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Manoir de Coat-ty-Bescond

Sommaire

Le domaine

Vue du manoir

Les dépendances du manoir

Elévation nord
Les aveux rendus à la couronne au cours des 17ème et 18ème siècles nous donnent un aperçu relativement précis de l’agencement du manoir à cette époque.

Il s’agissait d’un corps de logis couvert d’ardoises, allongé suivant une ligne est-ouest, comprenant :

  • Au rez-de-chaussée : une cuisine et une salle donnant respectivement accès vers le nord à un cabinet et un cellier.
  • Au premier étage : 4 chambres dont l’une se trouvait au-dessus de l’escalier et une autre au-dessus du cabinet.
  • Au second étage : les galetas.

La chapelle, inaugurée en 1665 et dédiée à Notre-Dame de Pitié, avait été édifiée contre le pignon oriental de la maison. Du côté opposé, l’écurie et les crèches également couvertes d’ardoises, fermaient l’un des côtés de la cour close. Cette dernière abritait la maison à four couverte de chaume et protégeait la façade méridionale du logis principal. Elle donnait accès vers le sud à une arrière-cour également ceinte de murailles ou de bâtiments annexes La toute proche métairie, ainsi que ses crèches, également recouvertes de chaume, se situaient à l’est de cet ensemble. Vers le nord, le manoir disposait d’un grand jardin que Guillaume Silguy avait clos de murs dans la seconde moitié du 17ème siècle. Plus loin, en direction du sud et de l’ouest, l’on découvrait 3 autres jardins et un courtil. En outre, les dépendances comprenaient un colombier, un bois de haute futaie, et deux moulins à eaux nommés « le moulin d’en haut » et « le moulin d’en bas ». L’ensemble de ces dépendances couvrait une superficie d’environ 2 hectares.

La réserve

Cette partie du domaine relevant de la Couronne était uniquement constituée de terres nobles bien regroupées à proximité du manoir. Son extension ne semble pas avoir beaucoup varié dans la période comprise entre le 16ème et la fin du 18ème siècle. D’une superficie de 17 hectares divisée en 28 où 29 parcelles, la réserve s’élargit, dans la seconde moitié du 17ème siècle, à 24 hectares, dont plus de 9 hectares de terre « chaudes ».

Le fief

Quelques terres et maisons sont mentionnées aux cours des siècles, le tout d’un faible rapport.

Les droits honorifiques

Les prééminences d’église sont évoquées dans l’inventaire dressé en 1762 à l’occasion des travaux de réfection de l’église paroissiale.

L’on apprend ainsi que la seconde fenêtre du bas-côté nord était décorée de 6 rosettes armoriées. La deuxième d’entre-elles portait les armes de Silguy : « d’argent à deux lévriers de sable ». La quatrième de ces rosettes portait un écusson : « d’argent aux deux lévriers de sable, parti d’argent au rencontre de cerf de gueules », qui est Poulpry. Ceci, probablement, pour rappeler l’alliance de Jehan Silguy avec Françoise du Poulpry en 1546.

Les locataires

Le logis principal du manoir ne fut jamais loué à des fermiers, même au cours du 18ème siècle lorsque les propriétaires décidèrent de s’établir à Quimper.

Seule la proche métairie fut occupée par des fermiers qui pouvaient également disposer des écuries, des crèches, de la basse cour ainsi que de deux petites chambres situées près de la cuisine. Ils avaient pour mission d’assurer la bonne garde du manoir en l’absence des propriétaires. Ils étaient tenus de fournir le grain nécessaire à l’alimentation des pigeons.

Les propriétaires

  • Yvon PARSCAU : aveu au duc de Bretagne en 1447. (Sans descendance connue)
  • Guillaume SILGUY propriétaire de la terre de Pérénes en Kerlouan (aveu de 1475 à François II duc de Bretagne)
  • Guillaume SILGUY fils aîné, donation, montre de 1503 pour possession de Pérénes.

C’est probablement Guillaume SILGUY qui hérite de la terre de Coatirbescont après le décès d’Yvon Parscau son oncle par alliance.

  • Valentin SILGUY héritier de Coatirbescont (aveu au roi en 1540). Mariage en 1525 avec Anne Kerscau.
  • Jehan SILGUY  seigneur de Coatibescont et de Pérénes marié en 1546 avec Françoise de Poulpry. Jehan réside au manoir de Pérénes en Kerlouan.
  • Jehan SILGUY mariage en 1573 avec Marie Touronce. C’est Jehan qui entreprend l’édification du colombier en 1579.
  • Jean SILGUY fils aîné né en 1576 décès en 1630, marié en 1601 à Claudine de Penmeshir.
  • Guillaume SILGUY fils aîné, né vers 1603 fait carrière au service de la Flotte des Indes, il décède avant 1639 sans descendance.
  • Claude SILGUY second aîné, héritier de Coatirbescont, aveu de 1639, marié en 1635 avec Françoise Pezron, en seconde noce il épouse Julienne Meastrius. Claude décède en 1656
  • Guillaume SILGUY né vers 1636, mariage en 1658 avec Françoise Carn. Il réside au manoir et assume les fonctions de capitaine de la paroisse de Guilers. Guillaume paraît avoir été particulièrement procédurier, on lui attribue au moins 26 affaires. Il décède en 1708 à Landerneau.
  • Claude SILGUY fils aîné, seigneur de Coatirbescont né en 1663 marié en 1694 avec Françoise de Coataudon. Claude demeure au manoir de Coatirbescont jusqu’en 1700, il assumait les fonctions de capitaine de la milice bourgeoise de Saint Renan. Après quoi, il va s’établir à Landerneau où il décède en 1707.
  • Guillaume François SILGUY fils aîné décède prématurément en 1721
  • François Louis SILGUY hérite de la terre de Coatirbescont après la mort de son frère, il décède en 1724 sans avoir contracté d’alliance.
  • Hervé Gabriel SILGUY né en 1701 à Coatirbescont épouse en 1726 Marguerite Jeanne Marin, devenu héritier de la terre il en fait déclaration par acte en 1725. C’est à partir de cette époque que la famille Silguy transforme leur nom en De SYLGUY. Rompant avec la tradition séculaire de la famille, Hervé Gabriel s’installe à Quimper et achète la charge de sénéchal de cette ville. Ensuite il sera député à la cour et président du Tiers-état de Bretagne.
  • Jean Hervé De SILGUY né en 1728 à Quimper prend alliance en 1757 avec Françoise Thérèse Moulin de Boissulan. Sénéchal de Quimper à partir de 1757. Il sera ensuite avocat général au parlement de Bretagne, puis à la Présidence des Enquêtes.
  • Toussaint François De SILGUY dit comte De Silguy né en 1760, marié à Quimper en 1784 à Marie Suzanne Joséphine Conen De Saint Luc. Toussaint François était lieutenant de vaisseau.
  • Jean Marie De SILGUY fils aîné, né en 1785 décédé en 1864. Ingénieur des Ponts et Chaussées, il a dirigé les travaux du canal de Nantes à Brest jusqu’en 1830. Il a fondé le musée de Quimper.

Anecdotes

Les malheurs de Claudine

Claudine de Penmeshir née aux environs de 1589, mariée vers ses 10 ans avec Jean Silguy né en 1576 décédé vers 1630.


Fenêtre à meneaux.jpg
Obéissante à d’égoïstes stratégies matrimoniales de la part de sa famille, alors qu’elle était encore une enfant se souciant fort peu d’épousailles, les premières années de mariage ne semblent pas avoir été pour Claudine de Penmeshir des années de parfait bonheur. Et ceci d’autant moins que Jean Silguy, son mari, semblait posséder un bien mauvais caractère…

Le désaccord commence d’ailleurs à se faire jour entre les époux dès l’année 1606. Et, loin de s’apaiser au fil du temps, il s’envenime au point que Claudine, encouragée par les conseils avisés de sa proche famille, osera se plaindre auprès du sénéchal de la Cour de Saint-Renan.

Le rapport de ce dernier nous apprend qu’elle est «  outragée, battue et excédée jusqu’à effusion de sang par son mari sans qu’elle lui ait donné sujet de la rudoyer. Elle a même été contrainte de se retirer chez une cousine pour se mettre en sûreté de sa personne. Et ceci sans nulle commodité d’argent ni d’accoutrement, n’ayant été permise de rien emporter avec elle ».

En conséquence, elle exprime le désir d’être pourvue d’un curateur particulier afin de pouvoir assurer son entretien sur les biens de son mari, et de rentrer en possession .du reste de son partage, en meubles et revenus d’immeubles, auprès de son frère aîné. Ceci en attendant que son mari veuille bien revenir à de meilleurs sentiments et « qu’elle en soit recherchée, assurant la traiter doucement ».

Mais, prudente, elle ajoute que ce sera sous contrôle de Guillaume Touronce, seigneur du Lès, son oncle.

On peut espérer que ses problèmes conjugaux trouvèrent rapidement une heureuse solution car d’autres ennuis n’allaient pas tarder à se manifester.

En effet, au cours de l’année 1610, un grave différent opposa le jeune seigneur de Coatirbescont à son voisin, René de Mesnoalet époux de Michelle Touronce, seigneur et dame de Keruzaval en Guilers. On n’en connaît pas les origines, mais l’on soupçonne volontiers quelques violations de prééminences d’église du fait de Jean Silguy, sans doute jaloux du prestige des Mesnoalet.

En février, l’affaire prend mauvaise tournure car la dame de Keruzaval, apparemment fort contrariée de cette affaire, ose aborder Claudine de Penmeshir au cours d’une procession, pour lui proférer plusieurs « atroces injures »….

En juin de la même année, les choses ne s’améliorent pas et prennent au contraire un tour plus violent. C’est toujours au cours d’une procession que Claudine, tout absorbée par « ses heures de dévotions » se vit gratifier pas sa rivale « …d’un soufflet d’une si grande force qu’elle demeura presque évanouie sur la place, et de plusieurs atroces injures proférées au mépris du Saint Sacrement et au grand scandale du peuple… ».

De son côté, René de Mesnoalet attendait impatiemment le retour de la procession, un gros bâton ferré à la main et bien décidé à prêter main-forte à sa femme. Mais, croyant reconnaître la dame de Coatirbescont au milieu de la foule des paroissiens, il assène par erreur un violent coup de son arme à Suzanne Silguy, dame de Roslan, belle sœur de Claudine…

Les agresseurs ne se calment pas pour autant car, dès le lendemain matin, ils pénètrent dans l’église de Guilers à l’heure de la messe et attaquent de nouveau la dame de Coatirbescont à grands coups de bâton et « … la battent d’une si grande furie qu’ils l’eussent toute massacrée sans qu’ils fussent empêchés par les bons personnages qui y étaient, se vantant de lui nuire tant par procès qu’autrement… ».

Jean Silguy va bien sûr porter plainte contre les agresseurs de sa femme et de sa sœur et, le 14 juillet suivant, un monitoire fera appel à tous les témoins de ces regrettables violences.

Bien que l’impartialité de ce document nous paraisse des plus suspecte, il a quand même le mérite de nous éclairer sur la notoriété du lieu de Coatirbescont en nous énumérant tous ses attributs de noblesse : ses moulins, son bois de haute futaie et ses rabines, ses deux colombiers, l’un ruiné et l’autre sur pied, sans oublier les enfeus, accoudoirs et escabeaux dans le chœur de l’église de Guilers.

Par contre, il nous apprend que le lieu de Keruzaval n’était autrefois qu’un «  failli et petit convenant de peu de valeur manœuvré par fermiers… », ne possédant aucun des attributs propres aux terres nobles antiques. Tout au plus mentionne-t-il la présence d’un escabeau situé au dehors des arcades et piliers de l’église de Guilers, et qui aurait été octroyé au père de René de Mesnoalet lors de « l’accroissement de la dite église ».

Malheureusement, ce monitoire est la seule pièce de procédure qui nous soit parvenue au sujet de cette affaire. Nous n’en connaissons donc pas le dénouement mais, compte tenu des faits reprochés et des propos fort désobligeants déclarés en public au sujet de la terre de Keruzaval et de son propriétaire, il est probable qu’elle fit, une fois de plus, le bonheur des avocats de la Cour de Saint Renan pendant de longues années…

Le colombier

Vue du pigeonnier
C’est en 1579 que Jehan Silguy entreprend l’édification d’un colombier au pourpris de son manoir.

Initiative malheureuse qui allait bientôt lui attirer la désapprobation de ses plus proches voisins.

C’est René de Penancoat, seigneur de Keroual, qui ouvre les hostilités le 17 mai 1579 en affirmant »…qu’il n’y a jamais eu de colombier au dit manoir et que silguy n’a si grande étendue de terres que les colombes puissent pourvoir sur ses terres ni sur les terres de ses hommes...et que, ayant lui-même des terres adjacentes et contiguës au manoir de Coatirbescont, il faudrait que les colombes du dit colombier s’y nourrissent. Ce qui serait a son grand préjudice et contre la disposition de la coutume de ce pays et duché…».

Mais ce que le seigneur de Keroual semblait ignorer, c’est que Jean Silguy ne faisait que restaurer son ancien domaine car, dans l’aveu rendu par son grand-père en 1540, il est bien précisé que le manoir possédait un « parc an couldry » où il y avait un vieux colombier. Il ne pouvait donc invoquer l’article 291 de la Coutume qui précise que « nul ne nulle ne doit faire colombier, se il n’avait eu anciennement colombier…».

On peut quand même s’interroger sur la ruine de cet ancien édifice et l’on serait en droit de supposer que bien des oppositions durent se manifester lors de sa construction, le domaine de Coatirbescont n’ayant probablement pas été jugé assez étendu pour mériter un pareil « ornement ».

Deux jours plus tard, c’est au tour de Bernard du Val, seigneur de Penantraon, de présenter les mêmes griefs sans oser cependant mentionner les dispositions de la Coutume. Mais il n’hésite pas à charger Jehan Kerouslac, sergent à la Cour de Saint-Renan, de mettre Silguy en demeure d’arrêter l’édification de son pigeonnier.

On suppose que le différent se termina à l’amiable, car les aveux rendus ultérieurement nous apprennent que ce colombier fut bien achevé et que ses occupants purent s’y reproduire jusqu’à l’époque révolutionnaire.

Cependant, et s’il on en juge d’après certains baux à ferme accordés dans le courant du 18ème siècle, il sembleraient que le seigneur de Coatirbescont se soit quand même engagé à fournir le grain nécessaire à leur nourriture. Clause peut être assortie d’une promesse d’élargir le domaine de Coatirbescont dans des proportions suffisantes pour assurer l’autonomie des pigeons.

Sources et bibliographie

  • Chroniques oubliées des manoirs bretons, contribution à l’histoire des maisons nobles du bas Léon sous l’ancien régime.
  • Yves Lulzac
  • Éditions Yves Lulzac 1994-2005, 5 volumes.
  • Travaux d'Alain Stervinou

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