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En 1892, le sport au Lycée de Brest

Serusier - La lutte bretonne.jpg Portail

Le sport de 1789 à 1940

Il y a actuellement 17 articles liés à ce sujet.

La merveilleuse expérience sans lendemain de 1892

Pierre Fredy de Coubertin, baron de Coubertin.jpg

En 1889, un nouveau proviseur arrive au lycée de Brest, adepte du comité Jules Simon, et de son éminent animateur Pierre de Coubertin, il s'appelle Perdroux et semble s'intéresser aux activités physiques de ses élèves. Il fait avec eux des parties de cricket, de la natation et du canotage. Il va dès le printemps 1892 mettre sur pied une véritable association sportive la S.A.L.B. (Société Athlétique du Lycée de Brest) en déclarant : "Nous sommes les imitateurs tardifs de nombreux lycées, notre but : rechercher la vigueur physique, l'équilibre aux travaux intellectuels par des exercices violents, sans être dangereux, espérons que nous triompherons des embarras qui pourraient nous assaillir dès le début".


Il y a là une allusion à la réaction possible des milieux de la gymnastique traditionnelle, et aussi des parents.

De mars à juin, chaque mercredi des épreuves variées sont organisées :

  • 1ère semaine :
    • course de 90 mètres junior, 100 senior
    • longueur : 500, 1000, 400, 2000
  • 2ème semaine
    • Un foot et un cross. 2 équipes de 15, l'une avec Bonte, l'autre avec Bariller
  • 3ème semaine
    • Une course de 20 km. Pendant ce temps deux équipes de seniors font un foot.
  • 4ème semaine :
    • Championnat de cross
  • 5ème semaine :
    • Cross : départ des lièvres puis des 36 chiens. Il s'agit d'un "rallye paper" de 10 km.
  • 6ème semaine
    • Réunion d'athlétisme : courses, hauteur, longueur, vélo.

Dix réunions de ce type ont lieu durant ces trois mois.

En juin le soir de la Saint-Jean, le groupe du S.A.L.B. fait Brest-Morlaix à pied de nuit soit 60 km. Le retour se fait par le train.

Mais Mr Perdroux quitte Brest l'année suivante. L'expérience cesse du même coup. Il faudra attendre douze ans pour voir le football réapparaître et autant pour assister à la renaissance d'associations sportives dans les deux lycées [1] Cette tentative avortée d'implantation du sport athlétique n'est pas particulière à notre département. Très peu d'associations scolaires ont tenu le coup, les vives réactions des milieux gymnastiques ne sont pas étrangères à cet échec.

Le journal des Gauches, l'Avenir de Morlaix, présente le 31 mars 1894 un article indiquant comment est apprécié le sport athlétique à ce moment précis de son apparition. L'article intitulé « l'Athlétisme » est signé de Courtil. "Le corps nécessite quelques soins indispensables, sinon il y a débilité précoce, la catastrophe de 1870 montre que la "guenille" a été trop longtemps négligée. Après des périodes de découragement et d'espoir dans la longue recherche de l'équilibre entre le corps et l'esprit, nous sommes arrivés à implanter en France un système d'éducation physique par l'enseignement national de la culture du muscle dénommée gymnastique, à laquelle sont venues s'ajouter l'escrime et le tir. La gymnastique imitée des anciens et accommodée aux besoins modernes, avec ses multiples divisions, son vaste programme avait semblé à nos maîtres éducateurs, le moyen le plus sûr pour enrayer le courant de mollesse, apathie, et indifférence pour le salut du corps d'engourdissement à la fois matériel et moral qu'un long règne de fêtes et de plaisirs avait engendré. La gymnastique a permis par son esprit de travail assidu, à transformer cet esprit. L'athlétisme qui se résume au football et à la course à pied ne demande à ses adeptes que de posséder un joli costume. Revêtez-vous d'un jersey de couleur brillante et d'une toque de jockey et vous êtes un athlète ! Mais l'athlétisme est au développement harmonieux du corps ce que la girafe est à un pur sang. Tout le secret de la préférence des jeunes snobs pour l'athlétisme, et leur dédain pour les exercices d'adresse, souplesse, force, est dans le costume. Quelques séances d'entraînement et l'on devient coureur ou matcheur. Huit jours pour avoir droit au titre pompeux d'athlète, alors qu'il faut dix ans pour faire un gymnaste complet, mettez les au pied d'une corde de dix mètres ils y resteront, chargez les du sac réglementaire, du fusil, des brodequins, donnez leur 40 km à avaler, ils le feront... dans une voiture d'ambulance. L'athlétisme est bon pour les poumons, oui, mais l'effort anormal qu'on leur demande dans un thorax stationnaire est dangereux. Ces jeunes athlètes qu'éblouissent les promesses de l'homme vapeur, commencent leur 16ème année au bois de Boulogne, pour la finir à Nice ou à l'hôpital."

"Le véritable entraînement à la course sans danger se fait au régiment. Laissez donc ces prouesses de dératés aux professionnels qui gagnent leur vie à la sueur de leurs tibias. Jeunes champions d'athlétisme, au corps décharné, long comme un jour sans pain, faites donc un peu de barre fixe, lutte, escrime, qui donnent souplesse, endurance, qui font des hommes capables de lutter pour la vie, non pour la lutte de vitesse."


Tous les griefs qui peuvent être faits à une nouvelle forme d'activité susceptible de remplacer la gymnastique sont apparents dans ce texte.

Les milieux dirigeants de l'activité physique "officielle" vont faire en sorte de contrôler toute initiative qui viendrait troubler l'ordre établi. Il s'agit surtout de faire en sorte que toute activité présentant un caractère nouveau et par conséquent douteux, puisse être récupéré par la société de gymnastique et que le caractère patriotique habituel soit conservé, c'est ce qui va être fait à l'occasion d'une remarquable course pédestre Saint-Brieuc-Brest de 147km que nous allons analyser maintenant. Elle comporte des indices intéressants de la bascule qui s'opère de la gymnastique vers le sport. La Brestoise et son président STAFFER, patronnent cette course que l'on appelle le championnat de Bretagne de 1892 (la même année que la grande course des lycéens de 60 km). Ce genre d'épreuve est organisé un peu partout en France par un journal le "petit journal" (le même qui a organisé la course cycliste Paris-Brest l'an passé). Il y a de toute évidence un lien étroit entre ces deux manifestations sportives. Chaque jour durant un mois la liste des nouveaux inscrits à la course va figurer en bonne place dans le journal de même que le bilan de la souscription, plus de 1000F vont être ainsi récupérés et attribués aux futurs vainqueurs de cette longue épreuve (ce n'est pas un record car l'année précédente un Paris-Belfort a été disputé.)

394 coureurs sont au départ. Il s'agit d'un évènement car les milieux scientifiques se penchent avec attention sur l'affaire ; le Dr Bremond souhaite faire un examen médical de tous les concurrents. Des statistiques sont établies sur l'activité socioprofessionnelle des coureurs. Sur les 148 premiers inscrits on trouve : 13 employés de commerce,10 ouvriers de l'arsenal,8 cordonniers, 8 cultivateurs, 4 commis, 3 mécaniciens, 3 bouchers, 3 couvreurs, 3 marins, 2 forgerons, 2 menuisiers, 2 facteurs, 2 musiciens, 2 instituteurs, 2 bronziers, 2 selliers, 2 typographes, 2 peintres, 2 coiffeurs, 1 négociant, 1 avocat, Etc., Mais pas d'étudiant.

Les coureurs sont surtout de BREST, Morlaix, Saint-Brieuc, personne du Sud. Un coureur a 72 ans, 2 femmes obtiennent l'accord du comité.

  • Le premier prix est de 500 francs, plus un tableau
  • Le deuxième un bronze,
  • Le 3ème 150 francs
  • Le 4ème 75 francs

Etc.

On peut apprécier l'importance de ces prix lorsqu'on sait que les salaires à BREST pour un contre maître sont de 2 à 12 francs, pour un homme de 1 à 5 francs, pour une femme de 0,50 à 3,50 francs, et pour un enfant de 0,30 francs.

Le départ de la course est fixé à 8 heures du matin à Saint-Brieuc et l'arrivée est prévue vers 4 heures du matin à Brest. Les coureurs affichent des tenues bizarres. Certains sont habillés en jockey, ou en toréador.

Le journal du 17 août est presque entièrement consacré à la course. Le vainqueur est Allain de Pont Mellier (Côtes du Nord). C'est un garçon boucher de 24 ans mesurant 1,57m, 66kg. A l'arrivée,il a le même pouls qu'au départ : 112. Il n'y a pas eu d'accident de santé. Dès 3 heures du matin, la foule attendait dans les rues de Brest. Le deuxième coureur Joly 43 ans continue pour battre le record des 150km, détenu par Duval et devenir champion de France. Le 8ème est infirme, il a les bras retournés et signe avec sa bouche. 30 coureurs sont arrivés dans les délais fixés de 48 heures. Mme Le Maux est 38ème et Mme Simon est 97ème.

Le lendemain de cette course historique nous enregistrons quelques déclarations importantes :

Le Dr R.L : "Ces courses sont une préparation à une lutte sérieuse dont dépend l'avenir du pays. C'est une étude de la résistance de l'homme pour les services qu'il peut rendre après de longues étapes. Il est urgent de pouvoir répondre aux efforts qui pourront nous être réclamés ; le but est quel travail utile est possible après les marches prolongées ? Malheureusement on substitue un autre problème dont l'utilité est douteuse. Quel est le temps minimum que l'on peut mettre à parcourir une distance donnée ? C'est la puérile satisfaction du record. Nous admirons ceux qui ont accompli rationnellement leur parcours,et non pas les premiers qui sont arrivés exténués et ahuris. C'est ce que fait aussi La Brestoise avec ses pupilles qu'elle prépare graduellement".


La "semaine religieuse de Saint-Brieuc" "Elle émet une protestation contre les coureurs qui ne sont pas allés à la messe, ainsi que contre tous ceux qui sont allésvoir la course et qui ont profané le jour du Seigneur."

Il y a donc des critiques de plusieurs natures contre ce phénomène imprévu qui trouble les habitudes de la pratique religieuse et qui pourrait nuire au patriotisme.

On peut constater l'absence de bourgeois et aussi d'étudiants à cette course. Il est possible que l'aspect patriotique que l'on a voulu lui conférer ne leur ait pas plus.

Une autre remarque s'impose : le contrôle médical effectué pour la première fois sur une épreuve physique. Sa motivation est d'ordre patriotique. Il s'agit d'étudier les réactions de la race humaine à l'effort que l'on pourrait être amené à lui demander en cas de conflit.

Malgré son succès apparent cette course ne sera pas rééditée de sitôt. Il était prévu une course de 600 km sac à dos pour 1893, mais il semble bien que l'on n'ait pas suivi l'idée, malgré tout nous avons constaté une nette augmentation de la fréquence des courses pédestres en 1898 dans les fêtes communales. De telles épreuves ont même lieu à l'occasion des mariages.

Au mariage du fils Le Crane à Ergué Gabérit, réunissant 600 personnes, des courses d'hommes et de chevaux ont été organisées.

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