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Interview-Sillage : Charles Muzy, L'âme du Vauban

    Sillage130 small.jpg Cet article est extrait du Magazine Sillage N°90 - sept.-oct. 2002
Auteur : Jérôme Le Jollec


Au nom du père

Espace Vauban

Le Vauban est son royaume. Après Charles, son grand-père, un Corse de Porto-Vecchio et son père Antoine, récemment disparu, Charles Muzy se retrouve aux commandes d'un hôtel-restaurant-brasserie connu du centre ville. Somme toute banal s'il ne recelait un joyau : la mythique Redoute, une discothèque qui connut jadis ses heures de gloire avant d'entrer en sommeil puis de renaître il y a une vingtaine d'années pour offrir aux Brestois tous les styles de musique, jusqu'au bal rétro.

De quand date le Vauban ?

De 1949. C'est un dédommagement de guerre. Mon grand-père avait trois petits hôtels dont le déjà connu Hôtel du Cheval Blanc, à l'emplacement de l'actuelle poste centrale.

Vous y êtes né ?

Quasiment ! Je suis né dans la clinique d'en face. Mais j'ai toujours été là.

Enfant, vous vous mêliez déjà aux clients ?

Exactement comme Alix, la plus jeune de mes filles. J'étais avec les serveurs, je traînais dans l'établissement. Je mangeais dans la cuisine avec mon frère et ma sœur. La vie de famille était étroitement liée avec notre activité. Je m'étais juré de ne jamais faire ce métier.

Comment qualifieriez-vous votre éducation ?

Sans doute pas rigoureuse mais faite dans l'urgence et basée sur les choses essentielles.

Que vous disait votre père ?

Il nous laissait faire les choses. Mais il nous poussait, nous titillait, c'était une sorte de challenge permanent. C'est vrai qu'il en a bavé, il a construit la Redoute, avec son look. La rénovation de la brasserie, c'est lui aussi. C'était un perfectionniste.

Par qui la Redoute était-elle fréquentée dans les années 60 ?

Toutes les couches sociales s'y retrouvaient le dimanche après-midi. C'était la folie. Il avait même fallu embaucher des videurs.

Qui étaient les musiciens ?

Ils s'appelaient les Loups Noirs, les Blue Shades, les Jerrys. Souvent mon père inventait les noms. On voyait déjà Jacky Blet Thomas ou Dan Ar Bras qui faisaient alors les bals populaires.

Jusqu'à quand a duré l'âge d'or ?

Une dizaine d'années. Puis il y a eu l'incendie du Cinq-Sept, avec ses dizaines de morts, une terrible catastrophe. On a fait des travaux coûteux mais les normes de sécurité étaient alors mal définies. L'autre facteur a été la mode de la discothèque du samedi soir où les gens écoutaient toutes sortes de musique.

Puis est venue la renaissance des concerts ?

J'avais 23-24 ans. Sollicité par Charles Kermarrec, pas encore à la librairie Dialogues, j'ai profité des vacances de mon père pour me lancer dans les concerts. Il était opposé à l'idée, bien qu'auparavant, il ait programmé Sydney Bechet ou Bill Coleman.

Vous souvenez-vous des premiers musiciens de la reprise ?

Oui! C'étaient les Dogs, un groupe mythique de Rouen et les Dead Beats, un groupe de filles. Un miracle : la presse en a fait des pages entières. Il y avait là de vieux briscards qui venaient en pèlerinage et aussi un public tout neuf. Mais on avait gardé la même couleur bleue et les mêmes posters.

Comment en êtes-vous venu à privilégier le jazz ?

Anne Millour, une des responsables du service culturel de la ville me l'a proposé. C'est ainsi qu'a été lancé le label Jazz à Vauban. Aujourd'hui, j'écoute principalement du jazz, mais à l'époque j'étais fan de rock.

Quel est le musicien qui vous a le plus marqué ?

Léo Ferré ! Un an avant sa mort. Il était venu au Vauban. Un moment rare, exceptionnel. Mais il y a eu aussi John Mayall, CharlElie Couture, Paul Personne, Miossec, Dominique A, Yann Tiersen, Mano Solo, les Têtes Raides...

Celui qui vous a le plus surpris ?

Michel Camillo, un musicien de jazz de Saint-Domingue, lors d'un concert en hommage à Chet Baker. En plein chorus, un gars a pris une photo. Il s'est arrêté puis a repris après un moment qui a paru très long. On a cru que le concert allait s'arrêter.

Dans la programmation avez-vous toujours tenu la même ligne directrice ?

Non! Ça se construit au feeling. Je collecte les propositions des uns et des autres et j'essaie de faire des choses équilibrées. Je suis partant s'il y a de l'originalité et du goût.

Quel a été le dernier grand tabac ?

En novembre 2001 avec la venue de Kat Onoma.

Le flop ?

Il n'y a jamais de bide au Vauban (rires), le pire c'est que c'est vrai. Financièrement peut-être mais pas en qualité.

Le Vauban, c'est le dernier salon où l'on se retrouve ?

C'est marrant d'avoir en un seul lieu autant de diversité : rock, jazz, chansons à texte, musique électronique et petits bals rétros. Les gens et les genres se mélangent. Je me sens comme le concierge d'un lieu qui appartient aux Brestois.

Prenez-vous le temps de faire ou de voir autre chose ?

Je n'arrive même plus à écouter tous les CD que je reçois. Un hôtel-restaurant-boîte de concerts, c'est rare en Europe, et tenu par un seul bonhomme, c'est encore plus rare. Et puis, il y a le poids de la disparition récente de mon père, parti trop vite et qui avait encore plein de projets en tête.

Et Brest dans tout ça ?

C'est mon berceau, ma ville natale, mon attache pour toujours. Ce qui me plaît c'est que Brest est le contraire de ce qu'elle paraît. Il faut creuser. Ce qui est important ce sont les gens de cette ville. Ils sont étonnants. Ils font la fête et s'amusent sans agressivité.

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