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Cimetière de Plouarzel

Ce texte est tiré de la revue Tud ha Bro n°23 "L'enclos paroissial" publiée par l'association Tre Arzh en novembre 2002 et reproduit avec leur autorisation. Le document complet est accessible auprès de l'association. Nous vous présentons ici un extrait.

Avec l’église, la chapelle-ossuaire et le calvaire, le cimetière constitue l’une des pièces maîtresses de l’enclos paroissial ; il en occupe du reste le plus grand espace. Situé encore pour la plupart d’entre eux au cœur du village, il perpétue la présence des défunts dans la communauté. Avec ses tombes disposées tout autour de l’église, les disparus ne perdent pas le contact avec les vivants qui à l’occasion des offices s’y recueillent un moment. Dans son ouvrage, « Les ossuaires bretons », Roger LE DEUNFF souligne avec justesse la marque de l’identité et de l’appartenance au groupe communautaire que représente le lieu :

'« On vient au cimetière, à l’ombre tutélaire du clocher et du calvaire, sur la tombe de sa famille dont le nom est écrit en toutes lettres. A ses côtés, une autre tombe : celle des voisins, des proches, des amis … Tout le village est là avec les gens qui nous ont précédés. »

Plouarzel a pu jusqu’à présent préserver son enclos qui n’a pas été amputé de son cimetière comme cela a été fait dans bon nombre de communes où la prolifération des tombes et les problèmes de circulation dans l’agglomération ont amené les municipalités à désaffecter le cimetière et à le transférer dans un endroit quelquefois éloigné du centre bourg.

Circonscrit par un mur d’enceinte relativement haut interrompu en un endroit par une maisonnette-enclos ayant servi de mairie jusqu’en 1926, le cimetière paroissial est accessible par cinq ouvertures : l’entrée principale à l’Ouest, une deuxième entrée avec escalier au Sud près du centre bourg, une troisième également avec escalier à l’angle Sud-Est, une quatrième à l’Est comportant quelques marches et une dernière petite porte au Nord communiquant directement avec le presbytère.

L’entrée principale est marquée par quatre piliers qui à l’origine encadraient le portail dans la partie centrale et les échaliers (pierres plates dressées faisant fonction de barrières) de chaque côté. Des inscriptions sont gravées en creux sur les piliers centraux :

  • 1696 sur celui de gauche
  • AN PRAP sur celui de droite

Si la première nous donne probablement l’année de leur construction, le sens de la seconde nous échappe actuellement. Dans une étude traitant des enclos paroissiaux, l’abbé Yves Pascal CASTEL, docteur en histoire de l’art, nous éclaire sur la symbolique de ce dispositif des entrées principales des enclos à leur origine :

« Les fidèles passaient, dans les occasions ordinaires, de chaque côté de la grande porte, ouverte pour les seules processions et les cortèges funèbres. Ils enjambaient la pierre posée verticalement, l’échalier, parfois appelée, par opposition à la première, la porte des vivants. Ces passages reliaient tout en les séparant symboliquement, l’espace profane et l’espace sacré. Mises à part les raisons mystiques de ces dispositions, on ne peut oublier qu’un tel système fut établi bien prosaïquement pour éviter la divagation des animaux dans le champ de Dieu ».

Marc DECENEUX, dans son ouvrage « La Bretagne des enclos et des calvaires » voit pour sa part la prédominance du rituel dans la fonction de l’échalier :

« Les entrées secondaires – les échaliers – sont barrées d’une dalle sur chant qu’il faut enjamber ; ce dispositif peut certes empêcher la divagation des bestiaux dans le champ des morts, mais il oblige surtout à une gestuelle contraignante, rappelant qu’on ne peut s’approcher du divin sans quelque difficulté ».

Aujourd’hui le portail a disparu et le pilier central gauche a été déplacé en 1982 pour élargir l’entrée principale afin de faciliter le passage des véhicules, réduisant ainsi d’autant l’entrée latérale gauche après en avoir supprimé l’échalier.

Le seuil de l’entrée principale franchi, hormis l’église elle-même dont le porche se présente en face, le premier édifice qui s’impose au regard est la chapelle-ossuaire dont le mur Ouest prolonge vers le Sud les quatre piliers d’entrée eux-mêmes prolongés par un pan de mur de l’enclos. Traitant de l’organisation de l’espace sacré dans son ouvrage précité, Marc DECENEUX justifie l’emplacement symbolique de l’ossuaire à l’intérieur de l’enclos :

«  Il est le plus souvent placé à l’Ouest, du côté du couchant donc de la fin – celle du jour et surtout celle de la vie – et non loin de l’entrée de l’enclos ».

C’est bien le cas de la chapelle-ossuaire Saint Yves qui fait l’objet d’un chapitre distinct.

Autre élément majeur du cimetière paroissial, le calvaire se dresse en son milieu et au Sud de l’église. Sa description et sa restauration sont également détaillées dans un autre chapitre. Soulignons son orientation vers l’Ouest comme la majorité des calvaires dans les enclos « dans le souci du crucifix regardant le couchant » explique Roger LE DEUNFF dans son livre « Les ossuaires bretons ».

Le monument aux morts fait partie du cimetière depuis 1920, année de son érection entre le pignon Sud de la chapelle Saint Yves et l’entrée Sud du cimetière, au-dessus du réduit obscur connu des Plouarzélistes sous le nom de « prison ». Déplacé après l’extension du cimetière en 1982, il se dresse actuellement à l’entrée du nouvel espace créé et tout près de la sacristie. Elevé à la mémoire des paroissiens morts au cours de la première guerre mondiale, il a été inauguré le 24 août 1920 du temps de Monsieur NIHOUARN, recteur. Un cours extrait du registre paroissial relate l’événement : « La paroisse a érigé dans le cimetière un très beau monument fait avec la pierre du pays. Ce monument a été béni et inauguré solennellement par Monsieur le chanoine BARS, directeur au grand séminaire de Quimper, le 24 août 1920, le jour même où un enfant de la paroisse Monsieur KEREBEL chantait ici sa première messe». Le socle porte deux noms, gravés en creux, LAGADEC et MOAL, très certainement les tailleurs de pierre artisans de l’ouvrage. Une plaque commémorant les victimes de la guerre 1939-1945 a été rajoutée. Cette même plaque porte une seconde inscription « monument mutilé et profané par les Allemands le 17 février 1943 ». La nuit précédente, le Christ de la croix avait été « descendu » par un soldat allemand. Seule l’extrémité des pieds rappelle encore la représentation du crucifié sur le monument.

Situé à l’Est du calvaire et surmonté d’une belle statue de la Vierge à l’enfant, en fonte, de couleur blanche dominant les tombes du cimetière, le caveau de la famille DE TAISNE occupe un bel emplacement. La sobriété de ses lignes contribue à la mise en valeur de la statue pour laquelle il constitue un piédestal de choix. La demande de concession de sépulture date de 1851.

A proximité immédiate, dans l’Est du cimetière et mêlée aux autres tombes, il en est une qui mérite l’attention, tant par son architecture que par la personnalité du trépassé. Ce tombeau a en effet la particularité d’adopter la forme d’un sarcophage reposant sur quatre pieds sculptés en griffes. Le calice qui y est représenté nous indique qu’il s’agit d’un prêtre : Gabriel BRETON qui fut recteur de la paroisse de 1891 à 1904. Son rectorat à Plouarzel aura été marqué par des événements importants qui ont été l’incendie, la reconstruction et la consécration de l’église paroissiale, à l’occasion desquels il a donné toute la mesure de son talent. Durant toute cette période, les écrits l’attestent, il aura dû faire preuve d’une grande capacité à fédérer les énergies, de persévérance et de pugnacité pour obtenir les moyens de la reconstruction et d’un grand talent de persuasion pour arriver à ses fins. Mais les Plouarzélistes se souviendront surtout, le concernant, de l’anecdote légendaire de « Biel ar c’hi du », relatée dans un autre chapitre, qu’ils tiennent de leurs parents et qui les a manifestement marqué pour avoir été transmise avec autant de fidélité.

A partir de la fin du 17ème siècle, l’interdiction d’inhumer à l’intérieur des églises entraîna la construction des cimetières et conféra à ceux-ci toute leur importance. Celui de Plouarzel n’échappa vraisemblablement pas à cette révolution mais il n’est pas possible ici, faute d’éléments, d’en relater la construction et les ré-aménagements successifs au cours des siècles. Nous nous bornerons à en rapporter les dernières transformations dans un passé relativement proche. C’est ainsi qu’en octobre 1943, dans ses délibérations, « le conseil municipal considérant que le cimetière actuel du bourg est trop petit pour permettre d’assurer une sépulture décente aux morts, il y a lieu de poursuivre le projet d’agrandissement du cimetière ». Quelques années passent sans que ce projet se réalise et en janvier 1960 on parle alors de « remise en ordre du cimetière », il s’agit « d’enlever de nombreuses tombes abandonnées permettant d’établir progressivement un alignement des tombes restantes pour arriver peu à peu à un embellissement du cimetière ». Il est également décidé pour l’occasion de planter des arbres à l’entour de celui-ci pour remplacer ceux existants dont plusieurs sont déjà morts. En mars 1960, une étude d’enlèvement de monuments et pierres tombales abandonnés est décidée : « Certaines familles possèdent des monuments funéraires en nombre injustifié et il y aurait lieu de rassembler certains restes mortels afin de dégager le cimetière des tombes en surnombre, pour que les monuments restants puissent être placés dans un ordre plus convenable. ».

A cet effet est créée une commission en vue de recenser les tombes abandonnées et d’étudier les améliorations à apporter à l’aménagement du cimetière. Fin 1972, l’on reparle de nouveau au conseil de la prise en charge par la commune des frais de démontage et de remontage de tombes en vue de leur mise en alignement. Ces remaniements successifs de tombes, s’ils ont contribué à l’embellissement et l’ordonnancement du cimetière ne semblent pas avoir réglé pour autant de façon définitive le manque de place. C’est ainsi qu’en novembre de la même année, un discussion éclate sur l’exiguïté du cimetière ; deux solutions sont déclarées possibles : « soit l’agrandissement par l’acquisition de parcelles attenantes, soit l’acquisition de terrains, en vue de son transfert, ce qui obligerait à instaurer des concessions de terrains ». Si la deuxième solution est rejetée, le projet de la première met toutefois du temps à mûrir et il faut attendre le début de 1978 pour que la commune se décide à acquérir une partie du jardin du presbytère pour agrandir le cimetière. Au terme de tractations avec le diocèse propriétaire du terrain concernant la superficie demandée (1200 m²) et le prix du m², l’accord est obtenu et l’acte de vente confié au notaire fin 1980. Après démontage d’une partie du mur Nord du cimetière, édification de l’enceinte de la nouvelle partie, apport de terre pour mise à niveau, le nouvel espace ainsi dégagé est prêt en 1982 pour recevoir ses premières sépultures. Le monument aux morts et la stèle christianisée, tous deux déplacés, viendront quelque temps après sacraliser le lieu.

Changement notable intervenu en 1977 dans l’activité du cimetière et l’attribution de la fonction de fossoyeur : le creusement des fosses est désormais dévolu aux ouvriers de la voirie communale aux lieu et place du bedeau qui assurait cette fonction jusque là. Cette mesure met un terme à la carrière de fossoyeur de Joseph ARZUR qui en 31 années aura creusé le nombre édifiant d’environ 600 tombes.

Mais le cimetière n’est pas seulement l’espace sacré du village, c’est aussi un lieu public appartenant à la commune où le passage obligé des fidèles est mis à profit pour toutes communications tant profanes que religieuses, voire certaines transactions au bénéfice de la fabrique. Dans son livre « La Bretagne aux 16ème et 17ème siècle », Alain CROIX rappelle l’aspect utilitaire que revêtait le lieu en dehors de sa destination sacrée : « Ouvert, le cimetière est donc naturellement un terrain communal à la disposition de tous et, par son emplacement au cœur du bourg, près de l’église, le meilleur lieu de rencontre, le plus fréquenté des lieux de passage ».

A Plouarzel, comme probablement dans d’autres paroisses, jusque vers les années 50 du siècle dernier, à la sortie de la grand-messe du dimanche, le garde champêtre lisait son prône, monté sur une pierre située au pied de la maisonnette-enclos à l’entrée du cimetière. Les gens appelaient communément ce lieu « war ar groaz » (sur la croix). Ce prône faisait l’office de notre actuel bulletin hebdomadaire « Mouez ty kear » et permettait de diffuser les publications officielles, les avis de la mairie et même les annonces des particuliers. On y avait notamment connaissance de la distribution des ordonnances pour différentes obligations comme les travaux de voirie, les transports de marchandise, les charrois de matériaux (gravats, moellons, pierres, sable, …). A l’époque, des journées étaient dues pour l’entretien des routes communales. La publication se terminait souvent par un avis d’ordre particulier :

« an troc’her moc’h a vo e ti an neb, … d’ar memez dervez hag memez eur a henvoaziou » (le castreur de porcs se trouvera chez un tel, … le même jour et heure que d’habitude).»

A l’occasion, le garde-champêtre y vendait également aux enchères des petits cochons offerts à l’église par des éleveurs. Ces derniers agissaient ainsi, soit par reconnaissance lorsqu’il y avait eu une bonne portée ou à la suite de promesses faites lors d’une quelconque réussite ou après une guérison dans l’élevage, soit en guise d’offrande à un saint protecteur (Saint Eloi pour les chevaux, Saint Herbot pour les bovins, Saint Arzel pour les porcs et à divers titres, la Vierge pour différentes grâces). Le saint patron de la paroisse avait la faveur des offrandes : « Eur pemoc’h evit Sant Arzel » (un cochon pour Saint Arzel). Les porcelets étaient ensuite mis aux enchères et vendus au plus offrant et dernier enchérisseur. Le garde-champêtre rappelait à l’occasion le rôle (« ar kustumou ») ou droit de mise en enchère, dû par l’enchérisseur à son profit. Le produit de la vente allait à la cure et contribuait au fonctionnement des œuvres paroissiales.

Cette pratique, d’utilisation du cimetière comme lieu d’information, est ancienne comme en témoigne la publication faite le dimanche 16 septembre 1736 par Michel ROGER, sergent et citée par le chanoine ELIES dans son ouvrage « 1670-1770, Le siècle de gloire de Plouarzel » :

« Je repette par le présent m’être transporté de maditte demeure jusques le au-dedans du cimettière de l’esglise paroissiale de Plouarzel où estant à lyssue de la grand’messe domminicalle y ditte et célébrée ledit jour par le sieur KERANVRAN prêtre du Plouarzel comme le peuple sortait de louïr le entendre amassé le congrégé autour de moy j’aurais fait à haute et inteligible voix pareille publication que par mes précédants procès-verbaux. »

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