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Journée du patrimoine 2014 : Balade aux lavoirs

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Sommaire

L'eau dans tous ses états ...

C'est dans le cadre des journées européennes du patrimoine 2014 que les comédiens Guy Abgrall et Pierre-Henri Juhel ainsi que le guitariste Kevin Wright nous ont embarqué en bus vers des lavoirs insolites et originaux de notre belle ville de Brest pour aller à la rencontre de la nature et du patrimoine qui s'y cachent avec des surprises et des ponctuations musicales et littéraires.

Les comédiens et le guitariste

Origine des lavoirs

Les origines…

Le 18ème et le 19ème siècle ont été marqués par un certain nombre d'épidémies, souvent causées par des eaux de mauvaise qualité. A défaut de puits, un abreuvoir remplissait parfois toutes les fonctions. On y prélevait l'eau alimentaire, on y lavait le linge, hommes et animaux l'utilisaient indifféremment. Tout cela favorisait la propagation des maladies. C'est pourquoi dès 1789, après la création des municipalités, l'Etat prit conscience du besoin de légiférer pour établir des mesures d'hygiène publique. Les élus de la nation décidèrent «que les communes sont tenues de garantir aux habitants de bonnes conditions de salubrité». Les maires accomplissaient ainsi leur rôle d'hommes politiques : faire œuvre utile tout en enrichissant et en développant le patrimoine. Mais le lavoir est avant tout un lieu où l'on souffre : agenouillée dans l'humidité, la femme bat, brosse, savonne des heures durant. L'entretien du linge est une véritable épreuve de force qui occasionne, crampes, courbatures, engelures et crevasses... Pour la première moitié du vingtième siècle, le principe de changement du linge de corps une fois par semaine était une règle assez générale. Il avait lieu le dimanche et faisait partie de tout un endimanchement vestimentaire qui permettait d'être présentable au bourg notamment pour se rendre à la messe. Pour les draps, les torchons, c'était une autre paire de manches et les situations étaient très variables selon les familles, selon les milieux. En Haute-Bretagne, la pièce d'eau autour de laquelle se rassemblent les lavandières porte le nom de Doué, ou douet. Ces différentes dénominations en breton correspondent à des sites naturels où l'on avait coutume de laver, c'est à dire : la mare, le ruisseau, l'étang, la rivière...

Au 19ème siècle, en particulier pour le gros linge comme par exemple les draps, on en était encore à la période des lessives biannuelles, au printemps et à l'automne. Cela laisse donc supposer, soit qu'on avait une bonne réserve de linge de maison, soit qu'on en changeait peu souvent. C'était sans doute fonction de l'aisance de chacun. On mesurait, dit-on, la richesse des familles, aux piles de draps entassées dans les armoires. Ces lessives se déroulaient dans le cadre d'une entraide essentiellement, pour ne pas dire exclusivement, féminine. Comme toutes les besognes sérieuses, raconte Hélias, elles duraient trois jours qui correspondaient dans l'ordre au Purgatoire, à l'Enfer et au Paradis. Le premier jour, le linge entassé dans d'énormes baquets de bois trempe longuement pour se libérer de ses plus grandes souillures, c'est le Purgatoire. On fait chauffer des chaudronnées d'eau et pendant au moins une demi-journée, c'est l'enfer : on jette cette eau bouillante sur les cendres qui vont tenir lieu de lessive à la place de savon ou d'autres produits alors inconnus ou trop chers. On laisse faire la chimie la nuit. Le jour suivant, on charge le tout sur une charrette et on le conduit au lavoir. C'est l'instant du paradis, celui où le linge, savonné, rincé et essoré retrouvera sa pureté originelle. Ces grandes lessives constituaient autrefois un temps fort de l'année, une grande fête, avec repas, jeux et danses auxquels, bien sûr, la jeunesse participait activement.

Plus près de nous, jusqu'aux années cinquante, les lessives se sont multipliées autour des lavoirs, qu'ils soient privés ou publics. Existent en effet, des lavoirs attachés à une seule maison ou une seule ferme, proches ou éloignés du logis. Certains propriétaires les mettent à la disposition des fermes du quartier En ce cas, "pour payer leur eau", on exige parfois d'elles une petite redevance ou une journée ou deux de travail, par exemple lors du battage. La nature de l’emplacement et de l’alimentation en eau des lavoirs est également variable. Proches ou loin des habitations, ils sont installés au bas d'une prairie, en contrebas d'une source ou d'une fontaine, en bordure d'un ruisseau ou d'une rivière. Il existe aussi des lavoirs publics, propriétés d'une commune et généralement situés dans l'agglomération. De sites naturels, on passe à des lieux aménagés par l’homme. On cherche à améliorer les conditions de travail des laveuses. Le fond des lavoirs est recouvert de dalles qui isolent de la boue, la pièce d’eau est couverte pour protéger de la pluie, le pourtour est cimenté pour poser les caisses à laver sur une surface plus plane et donc plus stable. On cherchera progressivement à faire de même dans les campagnes. A Châteaulin, comme à Nantes à Strasbourg ou à Paris, on fait dans l'original avec des bateaux-lavoirs le long de la rivière.

Le lavoir – Domaine de la femme

Le lavoir, est avant tout, le domaine réservé des femmes. Mais avec son lot de femmes, le lavoir, surtout quand il est public, est avant tout le carrefour de la communication, le centre de l'information. Selon le mot d'Hélias : On y entend le journal parlé de la paroisse. Le petit linge en voit, et en fait voir, de toutes les couleurs. Le linge à laver renseigne la lavandière sur la vie des familles. Les regards inconvenants des curieux lisent sur le fil à linge les événements familiaux. Au lavoir, on lave le linge et on salit les gens, avait écrit un anonyme sur le mur d'un lavoir. Ce n'est pas pour rien que dans certains villages, on a baptisé le lavoir : "la chambre des députés". C'est là qu'elles tiennent conseil. La place la plus prisée est la pierre près de la fontaine. L'eau y est toujours renouvelée et donc plus claire, plus fraîche en été et moins rude en hiver. Cette dalle respectable est aussi la plus grande et la plus belle du douet. Elle est réservée d'office à une blanchisseuse de métier, à la plus ancienne.

Le lavoir public est un lieu de conflit, c'est inévitable, de là, sinon des crêpages de chignons, du moins des joutes Verbales. En hiver, l'eau est glacée. Il faut parfois casser la glace avant de se mettre au travail. C'est pourquoi, en période de grand froid, quitte à faire un plus long chemin, on cherche un lavoir bien abrité, alimenté par une fontaine dont l'eau est tempérée. On s'épargne de la sorte l'onglée, la brûlure des ongles. Mais en contrepartie, on doit pousser plus longtemps la brouette avec tout son poids de linge humide. Les femmes sont à genoux pendant des heures, peu protégées par une caisse en bois à trois pans. La rugosité du bois brut est à peine adoucie par une couche de paille dans un coussin de toile. . Elles sont exposées aux intempéries, cassées en deux, le corps tendu vers l'eau dans un mouvement incessant de va et vient, donnant des coups de battoir jusqu'à épuisement. : il faut ramener ce lourd fardeau par de mauvais chemins pentus, souvent éloignés de la maison. Se rendre au lavoir le dimanche, c'est faire affront au Seigneur Dieu (mais aussi à la communauté villageoise), et risquer d'attirer sur soi sa colère. De même, étendre du linge le dimanche, c'est attirer le diable chez soi. De même encore, laver le samedi après-midi (si proche du dimanche) entraîne la réprobation villageoise.

Extrait de Lavandières de jour, lavandières de nuit : Bretagne et pays celtiques - Daniel Giraudon - CRBC 6 décembre 1996

Circuit

  • St Marc - Lavoir du Dour-Braz, rue du brigadier Le Cann
  • St Pierre - Lavoir de Kerraros, 19 rue de Kerraros
  • Lambézellec - Lavoir de Pen ar Rhun, rue de Pen ar Run
  • Lambézellec - Lavoir du bourg de Lambézellec
  • St Martin - Lavoir Conseil, rue Conseil


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Saint-Marc

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Lambézellec

Saint-Martin

Poésies

Romances sans paroles - Verlaine (1874) Ophélie - Arthur RIMBAUD, Poésies, Mercure de France (15 mai 1870)
Il pleure dans mon coeur

Comme il pleut sur la ville,

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon coeur?

O bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits!

Pour un coeur qui s'ennuie

O le chant de la pluie!

Il pleure sans raison

Dans ce coeur qui s'écoeure.

Quoi! nulle trahison?

Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi,

Sans amour et sans haine,

Mon coeur a tant de peine!

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles

La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,

Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…

— On entend dans les bois lointains des hallalis.


Voici plus de mille ans que la triste Ophélie

Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir

Voici plus de mille ans que sa douce folie

Murmure sa romance à la brise du soir.


Le vent baise ses seins et déploie en corolle

Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;

Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,

Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.


Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;

Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,

Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :

— Un chant mystérieux tombe des astres d’or.


Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !

Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !

— C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège

T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté ;


C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,

À ton esprit rêveur portait d’étranges bruits ;

Que ton cœur écoutait le chant de la Nature

Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits


C’est que la voix des mers folles, immense râle,

Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;

C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,

Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !


Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle

Tu te fondais à lui comme une neige au feu :

Tes grandes visions étranglaient ta parole

— Et l’infini terrible effara ton œil bleu !


— Et le poète dit qu’aux rayons des étoiles

Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,

Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,

La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.


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