aviez vous aussi travailliez, cela lui aurait poser des difficultés?


Non, il n'avait pas cette vision que la femme doit être au foyer. C'est les circonstances de la vie qui ont fait que j'étais dans l'impossibilité de partir. Ma mère était paralysée de tout un côté, il lui fallait une présence, s'occuper d'elle. Elle était tout de même active, mais c'était à moi de faire le marché, il fallait une présence constante. On a été des années sans pouvoir aller en vacances. On aurait pu aller dans des camps EDF un peu partout en France, mais avec ma mère, on ne pouvait pas. J'avais ma tante, la sœur de ma mère, qui pouvait s'occuper d'elle si j'étais absente. On allait à Bénodet, il y avait des camps. On avait le droit de partir trois semaines lorsque les enfants étaient en bas âge. Là, on a pu profiter pendant 6/7 ans de congés. Puis, ma mère est tombée et ma tante n'a plus voulu prendre la responsabilité de la garder pendant les vacances. Donc pendant 7/8 ans, on a pas pu partir, on allait au Trez-Hir l'après-midi, mais il fallait rentrer le soir. Voilà ma vie. Après le décès de ma mère, on a eut quelques années avec mon mari qui était en retraite. C'est là qu'on a décelé qu'il avait des kystes sur des reins, ce qui a entrainé la dialyse. La maladie a recommencé. Mais on pouvait quand même se déplacer. On a fait quelques virées: Pays-Basque, Vendée, Cap d'Agde, Sète, pendant 4/5 ans. Il est décédé à 68 ans, depuis 10 ans je suis toute seule, la famille est là, mais je suis seule.


Cela n' a pas été difficile lorsque votre fils est parti?


Il est jamais parti! Il a fait ses études à la Croix Rouge , en section technique, il y avait aussi des cours. Mais de part son physique, il avait des problèmes. On l'a orienté vers le commercial, comme il n'y avait pas cette filière à la Croix Rouge, ils nous ont proposé l'Ecole Pigier. Au bout de deux ans, il est sorti avec un Brevet de Comptabilité et Dactylographie. Puis il est rentré chez Pilayrou dans les bureaux.


Il vivait toujours chez vous?


Oui! Il avait son appartement au premier étage, mais c'était dans le même immeuble. Donc il n'est jamais parti de la maison. C'est quand il a rencontré son épouse qu'il est parti, mais ils ont vécu deux ans ici avant de se marier. Il a fait son service militaire à la Préfecture Maritime, au château, donc quand il n'était pas de service, il était à la maison!


Vous n'avez donc pas senti ce départ?


Non, je n'ai eu aucune coupure avec mon fils.


De même par rapport à votre époux, vous aviez pris votre rythme durant ces années. Quand il a été en retraite, cela n'a pas été difficile?


Non, il n'y a pas eu de difficulté. Il avait un caractère super, moi je ne suis pas compliquée. On n'a eu aucun problème.


Vous étiez tout le temps ensemble?


Oui, car ça a changé. Lorsque on était à Toulon, il faisait partie de l'Escadre [1], il était pour ainsi dire jamais là. Donc j'ai élevé mon fils jusqu'à ses 7 ans. Les ¾ du temps, mon mari n'était pas là.


Quelle était l'image rendue par la femme au foyer?


Pas mal du tout, car à notre époque, effectivement, les ¾ des femmes ne travaillaient pas. On avait des amis, c'était pareil, la femme ne travaillait pas. C'était comme ça. Au point de vue pécunier, il faut dire qu'on arrivait à vivre avec un salaire.


Être femme au foyer n'était pas synonyme de dépendances par rapport à son mari?


Certainement, mais je ne m'en suis pas rendue compte, c'est sûr que j'étais dépendante. Il serait parti, moi je me retrouvais sans rien! J'ai connu le moment où les femmes avaient leurs salaires versés sur le compte de leur mari. On est revenu en 1963 de Toulon, mon mari est rentré à l'EDF en 1964. Les salaires étaient versés, mais à l'employé. C'est après qu'il a fallu ouvrir un compte chèque à la banque, aux deux noms. Là, on avait chacun un compte-chèque et un carnet de chèque. [2]


Avez-vous ressenti des restrictions au niveau social? Lorsque une femme travaille à l'extérieur, elle rencontre plus de personnes?


Oui, c'est sûr, mais je ne m'en suis pas rendu compte.


Votre belle-fille est aussi femme au foyer, voyez-vous des différences par rapport à ce que vous avez pu vivre?


Elle a beaucoup plus d'indépendance que moi, car elle conduit dans un premier temps. Moi j'ai eu ce problème, ça a été la grosse bêtise de ma vie : ne pas apprendre à conduire. A Toulon, on avait une voiture, j'aurais pu apprendre à conduire. Mais je ne l'ai pas fait à cause du coût, puis on est rentré à Brest. On a toujours vécu en ville, mon mari travaillait à l'usine à gaz, au port de commerce, il lui fallait une voiture. On avait pas les moyens d'avoir deux voitures. Donc il y a certainement des différences entre nous deux. Pour ma belle-fille, elle a eu une activité, donc elle a eu plus d'indépendance que moi, c'est sûr. Elle a l'air d'être parfaitement heureuse d'être à la maison, lorsque je lui ai demandé, elle m'a dit qu'elle ne regrettait pas. Car avant elle avait son activité, ses amis, mais c'est sûr que le travail d'infirmière est difficile. Elle est parfaitement épanouie. Je trouve que pour les enfants, ça a été une chose formidable, car elle les a énormément aidé dans leur scolarité.


Vous aussi vous avez éprouvé ce sentiment vis à vis de votre fils?


Je ne me suis jamais tellement occupée de mon fils d'un point de vue scolaire. Je suivais, forcément, il faut être derrière: "T'as fais tes devoirs? T'as fais-ci ?. Je contrôlais. Mais je n'ai qu'un certificat d'études.


Pensez-vous que l'évolution de la condition des femmes passe par les études?


Oui, je pense. A tout point vue : dans les relations, dans toute sa vie. L'instruction c'est énorme. Même si maintenant, on a un mal fou à avoir des débouchés, mais ça ne fait rien. Quelqu'un qui a une instruction... Cela ouvre énormément de portes. A mon âge, le "certif" c'était quelque chose! Et c'est mon père. C'est sa faute si j'ai eu mon "certif" ! Il y avait du secondaire à l'époque. J'ai fais ce qu'on appelle maintenant une 6ème et une 5ème, je suis retournée dans la classe du "certif", car il voulait à tout prix que j'ai mon "certif". A l'époque, c'était important, seulement, ça m'a coupé toutes mes études et c'est à la suite de ça que je suis rentrée aux cours ménagers.


Si vous n'aviez pas rencontré votre mari à la sortie de vos études, quel métier auriez-vous exercé?


Je pense la couture.


Vous n'avez pas regretté de ne pas avoir travaillé?


Non, je n'ai pas regretté, je n'ai pas eu le temps de regretter. Il y a des hommes qui à l'époque, n'acceptaient pas de voir leurs femmes travailler. Cela existait! On avait des amis, dont la femme Michèle ne travaillait pas. Elle aurait pu reprendre l'étal de poissonnerie de ses parents, mais son mari n'a jamais accepté que sa femme puisse travailler. Tandis que mon mari, si je n'avais pas eu tous les problèmes avec ma mère, j'aurais trouvé du travail. A l'époque, on trouvait du travail dans la couture.


Pensez-vous que l'image de la femme au foyer a changé entre votre époque et aujourd'hui?


Oui, je crois. Je constate que ce n'est pas la même vie que moi. Il y en a moins aussi, les femmes travaillent, elles sont obligées pour arriver à joindre les deux bouts.


Certains ont la vision que la femme au foyer ne fait rien?


Ça a toujours été. Quand ma belle-fille, il fallait qu'elle soit pour 7 heures à l'hôpital pour remplacer celle de nuit. Elle finissait à 15H/15H30. Elle avait toute sa maison à entretenir après. Car mon fils...je suis obligée de l'admettre. Maintenant, il s'y est mit. Ma belle-fille l'a éduqué, mais à la maison, il n'a jamais rien fait, j'étais là! Voilà le truc : la femme au foyer, elle était à la maison. Elle était là pour faire la bouffe, le lavage, le repassage; l'entretien de la maison, pour, pour... Mon fils a été élevé dans ce contexte, le fait qu'il soit fils unique a joué aussi. Il y avait ma mère, ma tante et moi, trois femmes. Alors il était bien... J'ai vu ma mère, lui faire ses petites galettes avant qu'il ne sorte de l'école. Elle avait un grand bol, qu'elle tenait du côté gauche qui était paralysé, lui faisait ses petites galettes. On lui préparait pas ses galettes avant 16H/16H30, de façon à ce qu'elles soient tièdes quand il sorte de l'école. Voilà! Il était entouré de femmes...


Notes et références

  1. Escadre : Force navale commandée par un vice-amiral.
  2. La loi du 13 juillet 1965 sur les régimes matrimoniaux met fin à l'incapacité de la femme mariée: Les femmes peuvent ouvrir un compte en banque sans l'autorisation de leurs époux, signer des chèques. Les époux ont le même pouvoir de cogestion des biens, leur responsabilité est identique.

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