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BD Un homme est mort

A la suite du succès de la bande-dessinée de Kris et Davodeau "Un homme est mort", Christophe Rocher lança un projet d'adaptation sous forme de BD-concert. Compositeur et clarinettiste brestois actif de la scène jazz contemporaine, Christophe Rocher a d'emblée des idées de compositions et va donc très vite solliciter des partenaires afin de mettre sur pied ce projet. Il va donc à la rencontre des musiciens Olivier Benoit et Jean-Philippe Morel, de Sylvain Thévénard, ainsi que des réalisateurs Jean-Alain Kerdraon et Nicolas Hervoche.


Sommaire

Kris

La BD Un homme est mort a été dessinée par Etienne Davodeau. Le scénario a été écrit par Kris, auteur de Les ensembles contraires ou encore de Coupures Irlandaise. Nous l'avons rencontré.

Kris baigne depuis tout petit dans la bande-dessinée, il dessine sa première planche à l'âge de 6 ans. Il découvre très tôt les bandes-dessinées de Hermann et est beaucoup inspiré par cette manière de traîter les sujets "à hauteur d'homme", dixit Kris. Plus tard, il travaille en librairie, ce qui lui donne l'occasion de découvrir de nouveaux auteurs comme Etienne Davodeau.

Son grand-père ayant participé aux actions politiques de 1950, Kris est assez proche des manifestations ouvrières; il n'hésite donc pas lorsque la cinémathèque de Bretagne lui propose de "faire revivre" le film perdu de René Vautier. Il se pose tout de même la question de la portée morale de cette œuvre, mais conclut à la réflexion que sa bande-dessinée n'a pas à être objective et qu'un point de vue divergent serait à traiter aussi, mais pas par lui.

Il propose alors à (Davodeau) de produire ce projet, mais deux ans plus tard le dessinateur abandonne. C'est donc Etienne Davodeau qui prend le relai et la BD parait en octobre 2006.

C'est Christophe Rocher qui est à l'origine de l'adaptation en BD-concert de Un homme est mort, un projet que Kris trouve très intéressant et encourageant aussi, mais auquel il ne veut pas prendre part car il dit avoir "cambriolé un fait historique" et trouve donc normal de laisser les réalisateurs "cambrioler" son œuvre.

Satisfait par le résultat final, il avoue ne pas être particulièrement proche du jazz bien qu'il y ait "trois ou quatre moments de grâce qui collent bien aux images". Kris se réjouit aussi de savoir que le projet a attiré aussi bien les amateurs de jazz que de BD. En ce qui concerne ses projets futurs, Kris a déjà commencé une nouvelle bande-dessinée à propos des conditions de détention au début du XXème siècle, qui s'appellera "Notre mère la guerre". De son côté, Etienne Davodeau a aussi des projets futurs personnels, cependant il ne serait pas impossible de voir paraître une autre collaboration avec Kris.

Lorsqu'on propose à Kris de créer une bande-dessinée pour faire revivre le film détruit de René Vautier, il est intéressé par le sujet, mais pas tellement par l'idée de refaire quelque chose qui aurait déjà été fait. Il s'intéresse donc au contexte politique de l'époque et se lance alors dans le projet de « Un homme est mort ».

Dans sa quête d'informations, Kris a dû rencontrer beaucoup de témoins, et le recueillement de témoignages ne se fait pas en un jour : "les gens ne vous déballent pas leur histoire comme ça, il faut du temps avant qu'une vraie confiance s'installe" dixit Kris. Ainsi sa collaboration avec René Vautier se fit sur plusieurs mois.

Ayant vu dans les journaux l'existence de ce projet, Pierre Cauzien prit contact avec Kris, désireux de témoigner également. Il avait peur qu'il s'agisse encore d'un document eronnant les faits réels, la vérité ayant toujours été plus ou moins tue, niée par le gouvernement.

La BD traitant d'un contexte et d'un sujet politiques, Kris précise que son intention n'était pas de prendre parti, de défendre le mouvement communiste, duquel il ne fait pas partie, ni de la CGT, dont il ne faisait pas partie au moment de l'écriture.


René Vautier

L'histoire de Un homme est mort retranscrit sous forme de bande-dessinée les faits réels qui se sont produits lors des manifestations ouvrières à Brest en 1950. Les personnages sont eux aussi calqués sur des personnes réelles; notamment René Vautier, réalisateur engagé du film perdu autour duquel tournent les évènements de la BD.

Né en 1928, René Vautier est très tôt couronné et diplômé pour son engagement politique et ses talents de cinéaste. Il réalise son premier film, Afrique 50, qui témoigne de la réalité des colonies françaises. Il passera alors deux ans en prison militaire. Soutenu en 1970 par des cinéastes de renom comme Alain Resnais et Claude Sautet dans ses actions contre la censure du cinéma, il est reconnu dans le milieu politique de gauche et fonde en 1984 une société de production indépendante : "Image sans chaînes". A son retour d'Afrique en 1950, il est sollicité par ses confrères politiques pour la réalisation d'un court-métrage d'une dizaine de minutes dans le cadre de la CGT, représentatif des actions alors menées par les travailleurs. Il vadrouille donc pendant quelques temps dans les rues de Brest, logé en cachette ici et là car recherché par la police, à la quête d'images à capturer. Le montage enfin prêt, René Vautier a alors l'idée d'accompagner la projection par la lecture du poème de Paul Eluard "Gabriel Péri", dédié à ce dernier, fusillé par les Allemands à cause de ses opinions politiques. Le film disparaît accidentellement peu après sa création, mais a tout de même eu un impact important sur la population brestoise de l'époque.

Alors que René Vautier a plus de 80 ans, Kris le rencontre pour l'écriture de Un homme est mort.

René Vautier vit aujourd'hui à Cancale avec sa femme, elle-même cinéaste, Soazig Chappedelaine.


Mars-avril 1950

Le PCF est à l'initiative de la manifestation du 12 Mars, pour le soutient d'une journée nationale pour la paix en Indochine et contre la misère. Le rassemblement est interdit par un arrêté d'Alfred Chupin, le maire de Brest. Mais la mobilisation se tient tout de même, et se trouve confronté à deux barrages policiers. On compte quelques blessés légers des deux côtés. On constate dès à présent que la logique de l'interdiction et un violence ordinaire étaient déjà installées.

Le lendemain, le 13 Mars,une spirale contestataire se déploie. On compte 13 000 grevistes, pour une population de 150 000 habitants. Les affrontements entre la police et les ouvirers grevistes se multiplient. Le 14 avril, un cortège de l'union des femmes françaises, avec à sa tête la députée communiste Marie Lambert, se rend à la mairie de Brest, réclamer des bons de laits promis aux enfants des grevistes et du pain. Elles furent expulsées sans ménagement par les forces de l'ordre, sous ordre du maire. A la suite de ces evenements, les ouvriers très mécontents organisèrent une autre manifestation, durant laquelle Pierre Prévosto, responsable du syndicat patronal, fut conduit de force, mais sans violence, a la chambre des syndicats ; les grévistes attendaient des explications, en vain. Il porte plainte par la suite.

C'est alors que le 16 au matin, Marie Lambert et deux responsables de la CGT, Cadiou et Bucquet, sont arrêtés et emprisonnés à Landerneau.

Une manifestation unitaire rappelant les revendications initiales et exigeant la libération des détenus est prévue pour le 17 Avril. L'arrêté interdisant cette manifestation fut signé par la maire dans la nuit du 16 au 17, lorsqu'il pris connaissance de cette mobilisation, et ne fut connu au matin que par les forces de police. La manifestation a donc lieu. Charges, ruptures de barrages policiers, incendies de véhicules, du déjà vu en quelque sorte en ce mois d'intense conflit. Cependant, les manifestant se trouve surpris et déconcertés par la présence massive de policiers. La situation devient alors confuse, le cortège se désorganise, et les mouvements de foule deviennent imprévisibles...

L'enterrement d'Edouard Mazé eut lieu a Brest. Plusieurs dizaines de milliers de personnes, de tous les départements se regroupèrent pour la cérémonie. Les obsèques furent à l'image de cette unité et de cette solidarité qui regnait à ce moment en France. Le cercueil fut exposé dans une maison des syndicats drapée de noir.


Le BD-concert

La BD-concert, jouée le 10 novembre, fut très bien accueillie par le public. D'ailleurs, Le Quartz affichait complet depuis quelques jours déjà. En effet l'adaptation était très réussie, la musique composée par Christophe Rocher ajoutant à la BD une dimension supplémentaire. Une musique jazz contemporaine, accompagnée par moments par de la musique électronique et par quelques bruitages. Christophe Rocher a su adapter à merveille ses compositions aux images (mises en mouvement par Jean-Alain Kerdraon), parvenant à faire passer des émotions, des ambiances, autant par le caractère de la musique que par le silence.

Triple standing ovation. Pierre Cauzien et René Vautier étaient présents, ainsi que Kris, et ont été acclamés, le spectacle remportant un franc succès.

Le film de René Vautier étant muet, il decida de lire pendant sa projection un poème de Paul Eluard, "un homme est mort", écrit en hommage à Gabriel Péri, un résistant de la seconde guerre mondiale qui fut tué par les allemands, en remplacant le nom de Péri par Mazé.

"Un homme est mort"

Un homme est mort qui n'avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n'avait d'autre route
Que celle où l'on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l'oubli.

Car tout ce qu'il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd'hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur
Et la justice sur la terre.

Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d'amis
Ajoutons-y Mazé
Mazé est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous son espoir est vivant.

Au rendez-vous allemand, Paul Eluard (1941)

Eva, Aourell


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