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Les mariages collectifs de Plougastel au début du XXe siècle

Les mariages collectifs de Plougastel étaient célèbres à la fin du XIXème et au début du XXe siècle à l'exemple de ceux-ci décrits en 1901 et 1902 (pour un article de synthèse sur les mariages groupés de Plougastel voir l'article de Wikipédia[1]):

Sommaire

Les mariages collectifs de 1901

L'arrivée des fiancés à Plougastel en 1914 (par John Niemeyer)

« Cette fête locale et traditionnelle, qui n'a pas sa pareille en France, mérite d'être connue du grand public. La vieille tradition au pays des Plougastels, c'est de grouper ainsi tous les mariages de la commune et de toute l'année avant les gras du Carême. Nous ne savons pas de quand date cette pittoresque et bizarre coutume, mais elle a rendu célèbre ce gros bourg du Léonnais (sic), presque autant que son antique calvaire du XVIIe siècle, certes le plus beau de France, et que l'énorme commerce des fraises du plateau plougastellien. De tous côtés, de Brest, de Landerneau et de Châteaulin, l'on va voir les mariages à Plougastel-Daoulas.

C'était mardi dernier le grand jour. Le bourg est décoré ; des drapeaux tricolores flottent aux façades des auberges et des restaurants ; une foule joyeuse, aux costumes bigarrés et aux couleurs voyantes, tous si anciens et si curieux dans la région, se presse dans les rues et sur la place de l'église. Là les cortèges arrivent les uns après les autres, ou se forment binious en tête et enrubannés.C'est plus beau qu'un dimanche de fête nationale ou un jour de pardon, puisqu'il y a souvent près de 3 000 personnes, gens de la noce ou spectateurs. La pièce est en trois actes, nous allons les indiquer.

D'abord le mariage civil. Souvent, il a lieu la veille, et c'est un jour de fête de plus pour la bourgade, ou bien avant la cérémonie à l'église. Mais ce n'est pas une mince besogne, quand on pense qu'il y a eu 19 mariages cette année, et qu'on en a vu parfois jusqu'à quarante et quelques... C'est le maire, M. Nicolle, qui se réserve ce grand honneur. Et il le paie cher, car il lui faut lire dix-neuf fois les articles de la loi, titre V, chapitre VI, du Code civil. Et au milieu de quel brouhaha !.. Je crois aussi que le maire doit embrasser chaque mariée, selon la mode du pays. Quel plaisir, mais aussi quelle corvée, car il lui faut aussi donner la poignée de main traditionnelle au marié !..

Jeunes mariés après la messe (13 janvier 1913)

Le deuxième acte, et c'est le plus couru, c'est le mariage à l'église. Sur le coup de 9 heures, les cortèges nuptiaux arrivent de toute part, toujours précédés des binious ; hommes et jeunes gens devant, avec le marié ; la mariée et ses compagnes suivent. Les mariés sont de beaux gars. Ils portent le vêtement noir, avec des broderies vertes aux poches, aux cols et aux revers, tout comme des « académiciens », et le chapeau noir et rond, aux larges ailes, avec une boucle d'argent tenant le ruban de velours, et en plus des chenilles tricolores en guise de rubans.

Les mariées ont revêtu aussi la robe noire ornée de liserés verts, jaunes et oranges ; dessus et par devant est le tablier de soie, tout multicolore. Elles n'ont que de belles dentelles pour ornements de leurs grandes coiffes blanches à rubans pendants semblables assez de loin aux « jobelines » cornouaillaises. Pour les distinguer de leurs camarades, les futures épouses portent un large ruban de moire blanche autour de la taille ; il est pailleté d'argent et est garni de franges d'argent aux deux grands bouts qui pendent le long de la robe. Les filles d'honneur ont aussi de larges rubans avec frange d'argent, mais ceux-ci sont de couleurs chatoyantes et variées.

Et tous ces gens de noces écoutent dans le bruit les binious et les bombardes qui jouent leurs gavottes les plus gaies avant d'entrer à l'église. Cette foule endimanchée est d'un pittoresque achevé, car les costumes des Plougastels s'y prêtent et sont des plus curieux. À côté des vieux bretons aux larges braies brunes, presque l'ancien bragou-braz, et dont quelques-uns sont coiffés encore du bonnet rouge catalan, sont les vieilles femmes, dont le costume plutôt sévère et d'un autre âge diffère de ceux plus bigarrés des jeunes femmes et filles ; d'ailleurs, il n'est pas le même dans toute la commune, et là il y a des coiffes de tous les environs.

Plougastel-Daoulas, quoique commune de près de 8 000 habitants, a bien quatre vicaires et trois chapelains, mais leur chef n'est pas curé-doyen, simplement recteur. C'est le chanoine Illio, qui se fait toujours un devoir d'unir à la même grand'messe en musique les dix-neuf couples de ses paroissiens, ponctuant cette originale et grandiose union d'une petite allocution de circonstance.

Plougastel-Daoulas : mariage, le cortège à travers le village (12 février 1913)

À la sortie de la messe de mariage se pratiquent pur tous les mariés de bien vieilles et singulières coutumes. Ainsi les domestiques, hommes et femmes, des maisons des jeunes époux, se présentent ensemble devant eux et offrent au couple des cruches pleines de lait et de crème. Les mariés invitent alors les domestiques à venir au repas de noce. Cependant, avant de se rendre à ce repas nuptial, coutume non moins bizarre et que l'on voit encore dans d'autres localités de Basse-Bretagne, les nouveaux époux quittent leurs veaux habits brodés et enrubannés pour revêtir des vêtements plus ordinaires. Le repas fini, ils échangeront ceux-ci avec leurs habits de noce.

Le repas de noce est le troisième acte. Il est aussi le plus long. Chaque auberge a sa noce, et partout des tables sont dressées, suivant le nombre des convives ; à part les mariés et les pères et mères, les invités se placent à leur guise. Ces repas sont même pantagruéliques, au moins comme coup d'œil. Les mets sont abondants et partout les mêmes : soupe, bouilli, tripes à la mode bretonne, et « fars », mets national de Basse-Bretagne, sorte de bouillie qui se mange froide, et composée de farine, de raisins, de lait et de sucre.

Les convives étalent leurs mouchoirs en guise de serviettes sur leurs genoux et piquent avec leurs couteaux dans les plats : un pour quatre ou six. Le cidre, le vin, le café, et surtout l'eau-de-vie coulent à flots, au milieu de cris assourdissants, de rires sonores et de conversations à haute voix. Après ces festins, dont les convives sortent grisés en partie, les noces se promènent de par le bourg et sur les routes qui y conduisent ; le soir venu, l'on danse aussi au son du biniou dans les salles des banquets ou les cours des auberges.

Tel est le grand mariage des Plougastels du vingtième siècle ! »[2]

(Journal "Le Gaulois" n°6974 du 14 janvier 1901)

Les mariages collectifs de 1902

Qui n'a entendu parler de Plougastel, pays des fraises, d'un si bon goût et d'un parfum si exquis et renommé aussi par ses mariages ? On se souvient encore que Mgr Valleau, évêque de Quimper, vint en 1896 en bénir 36.

Mais que de choses plus ou moins vraisemblables ont été racontées à ce sujet, que d'exagérations !... Ne lisait-on pas ces jours derniers dans un journal soi-disant très renseigné, (mais qui souvent passe à côté de la vérité) que 66 couples allaient être unis ! Il y en a eu le tiers seulement, ce qui est déjà joli pour une commune. Mais voyez quels sont les usages si curieux qui président à ces mariages. Très occupés par les travaux des champs ce n'est que pendant les longues soirées d'hiver que les Plougastel ont le temps de penser aux noces et qu'ils font la confidence des préférences de leur cœur.

Réunion d'hommes en costumes traditionnels à l'occasion d'un mariage devant le calvaire de Plougastel(11 janvier 1910)

La demande en mariage se fait ordinairement la nuit par deux personnes appelées bas-valen. Si la réponse a été favorable les futurs mariés viennent le lendemain se faire inscrire et les plus proches parents sont invités au dîner qui se donne à cette occasion. Une dizaine de jours après, second repas auquel prennent part les garçons et filles d'honneur ainsi que les parents jusqu'au 3e degré.

Le mariage civil se fait ordinairement le jeudi qui précède la cérémonie religieuse. Ainsi le 9 courant M. Louis Nicolle, maire de Plougastel-Daoulas a fait dix-sept mariages. Trente-trois sont actuellement inscrits à la mairie, vingt ont été célébrés aujourd'hui huit le seront demain et les autres attendront la semaine prochaine.

C'est donc aujourd'hui le grand jour. Dès 5 h. du matin les fiancés avec les garçons et filles d'honneur vont chercher leurs fiancées chez elles : tous arrivent au bourg en char-à-bancs. La toilette ne demande pas plus d'une demi-heure. A 9 h, le grand carillon appelle tout le monde à l'église. Dans le chœur se trouvent M. Iliou, chanoine honoraire, curé de Plougastel, le clergé de la paroisse ainsi que quelques autres prêtres, invités pour la cérémonie. M. Quideller, chanoine titulaire de Quimper, bénit les jeunes époux et dit la messe, pendant laquelle les orgues font entendre leur plus belle voix ; l'église est comble. Le Te Deum termine la cérémonie.

Une foule d'étrangers en ont profité pour venir voir les costumes. Il est regrettable à ce propos qu'on n'ait pas conservé l'ancien : c'est à peine si on en voit quelques-uns. L'élégante veste brodée, à double rangée de boutons est remplacée par le gilet violet sous lequel on en voit de blanc, rouge, vert ; ainsi habillés, ils n'auront pas à craindre le froid ! Le large chapeau garni de chenilles de toutes nuances, a fait place à un autre beaucoup plus petit orné d'un large velours noir. Du bragou-braz porté par les ancêtres il n'est plus question.

Le costume des femmes est encore de couleurs plus éclatantes : les unes ont des robes noires galonnées de jaune, les autres des robes violettes, des tabliers de soie de différentes nuances d'un très joli effet. A l'issue de la cérémonie, il y a un petit déjeuner, puis la jeunesse se promène et s'amuse jusqu'à 2 h. ½, heure un peu tardive pour se mettre à table, on y reste alors jusqu'à la tombée de la nuit.

Le lendemain un service est chanté pour les parents défunts, et il y a encore le même repas que la veille. Le soir enfin, les garçons et filles d'honneur vont conduire les nouveaux mariés dans la maison qu'ils doivent habiter désormais. Le dimanche qui suit les mariages c'est-à-dire le 19 courant, tous les nouveaux mariés avec leurs garçons et filles d’honneur, assistent à la grand-messe en habits de noces et dans l'après-midi il y a un dernier repas avant de se quitter. Si quelqu'un veut jouir du coup d'œil, qu'il aille jusqu'à Plougastel. Il ne regrettera pas son voyage[3].

(Journal Ouest-Éclair du 15 janvier 1902)

  • NB: Pour un article de synthèse sur les mariages groupés de Plougastel voir "Wikipedia Plougastel-Daoulas"

2017 Les mariages collectifs remis à l'honneur pour la Fête du Maërl

En 2017, la Fête du Maërl de Plougastel Daoulas remet à l'honneur les mariages collectifs. Le dimanche 20 août, précédés en musique par le Bagad Adarre et le groupe d'accordéonistes Sell Ta Piv, les couples de mariés en calèche suivis d'un cortège d'invités costumés défilent le matin vers la place du Calvaire.

Après concert et danses du Cercle Bleunioù Sivi au bourg, les participants se retrouvent pour le repas de midi. De nombreuses animations ont lieu tout au long de l'après-midi : animations de rue, jeu de quilles traditionnel, expositions, vieux métiers, création d'un intérieur d'habitation traditionnel avec lits clos, création d'une table confectionnée dans le sol comme autrefois...

Puis, une remontée de la rivière par des bateaux qui ont embarqué couples de mariés et sonneurs au Tinduff est prévue jusqu'au site de Pont-Callec. En fin d'après-midi, la fête se termine par un concert de Gérard Jaffrès suivi d'un repas ouvert au public et d'un bal populaire.

Source : https://www.brest-terres-oceanes.fr/fr/evenement/fete-du-maerl

Notes et références

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Plougastel-Daoulas#Les_mariages_group.C3.A9s
  2. Journal "Le Gaulois" n°6974 du 14 janvier 1901, consultable
  3. Journal Ouest-Éclair du 15 janvier 1902
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