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Madame D.,retraitée de l'éducation nationale

Entretien enregistré réalisé par Dorine Caroff le 17 avril à 14H00 au domicile.


Madame D. a 75 ans, est retraitée de l'éducation nationale. Féministe convaincue depuis l'âge de 20 ans, elle a lutté pour le droit des femmes au sein du Planning Familial de Quimper dans les années 1960. Aujourd'hui, elle milite au sein de deux associations de femmes.



Pouvez-vous vous présenter?


J'ai 75 ans, je suis retraitée de l'Education Nationale depuis 15 ans. Je n'exerce aucune activité professionnelle. Je n'ai pas beaucoup d'autres activités à part le jardin. Je consomme de la lecture, du cinéma, du théâtre, des expositions. Je milite encore dans deux mouvements de femmes.


Quand avez-vous commencé à militer pour le droit des femmes?


A militer, cela a été les années précédents 1970, quand on a commencé à se battre pour la contraception, puis pour l'avortement. Je crois que c'est là que j'ai vraiment commencé à militer. Je m'étais permis de me dire féministe bien avant ça.


Ce féminisme est dû à des rencontres, des lectures?


Je crois que j'ai toujours été révoltée par la condition des femmes. Quand j'étais jeune, même enfant, j'estimais que les filles n'avaient pas les mêmes chances que les garçons. J'aurais voulu être un garçon, comme beaucoup de filles à mon époque. Je ne sais pas si c'est toujours le cas aujourd'hui. A l'époque, je regrettais terriblement d'être une fille. J'ai mené la vie dure à ma mère et un peu à mon père. Je râlais tout le temps, j'essayais de faire faire la vaisselle à mon père, déjà petite. J'ai l'impression que j'ai toujours été consciente de l'injustice qu'il y avait, de l'iniquité qu'il y avait entre hommes et femmes. Cela a participé à rendre l'adolescence encore plus difficile je crois que pour un garçon. Car il y avait cette amertume en plus des troubles généraux de l'adolescence. Je ne comprenais pas bien la situation. L'illumination, cela a été à 20 ans, lorsque j'ai lu Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. [1] Là, je me suis dit : "ça y est, j'ai tout compris" (rires). A partir de là, j'ai construit la féministe en moi. J'ai lu d'autres textes, j'ai continué à être extrêmement fidèle à Simone de Beauvoir, j'ai lu tout ce qu'elle a écrit. Cela a été vraiment le début. C'était les années 1954.


Il y avait déjà des groupes de femmes?

Moi, je n'en étais pas consciente. J'étais à l'époque institutrice dans une école de hameau, perdue au fin fond de la campagne, l'Ecole de la Montagne, Skol ar Min, où il n'y avait même pas l'électricité. Je me sentais très perdue et très isolée. Donc les mouvements de femmes, je ne savais même pas que cela existait. Je connaissais les mouvements historiques des suffragettes. [2]. Je savais qu'il y avait des gens qui s'étaient battus pour que l'on obtienne le droit de vote. J'ai voté pour la première fois en 1956, [3] j'avais 21 ans, la majorité était à 21 ans. [4]. Après cela, j'ai toujours voté. Mais je ne peux pas dire que j'ai participé à des mouvements spécifiquement féminins, féministes. Mais comme j'étais syndiquée, que j'ai toujours milité au syndicat, je faisais partie d'une tendance très minoritaire dans mon syndicat, qui parlait des problèmes des femmes. C'est à travers ce mouvement, qui s'appelait l'Ecole Émancipée, [5] que j'ai entrevu la possibilité d'agir. Car l'Ecole Émancipée a mis très tôt dans ses buts le combat pour l'égalité entre les hommes et les femmes. Militer vraiment dans un mouvement de femmes, il a fallu attendre l'après 68. En 68, contrairement à ce qu'on a dit, il n'y a pas eu de mouvement de femmes. Il est né après. Peut-être à cause de l'attitude des jeunes révolutionnaires de 68, qui ont essayé de faire faire aux femmes la cuisine pendant qu'ils discutaient. Les femmes faisaient le café et cuisaient les nouilles et les garçons parlaient politique.


C'est une image que l'on a de mai 68, qui aurait changé les choses pour les femmes...

Non, 68 n'a pas abordé le problème du féminisme, mais il a été un déclencheur. C'est justement devant cette attitude des jeunes de 68 qu'un certain nombre de femmes se sont dit : "Là, il y a quelque chose qui ne va pas". Ils avaient la parole, ils avaient le pouvoir. Les femmes ne réussissaient pas à en placer une. Je crois que cela a été cette prise de conscience. Puis, il y avait aussi cette idée que les problèmes des femmes, ce n'était pas important du tout. Il s'agissait d'abord de faire la révolution et après on verrait. Les filles avaient tendance à dire : "Il faut faire les deux en même temps". Car on ne peut pas faire l'un sans l'autre. Il y avait aussi cette idée que seule la gauche : les communistes, les trotskistes, les anarchistes, les maoïstes.... Seuls eux pouvaient avoir conscience de ce qu'était le mouvement des femmes. On était déjà un certain nombre à se dire que chez les femmes de droite, on pouvait trouver aussi des alliances. Les femmes faisaient-elles partie d'une classe ou d'une caste ? C'était les débats à l'époque. C'était très difficile de classer les femmes, moitié de l'humanité, dans une catégorie particulière, étant donné qu'elles subissaient toutes l'oppression et la domination masculine. Cela ce n'était pas bon à entendre. Se voir comme des oppresseurs, là, ils ne voulaient pas. C'est après 68 que les femmes ont d'abord commencé à se regrouper entre elles, à faire des mouvements non-mixtes pour pouvoir prendre la parole. Parce que dès qu'il y avait des hommes dans les réunions, c'était eux qui prenaient la parole...pour parler des femmes. Ils ne pouvaient pas s'en empêcher.


A ce moment là, vous avez fait partie d'un mouvement?

A l’École Émancipée, ce groupe dont je vous parle qui était une tendance de la FEN, [6] on a toujours fait des commissions mixtes car les compagnons qu'on avait étaient prêts à nous laisser parler. On avait l'habitude, on était des militants syndicaux, on savait parler. Ce n'était pas un groupe informel. On était capable de les faire taire et de leur dire : "Ne vous penchez pas sur notre condition, on n'a pas besoin de ça, réfléchissez à la vôtre". On était déjà capable de leur dire ça, mais c'était à l'intérieur d'un syndicat, c'est très différent. Dans les groupes très informels de femmes qui voulaient militer, il y avait beaucoup de filles qui étaient incapables de prendre la parole. A l’École Émancipée, nous tenions à ce qu'il y ait des groupes mixtes, car nous disions qu'on n'avancerait jamais si on ne trouvait pas des hommes de bonne volonté pour nous soutenir.


Dans ce groupe là, la parole des femmes était aussi bien entendue que celle des hommes?

Oui, à l’École Émancipée, les hommes étaient ouverts à tout et capables de se remettre en cause. C'est ce que j'ai vu de mieux parmi les hommes militants que j'ai pu rencontrer. Quand on leur a dit : "Écoutez, la domination masculine, il faut en parler", ils ont tout de suite été d'accord pour ouvrir le débat le plus largement possible et réfléchir sur la virilité qu'on leur a imposée. Par leur éducation, les hommes sont autant victimes que nous, sauf que c'est eux qui dominent. Ils étaient prêts à l'accepter et dès 68 on a pu discuter avec eux de tout ça.


C'est en 1970 que le MLF est né?

Oui. A mon avis, l'acte fondateur c'est le petit groupe de femmes, dont Christiane Rochefort [7] qui sont allées déposer une gerbe sur la tombe du soldat inconnu. Christiane Rochefort a habité un moment à Concarneau. Elle a fréquenté les gens du Finistère. Je l'ai rencontrée, de même que mes parents. Elle nous a raconté l'histoire de la femme du soldat inconnu plus inconnue que le soldat. [8] Cela avait fait du bruit, bien que cela n'ait pas été la révolution. Car c'était plein d'humour, on n'avait pas le droit de faire une manifestation devant la flamme du soldat inconnu. C'était l'illégalité la plus complète. Donc on en a parlé, elles étaient devenues célèbres. A mon avis, c'est ça l'acte fondateur de ce qu'on a appelé le Mouvement de Libération des femmes. [9] Tout le monde n'est pas d'accord là-dessus. En fait, le MLF entre les années 70 et 74, cela a été un regroupement de mouvements. Il y avait le Planning Familial, c'est là que je militais, Choisir de Gisèle Halimi, le MLAC et Psych et po, le mouvement d'Antoinette Fouque. [10] Tout ça, c'est ce qu'on appelait le MLF. Mais il y a une partie de ce mouvement qui a déposé le sigle MLF [11] et qui a considéré qu'à partir de ce moment là il leur appartenait. Cela a fait un petit peu scandale, mais personne n'a essayé de leur chercher des ennuis...


Vous, vous avez commencé à militer au Planning Familial?

Oui, au Planning Familial de Quimper. Tous les plannings familiaux n'étaient pas les mêmes, cela dépendait des gens qui y étaient. On a beaucoup travaillé sur la contraception et l'avortement.


C'était avant la loi sur l'avortement?

Oui, avant même la loi Neuwirth sur la contraception de 1967. [12] Donc là, on a participé à des tas de mouvements, des tas de manifestations. Je me rappelle une manifestation de nuit à Quimper, avec le MLAC, Choisir. On était toujours regroupés dès qu'il y avait une manifestation. Il y avait des hommes aussi.


Il n'y avait pas encore la loi sur la contraception et l'avortement, mais des femmes venaient tout de même vous voir?

Oui, on a passé notre temps à organiser des voyages en Angleterre pour qu'elles puissent avorter. Dans la région, il y avait des avortements clandestins bien sûr. Moi, je n'ai jamais participé à un avortement, ce n'est pas parce que je n'ai pas le courage de le dire, mais je ne l'ai pas fait car j'avais peur. J'avais surtout peur des conséquences médicales, ce n'était pas la peur de me faire attraper, mais la peur de ne pas bien faire. Un certain nombre de filles du Planning Familial de Quimper ou de Choisir se sont initiées auprès de médecins, à la méthode Karman, [13] d'aspiration, qui était la moins dangereuse. Elles ont pratiqué des avortements à la maison. On stérilisait les instruments avec des cocottes minutes, ça se faisait sur la table de la cuisine. C'était quand même mieux que les faiseuses d'anges avec leurs aiguilles à tricoter. Car elles avaient eu une formation grâce à des toubibs.


Il y avait des médecins aussi?

Oui, qui nous aidaient, mais avec beaucoup de prudence, car ils risquaient gros. Ils risquaient la radiation, la prison. L'avortement était puni par la loi.


Vous n'avez jamais eu d'embêtements avec la police ou la justice?

A Quimper, non. Je crois qu'il n'y a eu aucun accroc. Mais personne n'a été blessé, les avortements se sont toujours bien passés. Mais après, on a surtout envoyé des gens en Angleterre.


Comment se déroulaient ces voyages?

On avait des gens qui avaient des délais dépassés, il y en a toujours d'ailleurs. Les plannings familiaux font toujours ça puisque en Angleterre les délais sont plus longs, en Espagne aussi. [14] Il y avait le mari d'une copine du Planning, qui acceptait d'emmener les femmes avec sa camionnette. Ils prenaient le ferry à Saint-Malo. Il y avait plusieurs personnes dans une camionnette et ils passaient à Londres. On prenait rendez-vous dans des cliniques dont on savait qu'elles nous acceptaient. Il les accompagnait jusqu'au bout avec la camionnette, les déposait, puis les ramenait. On faisait cela pour que ça ne revienne pas trop cher, car les transports en commun étaient trop chers.


Les avortements étaient payants en Angleterre?

Oui, il fallait payer, mais ce n'était pas hors de prix. Il fallait trouver de l'argent, car le Planning Familial n'en avait pas. C'était un vrai problème. C'était l'illégalité la plus totale, on n'avait pas le droit de le faire. Je crois que les pouvoirs publics fermaient les yeux plus ou moins. Il y avait une espèce d'hypocrisie. D'ailleurs on le disait carrément quand on faisait des meetings, des conférences : "Il y a 800 000 avortements clandestins en France". C'était la loi de 1920 qui était terrible. [15] Cette loi n'a jamais empêché les avortements, donc beaucoup étaient mal faits, ce qui coûtait la vie aux femmes ou une stérilité définitive. Et elles continuaient à avorter, car on a jamais réussi à empêcher une femme d'avorter lorsque elle l'a décidé. Elle préfère mourir quelquefois, alors qu'elles savent qu'elles risquent la mort chez certaines faiseuses d'anges. Mais elles sont prêtes à tout. Une femme qui ne veut pas avoir d'enfant est prête à tout.


Avant que la loi ne passe, quelles actions avez-vous menées?

On faisait des manifs, très souvent, des défilés dans les rues avec des pancartes, des banderoles. On faisait des conférences, on avait quelques fois des contradicteurs extrêmement féroces dans la salle. On a fait d'autres choses, par exemple lorsque la loi est passée, les décrets d'application ne sont pas sortis tout de suite. [16] Nous sommes allées en commando à l'hôpital de Quimper, demander aux chirurgiens qui était prêt à commencer les avortements avant que les décrets ne sortent. Ils ont tous dit oui! On nous a dit après qu'ils avaient eu peur de nous! Et ils ont commencé tout de suite à faire des avortements. A partir de là, on a pu envoyer les filles à l'hôpital assez vite.


Quand la loi est passée, vous avez eu des personnes qui manifestaient contre?

Oui. Une des choses les plus drôles qu'on ait faites à Quimper, ça a été de passer le film "Histoire d'A". [17] On nous avait dit : "Il ne faut pas envoyer le film, les bobines vont être prises". Cela aurait été une catastrophe s'ils avaient saisi les bobines, car c'était une ruine pour les gens qui avaient produit cela. On ne pouvait pas se permettre de se faire voler les bobines par les flics. Pour les embêter, on était très nombreux à être arrivés avec des valises. Dans les valises, il y avait toutes sortes de choses. Il y avait des hommes et des femmes qui portaient des valises et qui arrivaient dans la salle. Il y avait deux rangées de gendarmes à l'entrée de la salle, qui nous faisaient ouvrir toutes les valises. Et dans les valises, il y avait toutes sortes de choses. Je me rappelle un copain qui disait : "Vous n'allez quand même pas m'empêcher de rentrer dans la salle avec tous les Lagarde et Michard !". Les Lagarde et Michard, c'était les manuels de littérature du second degré. Je me rappelle une amie, qui a été une des âmes de la bagarre, qui regardait les gendarmes et qui leur disait : "Vous savez, Monsieur, les femmes de gendarmes avortent aussi !". Et les types étaient impassibles, mais ils n'étaient pas très fiers d'eux. Car si on s'amuse à plonger dans toutes les familles, il y a toujours eu des avortements, il n'y a pas de famille où il n'y a pas eu quelqu'un qui ait eu besoin d'avorter. Les gendarmes savaient très bien que dans leurs familles, il y avait autant d'avortements qu'ailleurs. C'était une hypocrisie épouvantable. Donc le principe, c'était de prouver que la loi de toute façon n'était pas appliquée, elle était transgressée sans arrêt. Donc il fallait la supprimer. Cela a été une sacrée victoire. La contraception d'abord, c'était très important. On oublie d'en parler. D'ailleurs, on ne fait pas assez de publicité sur la contraception. Quelques fois, il y a une campagne de rien du tout. Car il y a encore beaucoup d'avortements. Il y a encore des tas d'idées fausses chez les jeunes filles concernant la contraception. Si on faisait une pub sur la contraception du genre de celle qu'on a faite pour les antibiotiques à la télévision...On peut rêver! C'est encore quelque chose de tabou. Alors que normalement on a le droit de faire de la pub pour la contraception, parce que au début, on n'avait pas le droit! La maitrise de la procréation, c'est un grand pas pour la libération des femmes.


Pourtant aujourd'hui, ce n'est pas aussi simple...

Tout est fait pour mettre des bâtons dans les roues des filles qui veulent avorter. Il y a d'abord le corps médical qui n'a jamais très bien supporté cette histoire. J'ai une hypothèse : les médecins en général ont tendance à détester les patients qui arrivent chez eux avec un diagnostic déjà tout fait. Or, quand on vient avorter, effectivement on sait qu'on est enceinte et le diagnostic c'est vite fait. L'opération aussi, c'est vous qui décidez. Ils ne supportent pas. Il y a un pouvoir médical, ça se comprend, puisque les médecins peuvent se dire qu'ils ont le pouvoir de vie et de mort. C'est vrai, ils ont un pouvoir énorme, peut-être qu'ils sont encore beaucoup plus imprégnés de ce pouvoir que d'autres personnes. L'avortement, ils ne supportent pas. Il y en a d'autres qui refusent de pratiquer des avortements, car il y a toujours cette clause de conscience dans la loi qui les autorise à refuser. Ils mettent en avant la clause de conscience. Certains d'entre eux, c'est simplement parce que les avortements, ça ne rapporte pas, cela paye très peu. Je ne suis pas sûre que ce soit idéologique chez eux le refus de pratiquer des avortements. Au début, on a eu des médecins militants, notamment au MLAC, qui ont fait un sacré boulot. Heureusement qu'on les a eus avec nous. Ils avaient vu tellement de femmes mourir ou arriver chez eux exsangues, ou des femmes qui étaient devenues stériles à cause d'un avortement raté. Ils étaient complètement horrifiés. Donc ils ont milité pour le droit à l'avortement. Il paraît qu'il n'y a pas assez de médecins qui pratiquent l'avortement, qu'il y a des queues devant les hôpitaux. Tout comme les délais qui sont dépassés par les filles qui n'ont pas le temps. Cela devient la croix et la bannière, il faut aller en Hollande, en Espagne.


Pour la pilule du lendemain aussi il y a des résistances. Au début, quand on allait acheter la pilule, lorsque elle a été en vente libre dans les pharmacies, il y avait des pharmaciens qui essayaient de nous intimider. Je me rappelle qu'ils nous demandaient notre nom et notre adresse. Les pharmaciens étaient encore plus réactionnaires que les toubibs.


Je crois qu'il y a actuellement une sorte d'exaltation de la maternité et de la procréation auprès des jeunes femmes, filles, telle qu'il y a d'avantage de gens hostiles à l'avortement que du temps où on s'est battu pour! Il y a un changement dans la mentalité. Nous, nous étions encore très marquées par le «"Quand je veux, si je veux ! . On admettait très bien un non-désir d'enfant, on en discutait. C'était d'ailleurs très difficile. On discutait facilement de pourquoi on avortait, mais moi, j'essayais toujours de faire dire aux femmes : "Pourquoi vous voulez un enfant?, pourquoi avez-vous tant le désir d'avoir un enfant ? . Et on n'arrivait pas à discuter de cela. Il y a un espèce de tabou là-dessus. Actuellement, j'ai l'impression que ce sont des questions qui ne se posent plus, cela va de soi de faire des enfants. Moi, je n'ai jamais eu d'enfant, je n'en voulais pas et je n'ai jamais regretté. Mais je passe aux yeux de beaucoup de gens pour quelqu'un d'un peu monstrueux. On n'est pas nombreuses, à ne pas avoir voulu sciemment d'enfant. Mais actuellement, je crois qu'il y a l'injonction d'avoir des enfants. Il est arrivé quelque chose d'étrange dans mon groupe de femmes . Nous avions organisé quelque chose sur le féminisme : "Qu'est ce que c'est pour vous être une femme ?". Dans la réponse de plusieurs des jeunes femmes, il y avait : "Être une femme, c'est avoir le pouvoir de faire un enfant". Ce mot "pouvoir", nous avait complètement interloquées, nous les vieilles! Car on n' avait jamais vu cela comme ça. D'ailleurs, il y a toute une frange du féminisme qui considère que c'est la femme qui fait l'enfant, alors que c'est les deux. Moi, j'avais un point de vue complètement opposé, puisque je me disais : "Je suis du mauvais côté, du côté de l'utérus, c'est à dire celui des deux qui va porter pendant neuf mois, accoucher, allaiter, alors que l'autre, il va aussi être père, il va aussi avoir un enfant, mais il n'aura rien de tout ça à faire !". Et maintenant, c'est complètement transformé, c'est devenu un pouvoir, un plaisir, une espèce de consécration, d'épanouissement.

A l'époque est paru un livre qui s'appelait "Maternité esclave", qui racontait tous les ravages que faisaient la gestation, l'accouchement sur le corps des femmes. Mais cela ne pourrait plus paraître maintenant, cela paraitrait horrible de dire cela. Maintenant c'est le bonheur, pourtant c'est quand même une rude épreuve.

Quand j'avais 20 ans, j'envisageais comme tout le monde d'avoir peut-être un jour des enfants, cela m'a passé. Je me suis dis que je n'avais pas le temps, qu'il y avait d'autres choses à faire et puis surtout que les hommes ne participaient pas à égalité au travail que cela représente d'élever un enfant. Et ils ne le font toujours pas d'ailleurs, c'est très rare. Et je trouve ça particulièrement injuste. C'est la femme qui fait le travail, pas seulement l'accouchement et l'allaitement, mais tout le travail après de ce que j'appelle l'élevage, c'est à dire les tâches matérielles. L'homme n'en fait pas beaucoup.


Vous pensez que c'est dû à l'éducation? Autant celle reçue par les hommes que par les femmes?

Oui, pour moi ce n'est pas inné, c'est acquis! Moi je rêve d'une humanité différente, où les hommes et les femmes s'occuperaient autant l'un que l'autre de l'enfant pour l'éduquer. Quand je dis s'occuper, c'est toutes les tâches matérielles qui sont aussi les plaisirs pour l'enfant, nourrir, laver toucher. Les femmes s'approprient l'enfant, elles ont tendance à être extrêmement propriétaires de l'enfant. Elles sont responsables aussi, l'enfant est leur chose, elles ne laissent pas tellement les hommes s'en occuper. Et quand elles veulent bien, ou que même elles le demandent , elles n'ont pas de réponse, il faut bien le dire. Il y a quelques hommes qui souhaiteraient être aussi présents que leurs femmes dans le processus d'élevage, je dis bien élevage de l'enfant, mais on ne les laisse pas faire non plus. Les femmes considèrent que l'enfant leur appartient d'abord. D'ailleurs regardez les divorces : la plupart du temps, les hommes ne demandent pas la garde. Dans 85% des cas ils ne le font pas. Les 15% qui restent aimeraient bien et ils ont du mal. Ça évolue mais les jugements sont souvent en faveur des femmes.


Lorsque les hommes ont la garde, c'est un peu une surprise...

Oui, on se dit la femme, ou bien elle est alcoolique, folle ou nulle. Mais les hommes qui veulent vraiment élever leurs enfants sont rares. Cela ferait une autre humanité pourtant si le père prenait autant de place physiquement avec l'enfant. Je crois que cela changerait la vision du monde des garçons et des filles. Les filles et les garçons sont habitués à voir la femme et uniquement la femme s'occuper de l'enfant, comment voulez-vous qu'ils changent après? Cela leur paraît l'ordre naturel des choses. Cela influence les deux.


Vous avez été institutrice, on voit aussi cette différence à l'école?

Oui, j'ai connu l'enseignement ménager pour les filles et pour les garçons l'agriculture et les sciences. Moi même j'ai fait de la couture à l'école, de la puériculture. Quand j'ai passé le certificat d'études, on avait une épreuve de puériculture, je me rappelle avoir eu le bain du bébé, à 14 ans! Et les garçons à Châteauneuf-du-Faou avaient les engrais. Quand j'ai fait la classe du certif, j'ai enseigné les engrais. Quand les travaux manuels existaient encore au collège, on a commencé à faire de la couture et de la cuisine aux garçons. Ils adoraient ça d'ailleurs, la cuisine surtout.


Il y en avait qui étaient réfractaires?

Ils ont trouvé cela un peu bizarre, mais finalement, cela leur a plu. La cuisine, c'est très créatif, donc on a essayé de dégenrer les travaux manuels. Mais tout le monde ne l'a pas fait. Puis les travaux manuels ont été supprimés.


On voit toujours une différence dans les filières : les filles vont plus dans les filières sociales, littéraires...

Oui, c'est un défaut profond de l'Education Nationale. Elle fait la différence entre les filles et les garçons. Tous les instituteurs sont complices sans même s'en apercevoir. Cela fait combien de décennies que dans tous les groupes de femmes, on lance des actions sur les manuels scolaires pour empêcher qu'il y ait : "Maman à la maison, Papa qui part au bureau avec sa serviette...". On fait cela depuis 50 ans, tout est à refaire à chaque fois. Il y a encore des groupes en ce moment qui s'occupent des manuels scolaires, cela n'a pas été expurgé. On a essayé de faire un petit peu, mais quand on met le nez dedans! Il y a des travaux en sociologie, par exemple à Toulouse, sur les écoles primaires. Il y a eut une étude de genre, pour essayer de promouvoir l'égalité garçons/filles à l'école primaire. Cela avance peu. J'ai une amie qui était conseillère pédagogique à Toulouse qui m'a raconté que des jeunes instits à qui elle donnait des conseils avaient à recevoir l'inspection. Elle était aussi présente avec l'inspecteur. Elle s'est aperçue que le jour de l'inspection, les jeunes instits interrogeaient uniquement les garçons. A la sortie, elle a soulevé ce point, mais les instits ne s'en rendaient pas compte! C'était il y a quelques années! On part du principe que le garçon est plus éveillé, plus prompt à répondre, même s'il dit des bêtises. La fille réfléchit d'avantage. Donc pour une inspection c'est bien car cela donne de la vie à la classe...C'est dans la tête des profs, il y a eu des études faites sur les épreuves de maths et de sciences, puisque c'est le gros problème pour les filles. Il y a des qualités différentes chez les garçons et les filles pour aborder les sciences. Ces qualités que les filles ont ne sont pas reconnues par les profs de maths. Les filles sont plus minutieuses, plus réfléchies. La minutie est très recommandée en sciences, mais c'est moins brillant que l'inventivité supposée des garçons. On valorise certaines qualités qui sont nécessaires en sciences. Il faut bien dire que lorsque on regarde les statistiques, tous les ans, dans les sections de sciences, les filles grignotent et elles finiront par être à 50%.


A l'inverse, il faudrait aussi que les garçons grignotent en lettres...

Là, il y a aussi un problème d'image. Un garçon brillant en lettres et en maths choisira une section maths. Il y a aussi le problème de l'orientation professionnelle qui est beaucoup plus difficile en lettres. Et c'est moins prestigieux. Autrefois, être un excellent élève en lettres c'était assez prestigieux, tandis que cela ne l'est plus maintenant.


Certains ont-ils lâchés le mouvement après la loi sur l'avortement?

Oui, on n'a pas su passer le flambeau aux jeunes générations. C'est un échec de notre génération. On a l'impression que nous on s'est battu pour ça, on a gagné ce combat qui était essentiel, car cela pouvait être la porte ouverte à une véritable libération des femmes. C'est la porte, mais après, il ne s'est pas passé grand chose. Je suis maintenant dans un mouvement qui se bat pour quelque chose de précis : la parité en politique. On en est très loin. Combien y-a-t-il de gens choqués par la photo du G20 où il y avait deux femmes? Moi, quand je vois une photo comme cela, je suis horrifiée, mais il y a des gens qui trouvent cela normal, qui ne voient même pas que c'est anormal. Dans certains pays, paraît-il les journaux ont gommé les deux femmes et les ont remplacées par deux hommes.


Aujourd'hui, vous militez toujours pour le droit des femmes?

Oui, je suis dans deux organisations :un groupe de femmes. On ne peut pas dire que ce soit un groupe féministe, car il y a des gens qui ne veulent pas se dire féministes. C'est la grande différence avec autrefois. Mais c'est quand même une association très généraliste qui s'occupe de beaucoup de problèmes. Je fais également partie d'une association nationale qui lutte pour la parité en politique, mais en politique seulement. C'est déjà un gros chantier.

On voit l'exemple avec la commission Balladur, qui s'est réunie récemment pour remettre de l'ordre dans la manière d'organiser les élections régionales, territoriales, municipales, inter-communales,... Il est proposé que le scrutin de liste soit le scrutin dans toutes les élections. On a salué cela comme une avancée. Car dans le scrutin de liste, on peut exiger un homme, une femme, un homme, une femme...On vient d'apprendre que l'on allait remettre le scrutin uni-nominal dans les élections régionales, alors que jusqu'à présent, les élections régionales se font sur des scrutins de liste. Dans les Conseils Régionaux, il n'y a pas tout à fait la parité, mais presque. Si on revient au scrutin uni-nominal, ce sera une dégringolade. On est en train de remettre en cause cette suggestion du rapport de la Commission Balladur. C'est un combat permanent.


Les choses ont changé par rapport à l'époque où vous avez commencé à militer?

Les gens de ma génération, j'en retrouve dans les mouvements de femmes, c'est les gens de la jeune génération qui n'y sont pas. Le mot féminisme est devenu un gros mot. Je ne sais pas pourquoi. Je ne comprends pas très bien. Je crois que c'est une méconnaissance de ce que représente le féminisme. S'il n'y avait que les garçons, ce ne serait pas trop grave, mais il y a aussi les femmes. Comme si tous les problèmes avaient été réglés. Il y en a beaucoup qui ont été réglés. Par exemple Yvette Roudy. [18] Elle a travaillé du temps de la présidence de Mitterrand. Elle a vraiment travaillé avec certaines femmes du Parti Socialiste à expurger tous les textes du Code Civil, tous les textes de loi qui régissent la vie quotidienne des français. Il y en avait des quantités. Cela a été un travail de romains, pour déceler dans tous les articles de loi tout ce qu'il y avait de discriminant. Elles ont mis un temps fou, mais elles l'ont fait : l'autorité parentale, le divorce, les contrats de mariage. Cela a pris des années. Sur le plan de la loi, on peut dire que c'est une bagarre qui a continué. Car ce n'est pas vieux. Ces vieilles féministes comme Yvette Roudy ou moi, elles ont continué à travailler. On n' en a pas beaucoup parlé. Ce sont des femmes qui l'ont fait, cela a duré 10 ans. Elles n'ont pas abandonné, mais peut-être que les jeunes femmes maintenant ne savent pas cela. On n'enseigne pas l'histoire des femmes.


Y-avait-il des hommes qui venaient au Planning Familial?

C'était rare, les femmes venaient seules en générales. Les hommes sont assez lâches pour tous ces problèmes d'avortement. Ils considèrent que c'est une affaire de femmes. Mais en général, elles avaient l'accord de leurs maris quand elles venaient. Quelquefois, il y avait aussi et c'était important : une injonction du mari. C'est le mari qui ne voulait pas d'enfant. Là c'était très dur. Car on avait une politique, c'était de leur dire que l'entretien était obligatoire, mais qu'elles avaient le papier. Ce n'était pas à nous de décider. En général, elles avaient besoin de parler et de s'expliquer. Elles avaient toujours envie de se justifier, pourtant on leur disait qu'elles n'avaient pas à se justifier, que c'était leur décision. Quelquefois, elles disaient qu'elles n'avaient pas envie d'avorter, qu'elles y étaient contraintes pour des problèmes matériels. C'était dramatique. Nous, nous avions tendance à penser que c'était leur choix qui devait l'emporter, pas celui de quelqu'un d'autre. Car un avortement qui est fait à contre cœur , cela peut être grave. Tandis qu'un avortement qui est décidé en toute lucidité, ce n'est pas forcément un traumatisme, il ne faut pas exagérer.

Notes et références

  1. Simone de Beauvoir est née en 1908. Elle reçoit une éducation morale et religieuse propre au conservateur dans lequel elle grandit. Élève brillante, elle sortira de la Sorbonne avec différents diplômes en littérature, grec, latin, maths, et sera agrégée de philosophie. C'est là qu'elle rencontre Jean-Paul Sartre avec qui elle partagera sa vie mais aussi son travail d'écriture. Grand écrivain, elle écrira Le Deuxième Sexe en 1949, qui marquera le mouvement féministe.
  2. Le mouvement des suffragettes est un mouvement de femmes nait en Angleterre en 1903, qui militait pour le droit de vote des femmes.
  3. En 1956 ont lieu les élections législatives.
  4. La majorité passera de 21 ans à 18 ans le 5 juillet 1974.
  5. L'Ecole Émancipée est un syndicat de l'enseignement français, où les militants sont investis à tous les niveaux de la fédération. Il défend un syndicalisme de transformation sociale, appuyée sur les luttes.
  6. Fédération de l'Education Nationale.
  7. Christiane Rochefort est un écrivain français, très engagée pour le droit des femmes et active au MLF. Elle participe avec Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi à la création du mouvement Choisir la cause des femmes.
  8. La première action du MLF a lieu le 26 août 1970, avec le dépôt d'une gerbe sous l'Arc de Triomphe, qui mentionne « à la femme du soldat inconnu encore plus inconnue que lui ». Le MLF est à l'origine de toute une série d'actions, qui entraine le débat des droits de la femme sur la scène publique.
  9. C'est dans les années 1955-1956, que l'intérêt pour la condition féminine renait, porté par le mouvement protestant Jeunes Femmes. A la fin des années 1960, une nouvelle génération de femmes apparaît; qui sont nées entre 1935 et 1945. Elles ont un niveau d'instruction plus élevé que leurs aînées, ont connu la mixité à l'école, ainsi qu'à l'université. De plus, durant leur adolescence, elles ont été influencées par les thèmes du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. En novembre 1960, de nombreuses femmes signent le Manifeste des 121 pour le « droit à l'insoumission », dont Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Florence Malraux, Christine Rochefort, Simone Signoret. Le mouvement du MLF exprime sa volonté d'un réseau non mixte.
  10. En 1979, Antoinette Fouque crée une association selon la loi de 1901, devenant présidente déposant le sigle MLF à l'Institut national de la propriété industrielle. Le MLF fût durant des années un mouvement qui regroupait différentes associations, sans leader. Cette décision provoqua la polémique au sein du mouvement. Le 8 mars 1956, c'est la création de l'association Maternité heureuse par Marie-Andrée Lagroux Weill-Hallé, médecin. L'association est alors destinée a informer sur les moyens anticonceptionnels, et donne des consultations médicales. Elle se trouve durant quelques années hors-la-loi en délivrant des contraceptifs. En 1960, l'association prend le nom de Planning Familial. Le premier centre ouvre à Grenoble en 1961, où il y a un atelier clandestin de crème spermicide. Choisir est crée en 1971 par Gisèle Halimi, Simone de Beauvoir, Christiane Rochefort et d'autres. Elles luttaient pour une éducation sexuelle et pour la contraception libre ; l'abrogation de la loi répressive de 1920 qui condamnait l'avortement ; la défense gratuites des femmes poursuivies pour avortement. Le MLAC (Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception), qui réunit des militants et des médecins est crée en 1973-1974. Ces médecins pratiquent illégalement des avortements de masse. Psych et po est un mouvement crée par Antoinette Fouque, une militante pour l'émancipation des femmes. Elle est aussi investit au MLF, où elle fonde l'association Psychanalyse et politique.
  11. En 1979, Antoinette Fouque crée une association selon la loi de 1901, devenant présidente déposant le sigle MLF à l'Institut national de la propriété industrielle. Le MLF fût durant des années un mouvement qui regroupait différentes associations, sans leader. Cette décision provoqua la polémique au sein du mouvement.
  12. En 1967, la loi Neuwirth autorise avec d'importantes réserves la contraception pour les filles majeures (plus de 21 ans). Les décrets d'application de cette loi ne sont publiées qu'en 1972.
  13. La méthode Karman est utilisée depuis les années 60, elle consiste à aspirer le contenu de l'utérus.
  14. Les délais pour l'avortement en France : 12 semaines. Les délais pour l'avortement en Espagne : 22 semaines. Les délais pour l'avortement en Angleterre : 22 semaines.
  15. En 1920, l'Assemblée Nationale vote une loi interdisant l'avortement et la contraception. Toute propagande anticonceptionnelle est interdite. Le crime d'avortement est passible de la cour d'assises.
  16. Le président de la République Valéry Giscard d'Estaing et la Ministre de la santé Simone Veil présentent au Parlement en 1974 deux textes de loi. Le premier porte sur la contraception, en décembre 1974, qui supprime les entraves existantes pour les mineures de la loi Neuwirth de 1967. Le second texte porte sur l'interruption de grossesse (IVG), en janvier 1975, adopté grâce aux voix de l'opposition. La loi est prévue pour cinq ans et confirmée en 1979.
  17. En 1973, Charles Belmart et Marielle Issartel réalisent un documentaire, "Histoire d'A", portant sur l'avortement. A sa sortie, le film est censuré par le ministre de la culture, sous pression du ministre de la justice. Il est aussi interdit dans le domaine privé comportant une assistance de plus de 15 personnes. Il y a 4 minutes où l'on voit un avortement.
  18. Yvette Roudy est une femme politique socialiste qui fût ministre des Droits de la femme de 1981 à 1986.



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