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Mouvements ouvriers

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Capucins

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Mouvements ouvriers

Les mouvements ouvriers ont toujours existé. En voici quelques exemples : le 27 décembre 1704, l'intendant M. Robert signalait : « deux cents femmes d'ouvriers vinrent chez l'intendant demander l'argent qui était dû à leurs maris, criant à la faim et m'assurant qu'elles n'avaient de quoi donner du lait et de la farine à leurs enfants ».


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1796

De même, en 1796, les ouvriers du port de Brest arrêtèrent de travailler en raison du refus d'être payés en assignats, l'assignat était un papier monnaie sous la révolution française, il avait été établi en raison de la confiscation des biens du clergé, néanmoins l'assignat perdit de sa valeur très rapidement, en effet de 1790 à 1793, sa valeur baissa de 60%. En 1796, il fut remplacé par le mandat territorial.

Durant les premières années de la troisième République (1871-1940), des actions clandestines étaient menées par la section brestoise de l'Internationale et notamment aux bâtiments en fer et à l'atelier des machines. Cette section avait été créée en septembre 1869, par Constant Le Doré, écrivain de comptabilité, commis de la marine, c'était la première en Bretagne. Ces actions clandestines se faisaient également durant la période 1848-1871, d'ailleurs par un membre de la famille de Constant Le Doré, Jacques Armand Le Doré

L'âme de la première Internationale et plus tard de la commune à Brest fut la famille Le Doré. Selon un rapport du commissaire de police au maire « Le sieur Doré (Jacques Armand), président d'une société secrète continue à avoir ses entrées dans le port, il a parmi les gardiens des amis qui les lui facilitent. Il entre habituellement par la grille de Recouvrance. Il a été vu la semaine dernière (...) et j'ai presque la certitude qu'ils se sont entendus pour faire sortir de la poudre de l'arsenal. »(G. M Thomas, Brest la rouge, Ed. De la Cité, Brest-Paris 1989, page 30)

Il faut bien préciser qu'en cas de grève, le règlement prévoyait et après deux jours la rupture du contrat de travail.

"(...) Aussi serait-il admissible que des ouvriers interrompent à leur fantaisie le fonctionnement des arsenaux, alors que la marine ne ferme jamais inopinément ses arsenaux" (Jean Paul Grall, Les débuts du socialisme et du syndicalisme à Brest 1870-1905, Collège littéraire universitaire, Brest, 1967, page 261)

1901

En 1901, dans le but d'obtenir une augmentation de salaires journaliers, et ceci aux dépens de la prime de rendement et par la suppression du travail à la tâche, les ouvriers se réunirent pour décider d'une grève qui n'eut néanmoins pas lieu. Du fait que les syndicats des ouvriers avaient adhéré en 1903 à la CGT adepte des mouvements de grève, ces derniers commencèrent à considérer alors la grève comme un moyen de pression.

Nous allons vous donner quelques exemples de revendications tirés d'un ouvrage de G. M Thomas, le 20 novembre 1902 selon le cahier de doléances déposé par les délégués du syndicat, les revendications étaient les suivantes :

  • Etablissement d'une double sortie à la porte du Carpon
  • Que la paie des ouvriers ait lieu les 4 et 19 de chaque mois lorsque les 5 et 20 tombent un dimanche ou un jour férié
  • Que la remise des bleus de fatigue soit faite d'une façon régulière et à des époques fixes
  • Que la pêche à l'arsenal soit autorisée pendant l'heure du repos

Nous avons trouvé d'autres exemples de revendications datant de 1903, dans un ouvrage de Paul Coat (Paul Coat, Les arsenaux de la marine de 1630 à nos jours Editions de la Cité Brest Paris 1982) elles étaient les suivantes :

  • Journée de travail de huit heures au maximum sans diminuer le salaire journalier
  • Minimum de salaire en rapport avec les conditions d'existence
  • Suppression du travail à la tâche et aux pièces
  • Congés annuels de quinze jours avec solde
  • Titularisation du personnel ouvrier
  • Retraite égale à la moitié du salaire des deux dernières années à cinquante ans d'âge et vingt cinq ans de service
  • Retraite proportionnelle facultative à quinze ans de service réversible en totalité sur la veuve et les orphelins du titulaire décédé, ces derniers jusqu'à leur majorité
  • Service médical et pharmaceutique gratuit
  • Abrogation de la loi du 18 mars 1889 concernant les emplois civils réservés aux anciens sous officiers
  • Exclusion absolue de la main d'oeuvre militaire
  • Répartition en cas de chômage ou de licenciement des ouvriers d'un établissement d'Etat dans d'autres établissements

1903

Le 5 décembre 1903, sous l'impulsion de Vibert et de ses camarades et pour manifester contre la mise en place de bureaux de placements, des combats importants eurent lieu entre les forces de l'ordre et les manifestants.

1903 greve.jpg

"La date du 5 décembre restera gravée dans l'esprit de tous ceux que révoltent l'injustice et le crime. Les brutes policières, commandées par des commissaires de police suivant les ordres du maire, ont provoqué et assommé des ouvriers, des citoyens dont le seul crime était de manifester par esprit de solidarité, leur haine et leur dégoût de ces institutions d'exploitation et de vol" (Discours des délégués syndicaux écrit sur des affiches. Extrait de l'ouvrage de Paul Coat, Les arsenaux de la marine de 1630 à nos jours, Editions de la Cité, Brest, Paris, 1982, page 114)

"En face de la mairie, une lutte s'engage, plus de 60 personnes tombent, frappées de coups de nerf de boeuf plombé, de baïonnette etc. Le citoyen Désert a l'épaule fracassée d'un coup de baïonnette et tombe d'un coup de sabre porté au coup." (La petite République)

En 1904, année où beaucoup de grèves eurent lieu dans les autres professions (dockers, ouvriers coiffeurs, ouvriers boulangers), une grève générale s'organisa dans les différents arsenaux et ceci par solidarité avec les ouvriers de la pyrotechnie de Lorient (artificiers) qui réclamaient que leur journée de huit heures soit comptée dès leur arrivée dans l'arsenal et non sur leur lieu de travail (situé sur des îles), ils avaient alors cessé de travailler, ces derniers furent congédiés, ce qui provoqua le rassemblement de 1500 ouvriers brestois à la bourse du travail. Le ministre de la marine ordonna au préfet maritime de signaler que tous les ouvriers n'ayant pas repris le travail seraient congédiés. Le lendemain, 2341 ouvriers étaient toujours en grève, néanmoins, à la suite d'un vote, les ouvriers reprirent le travail dès le lendemain.

En 1905, Victor Pengam, ouvrier de l'arsenal, fut mis à pied par l'amiral Pephau, pour des propos antimilitaristes tenus au Casino Brestois, lors d'une fête syndicale le 5 octobre 1905, la CGT annonça alors une grève générale qui devait commencer le 15 novembre mais en raison d'une minorité de grévistes, rien n'eut lieu.

Appel au calme Arsenal de Brest .jpg

1917

Durant la Première guerre mondiale, en raison de l'augmentation du prix des denrées, et du montant des salaires qui, quant à lui, stagnait, le 9 février 1917, le secrétaire général du syndicat de l'arsenal annonce une grève de 24 heures, néanmoins, les ouvriers n'obtiennent pas gain de cause, ce qui engendre plusieurs réunions abordant le problème de la cherté de la vie, ainsi que des revendications sur l'augmentation des salaires, sur les avancements et le statut du personnel féminin. Le gouvernement accorde alors une indemnité ne concernant seulement que les ouvriers ayant cinq ans d'ancienneté, excluant ainsi les apprentis (du fait qu'ils ne sont pas syndiqués), les femmes, les ouvriers en régie et les ouvriers militaires, ce qui provoque alors des revendications par ces groupes de personnes, soutenus par le syndicat. Les apprentis sont d'ailleurs les premiers à manifester du 15 au 18 juin, les femmes et notamment à la pyrotechnie Saint Nicolas, commencent également à s'agiter. Suite à l'augmentation de salaires, les mouvements se calment du moins pour l'année 1917.

"En mai juin 1917, pour protester contre les salaires insuffisants, (...) à Brest, les apprentis se plaignent d'être obligés d'effectuer de pénibles travaux de manoeuvre au lieu d'apprendre leur métier. Ils déclenchent en 1917 une grève de quelques jours. On charge une escouade de marins des opérations de police. Ils tentent de disperser les manifestants, et lors d'une course poursuite, le long des rives de la Penfeld, les protestataires se réfugient sur le plateau du pont transbordeur et le font démarrer, laissant les poursuivants sur le quai." (Paul Coat, Les arsenaux de la marine de 1630 à nos jours, Editions de la Cité, Brest, Paris, 1982, page 114)


L'année 1918 sera également marquée de revendications, début janvier, le syndicat de l'arsenal réclame en effet une augmentation de salaire de 120%, néanmoins, en février ils n'obtiennent que l'indemnité de cherté (2 francs par jour), liée à l'augmentation du coût de la vie du fait de la présence de la base américaine. En avril, la Marine décide de baisser cette indemnité alors que les prix n'ont pas baissé ce qui provoque une grève. Du fait de la prise de position du gouvernement sur ces revendications, ne voulant en aucune manière négocier et procédant surtout à des répressions (procès engendrant des baisses de salaires, des mises à pied...), les mouvements perdent de leur force. Néanmoins, par solidarité avec les travailleurs des arsenaux, ces revendications se généraliseront dans les différentes professions de la ville (dockers, ouvriers de la ville, agents des PTT, musiciens...)

En 1919, à l'arsenal, en raison des retours de guerre, on assiste à une hausse du chômage et du nombre de licenciements, les femmes sont alors les premières concernées, mais elles ne sont pas les seules. Le syndicat rouge réclame le maintien l'indemnité de cherté. Ainsi, en octobre 1919, ce sera la grève générale dont les revendications seront surtout l'augmentation de salaire, entraînant alors un grand nombre de dégâts matériels dans la ville de Brest, et comptabilisant le 9 octobre 3000 grévistes de toutes professions.

1935

Au mois d'août, des émeutes éclatèrent à Brest et à Toulon pour lutter contre les décrets lois du 16 juillet précédent qui devaient entraîner une réduction de 10% sur les salaires des ouvriers. Celle-ci fut décidée par le gouvernement de Pierre Laval, alors que la gauche fêtait la naissance du Front populaire. Le gouvernement décida de prendre ces mesures pour sortir la France de la crise économique en imposant d'importants sacrifices aux travailleurs de l'Etat. La population de Brest était concernée au premier chef. Dans une Bretagne fortement rurale, la ville dépendait de l'arsenal maritime qui employait environ six mille personnes, pour la plupart des ouvriers payés par l'Etat. L'histoire de Brest était au demeurant marquée depuis le début du siècle par la progression des idées socialistes et libertaires, faisant de la ville une enclave « rouge » dans un département de droite. Mais, minée par ses divisions, la gauche brestoise avait connu un échec relatif lors des élections municipales d'avril 1935, laissant les rênes de la ville aux radicaux, fortement hostiles aux socialistes et aux communistes. La municipalité était donc peu encline à se rallier à la dynamique de rassemblement populaire enclenchée au niveau national. Le 5 août, eurent lieu les paiements des salaires à l'arsenal, qui étaient effectivement amputés de 10%, les ouvriers manifestèrent et les portes furent gardées militairement. Le travail reprit le mardi mais un peu plus tard, une certaine agitation se manifestait notamment sur le chantier du Dunkerque.

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Les ouvriers ne voulaient pas reprendre le travail tant que le service d'ordre ne partait pas, ce dernier ne quittant pas les lieux, les travailleurs alertèrent alors leurs collègues de travail des autres ateliers, et l'arsenal fut en peu de temps en pleine effervescence, gendarmes, gardes mobiles, soldats, du 2ème colonial, fusiliers marins canalisèrent la foule d'ouvriers vers une seule porte, ces derniers résistèrent et tentèrent de forcer les barrages et des coups furent échangés. L'ordre de faire évacuer les ateliers et de fermer l'arsenal fut donné, les ouvriers se répandirent alors en ville en chantant l'Internationale et l'Hymne au 17ème. Tout de suite après, les manifestants arrivaient devant la sous préfecture, le grand drapeau fut arraché et remplacé par un carré d'étoffe rouge. Le sous préfet M. Jacques Henry arracha le drapeau et les manifestants lancèrent des pierres sur les vitres du bâtiment. Des blessés sont envoyés à l'hôpital maritime dont des ouvriers de l'arsenal et des membres de la gendarmerie.

Alors que le mouvement ne se calmait pas, les manifestants apprirent qu'un ouvrier Joseph Baraër venait de décéder. Les ouvriers se rendirent alors rue de Siam, la manifestation fut ainsi à son paroxysme. Le lendemain matin, les ouvriers reprirent la route des chantiers mais l'après midi ils se rejoignirent au Bois de Boulogne où ils furent harangués par les membres de la CGTU. Des bagarres éclatèrent alors de nouveau entre les forces de l'ordre et les manifestants. Les obsèques de Joseph Baraër eurent lieu le jeudi 8 août.

Ces mouvements provoqueront plus d'une centaine de blessés et trois décès. Pour plus d'informations, L'Ouest Eclair de 1935

1950

L'année 1950, période de la reconstruction de la ville, fut également marquée par de violents affrontements entre ouvriers de l'arsenal, ouvriers du bâtiments, dockers et forces de l'ordre, ces mouvements dureront un mois (17 mars-24 avril). Cette grève avait été déclenchée par les ouvriers du bâtiment, qui par la suite avaient été soutenus par les ouvriers de l'arsenal. A ce sujet nous signalons, la bande dessinée Un homme est mort de Kris et Etienne Davodeau, parue en 2006.


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Un homme est mort

Sous l'impulsion du PCF, en mars 1950, des tracts furent distribués pour lutter pour la paix en Indochine et contre la misère. A cette période, les ouvriers de l'arsenal ne voulaient pas travailler pour la guerre en Indochine en fabriquant les navires de guerre.

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L'affaire Henri Martin a été un scandale politico militaire. Henri Martin, militant du PCF ayant été arrêté le 13 mars 1950 par la police militaire pour sabotage, il fut reconnu non coupable mais quand même condamné à cinq ans de prison par le tribunal maritime de Brest. Il sera libéré en 1953

Il faut dire que dans l'ambiance de 1950, y a la grève du bâtiment à Brest, un peu partout mais y a aussi la guerre d'Indochine, c'est là qu'il y a eu le parti communiste très puissant mais tout seul, très puissant, ça veut dire pas loin de 30% des voix46 J'ai été blessé en 50, je n'ai pas de pension, la carte d'invalidité qui me permet donc d'avoir une place assise etc., cette carte je l'ai eue en 1979, c'est-à-dire qu'il a fallu que j'attende que la gauche prenne la mairie pour que la DDS du Finistère m'accorde une carte de mutilé, je n'ai pas de pension. C'était le médecin de l'arsenal militaire qui faisait un billet « mais c'est pas possible » moi j'ai vu en commission paritaire puisque je voyais ces messieurs là assez souvent parce j'étais donc membre permanent du syndicat et quelquefois ça m'est arrivé d'arriver en retard, je me rappelle « ah voilà l'amputé clandestin qui arrive ! ». Nulle part dans mon dossier, il était mis que j'étais amputé et ils m'avaient viré sans me prévenir et un jour, je trouvais drôle c'est que mes copains n'étaient pas venus m'envoyer (mon salaire). Les copains faisaient, donc comme j'étais blessé, le contrat rompu, j'étais en grève, bon, pas question pour moi d'avoir mes demies soldes, je n'étais pas considéré comme blessé, j'étais tout simplement en maladie ordinaire, c'est-à-dire que j'avais plus qu'un quart de solde donc les copains de la boîte où je travaillais, à la salle à tracer, ils s'étaient collectés ça a duré quatre mois et ils m'envoyaient ma paie à la maison, parce qu'à ce moment là il n'y avait pas de chèque, la paie était scellée par enveloppe donc je recevais ma petite paie à la maison et bien sûr ça s'arrosait. Mais c'est pour dire, c'est de la solidarité, deux fois la paie, y avait l'acompte et la paie, tous les quinze jours donc c'était répété comme geste avec la femme qui tient le porte monnaie à l'époque C'était un effort formidable de solidarité que faisaient les mecs à l'époque, ça c'était remarquable.(...) J'ai dit à Kris et à Davodeau, et à Vautier « vous êtes un peu les Emile Zola de notre affaire » Parce qu'à l'origine quand j'ai été blessé, on a porté plainte, j'ai la plainte qui est là, et on savait que c'étaient les gendarmes qui avaient tiré mais le juge d'instruction, il ne voulait pas entendre les témoignages de ceux qui étaient manifestants, donc tous ceux qui se trouvaient là et qui avaient vu les gendarmes, ils étaient considérés comme manifestants donc leurs témoignages ne comptaient pas. Je me rappelle, quand j'étais sur mon lit d'hôpital, deux jours après ma blessure, j'ai été interrogé par deux inspecteurs et tout ce qu'ils voulaient me faire dire c'est que j'avais vu quelqu'un qui tirait et qui n'était pas gendarme

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Lors de ces affrontements, Edouard Mazé, ouvrier et militant de la CGT sera tué le 17 avril 1950 d'une balle en pleine tête par les forces de l'ordre qui avaient réprimé la manifestation en tirant dans la foule.

A la suite de cet évènement, un film sera d'ailleurs réalisé par René Vautier, film intitulé « Un homme est mort » Pendant le reste de la grève, les manifestants projetèrent 150 fois ce film sur les chantiers, mais aussi dans tous les lieux populaires des environs, induisant sentiment de fierté et mouvement de solidarité.

1951

Les fameux décrets salariaux qui ont été accordés aux ouvriers et qui leur permettaient une révision par rapport aux salaires de la métallurgie. Ils se sont battus et chaque fois qu'un ministre voulait toucher aux décrets salariaux, ça déclenchait une bagarre relativement dure qui s'arrêtait rapidement parce que le ministre comprenait et n'y touchait pas.

En 1951, les travailleurs de l'Etat mèneront une grève de 31 jours, à la suite de ces mouvements importants dans l'histoire du syndicalisme à l'arsenal de Brest, il y aura le décret du 22 mai 1951 relatif à la détermination du taux de salaire des ouvriers de la défense nationale, c'est alors l'alignement des salaires du personnel ouvrier sur celui de la métallurgie parisienne.

Des décrets qui datent de 51 et de 67, consolidés en 67, parce que celui de 51 n'a pas été modifié et le décret de 51, a, été pris par le gouvernement , justement suite à une longue grève à peu près de trois semaines à l'arsenal de Brest. Parce que à l'époque, les salaires des arsenaux étaient différents d'un arsenal à l'autre. Et là, ce décret, donc, a dit que le salaire [...] suivant la grille indiciaire, serait le même dans tous les établissements civils de la défense nationale c'est-à-dire dans tous les arsenaux, et, serait revalorisé tous les trimestres sur la base de l'évolution constatée des salaires de la métallurgie parisienne. Donc, c'est un acquis fondamental.

1968

Les ouvriers de l'arsenal ont également participé aux mouvements de 68, selon une personne interviewée, la grève aurait duré une vingtaine de jours.

Alors maintenant toute la discussion qu'il y a sur 68 là aussi, j'ai donc, mon expérience personnelle qui me permet de dire que non c'est pas vrai parce que nous étions des gens en bagarre, c'est moi qui ai fait le meeting du 5 mai à Brest, c'est moi qui ai pris la parole et on était déjà en discussion pour les salaires et tout ça, donc dire que c'est les étudiants qui ont démarré c'est pas vrai, on avait déjà fait pas mal de choses. Le lundi matin, on est allé voir le directeur, on lui a dit « ici, ça ne marche pas, les gars ne sont pas au boulot, ils ont arrêté les machines» alors le directeur nous a dit « je vous donne jusqu'à ce soir, cinq heures, vous ferez ce que vous voudrez mais à cinq heures, je veux une réponse parce que moi j'ai des dispositions à prendre ». L'arsenal ce n'était pas qu'une usine, c'était aussi une base militaire, « alors moi j'ai des responsabilités de ce point de vue là et je dois savoir ce que vous allez faire demain et après (...) donc je vous autorise à discuter, à vous réunir et à discuter dans tous les ateliers mais ce que je ne veux pas, c'est le bordel ». Donc on a obéi à ça et à cinq heures, on était prêt mais il n'y avait que nous de prêts, la vérité c'est ça parce que après quand on a eu satisfaction, on nous a reproché d'être à la remorque mais non

Les grèves de 68 donc, là on a fait grève alors, on a eu une bonne augmentation là à cette époque là et donc ça avait duré un mois au moins donc à l'époque, on allait avec une voiture chercher les artichauts, chercher les pommes de terre Je me rappelle très bien de remonter la Penfeld notre vedette de scaphandrier et puis des bidons partout, taper « Pompidou des sous ». Et on était tous en grève, c'est un souvenir important parce que, moi j'étais jeune ça nous a libéré nos têtes un peu. Et puis, il ne faut pas non plus oublier qu'on a gagné un peu plus de sous y a eu quand même des primes qui étaient importantes, ça a remis à niveau ce que l'inflation avait détruit j'ai un bon souvenir de mai 68 et un souvenir inoubliable

L'inflation était à 12, 13%, ça a permis aux gens de construire des maisons, ça a permis d'obtenir des prêts, ça a donné quand même, tous les castors de l'arsenal, enfin les gens qui ont eu leur maison, qui autrement n'auraient jamais pu devenir propriétaires, c'est à cette époque là que ça c'est passé, c'est autour de 68.

Après la guerre, une association familiale des Castors est mise en place afin de donner la possibilité aux ouvriers d'accéder à la propriété et d'avoir un logement décent. Cette association fut créée sous l'impulsion de militants jocistes.

1969-1970

Durant les années soixante, la délégation ministérielle pour l'armement (DMA) créée en 1961, décidait d'une restructuration de ses structures, dont le service des poudres, ainsi dès 1970, la DMA décida de transformer ce service en Société Nationale des poudres et explosifs (créée en 1971). Cette décision engendra alors des luttes dans l'ensemble de la corporation, ces luttes prirent le nom de « Bataille des poudres ». Le statut des ouvriers des arsenaux n'était en aucune façon remis en cause, mais c'était une action solidaire. En effet, la Direction des constructions navales restait un service à compétence nationale rattachée directement au ministre de la défense.

Cette vive réaction permit alors aux poudriers qui le souhaitaient de conserver leur statut d'ouvrier d'Etat.

C'était en soixante neuf, au moment de la liquidation du statut des poudreries. A Brest, toutes catégories confondues. Donc, il y avait quand même, pour soutenir, pour se battre aux côtés des poudreries dont le statut était remis en cause, il y avait quand même 90% de grévistes à Brest. Alors que le statut des arsenaux n'était pas en cause. Donc, les poudreries étaient aussi des établissements de personnels civils de l'Etat. C'était une action solidaire.

1971

A ce sujet, une copie d'un document (montrant le défilé de 6000 ouvriers et techniciens dans les rues de Brest) a été réalisée par l'Institut National de l'Audiovisuel.

Mars 71. Dix neuf arrêts de travail de durée limitée pendant le mois de mars. C'est-àdire des arrêts de travail tous les jours quasiment. D'une demie heure, d'une heure ou de deux heures alors que la loi anti-grève (Datant de 1963), disait que pour tout arrêt de travail, quelque soit la durée, la journée entière était supprimée. Et c'est Debré qui était ministre de la défense. Et Debré, il n'a pas su dégainer assez vite. Or nous avons gagné et perdu cette bataille. Ce qui a motivé ce mouvement, revendicatif, c'est le fait que Debré avait, pondu un texte modifiant les règles d'avancement des personnels Dix neuf jours, grosso modo, ça correspond à une perte de salaires d'un mois entier s'il enlevait les jours ouvrables. Donc économiquement faut savoir ce que ça pesait à l'époque sur l'économie brestoise. C'était quand même un statut où il y avait sept milles salariés. Economiquement, il était coincé mais politiquement il ne voulait pas lâcher sur son texte et il n'a pas lâché. Et en revanche, parce qu'il fallait sortir de cette impasse, il a accordé comme monnaie d'échange, quelques douze cents, rien que sur Brest, passages à statut de régis directs.

C'est là que je suis monté sur les planches, c'est là que en 71, le nouvel atelier électronique n'était pas fini et puis il y avait toujours des planches de chantier, je suis monté là pour dire aux gars « bon ben maintenant on vous invite à voter la reprise » Ça n'a pas été simple, c'est un mouvement qui a beaucoup marqué, je pense que c'est dommage que d'autres corporations sur leurs propres revendications ne se soient pas engagées dans la même voie parce qu'on avait une possibilité de faire sauter cette loi grève. Parce que c'était un répulsif cette loi anti-grève, vous faisiez une demie heure de grève,la journée en l'air.

Ces mouvements ont duré du 12 Mars au 22 avril 1971, la principale revendication était liée au problème d'avancement et le ministre de la Défense M. Debré a alors accordé l'intégration au statut avec l'ancienneté pour seul critère, c'est-à-dire le passage au statut des ouvriers en régie directe (dont les salaires étaient imputés au crédit « matières » et non « salaires », ces ouvriers étaient placés sous la direction de la Marine, ils dépendaient juridiquement d'un entrepreneur). De même, le personnel a obtenu des améliorations au niveau des congés annuels et des congés maladie. Les syndicats n'ont pas véritablement gagné la bataille sur les questions d'avancement du personnel. Néanmoins, les mouvements ont permis de montrer que la loi anti grève n'était pas réellement applicable, en effet ; seulement deux jours n'ont pas été payés aux grévistes.


1976

Le 25 août 1976, le premier ministre français Jacques Chirac démissionne de son poste. Le président Valéry Giscard d'Estaing nomme Raymond Barre pour lui succéder à la tête du gouvernement. Sa principale tâche sera de ralentir l'inflation qui affecte la France. L'économie française connaît une série de déboires depuis le premier choc pétrolier de 1973. Le 22 septembre 1976, le conseil des ministres adopte le premier plan d'austérité du premier ministre Raymond Barre. Sa priorité est donc la lutte à l'inflation et au chômage. Pour y arriver, Barre propose entre autre de freiner la hausse des salaires, ainsi il suspend les décrets salariaux de 1951 qui avaient été consolidés en 1967 qui disaient ceci « les taux des salaires ouvriers des armées suivront l'évolution constatée au vu des enquêtes trimestrielles du ministre des Affaires sociales, dans les entreprises de l'industrie métallurgique privée et nationalisée de la région parisienne ».

Et ces décrets, donc, Barre les a suspendus en 76. Et en définitive, en 78, on fait trois semaines de grève consécutives.

Ces décrets n'étaient plus appliqués. Donc, il n'y avait plus d'augmentation. Et donc, 79, un coup sur la meule. J'ai la faiblesse de penser, je ne suis pas le seul, que si ces décrets ont été rétablis après 81 par Hernu, c'est bien parce qu'il y avait eu les deux mouvements de 78 et de 79 avant.

1978

En 78, le mouvement est parti du bassin, d'un seul chantier, si vous voulez. Et c'est là que nous avec la CFDT et FO, on s'est réunis et on a fait le travail dans les autres chantiers c'est comme ça que le mouvement a grandi et je dois dire on a fait une grève de trois semaines mais quasiment sans faille et placée sous l'autorité des salariés eux-mêmes.

Moi j'étais aux arpètes et on voyait les défilés des ouvriers qui passaient même aux apprentis, qui venaient nous chercher.

1996

Dès juillet, 1996, commença une série de manifestations à Brest ayant pour slogan « Brest debout, construis ton avenir », les raisons étaient les plans de restructuration de la défense(plan Millon) prévoyant alors le licenciement de 1900 sur les 6000 personnes employées à la DCN ainsi que 1200 postes de sous traitants sur 2000. En juillet 1996, ils étaient alors 10000 manifestants dans les rues de Brest.

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