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Église de Plouarzel

Tous les textes parlant de l'église de Plouarzel sont tirés de la revue Tud ha Bro n°23 "L'enclos paroissial" publiée par l'association Tre Arzh en novembre 2002 et reproduis avec leur autorisation. Le document complet est accessible auprès de l'association. Nous vous présentons ici quelque extraits.

Sommaire

L'église de Plouarzel contée par Pierre ARZUR

Eglise
Pierre ARZUR nous parle de la vie du bourg avant et notamment de la place de l'église dans la vie quotidienne des habitants de Plouarzel. Il interprète également une partie du célèbre "Da feiz an tadou koz", chanson sur le "vieux pays de nos ancêtres" très largement repris en chœur lors des messes.
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Historique de l'Eglise

Il n'existe, à notre connaissance, aucun document concernant l'édification de l'ancienne église paroissiale de Plouarzel qui a brûlé en 1898. Sa construction remonterait au 17ème siècle. Dans une lettre au sous-préfet, le maire de la commune, M. LE BRAS, affirme que l'église a été construite en 1679 et 1680. Qu'en était-il auparavant ? Existait-il une autre église précédemment ? Probablement ! Sur le même site ? Sans doute que oui ! Par contre les archives décrivent abondamment les travaux et modifications apportés à cette ancienne église au cours des 18ème et 19ème siècles.

1765 Un extrait de manuscrit découvert dans un vieux registre paroissial fait état d'une importante réfection de l'édifice sérieusement endommagé par une tempête : « La réparation d'une partie de la nef de notre église, depuis quelques année projetée mais toujours différée, fut enfin faite en 1765, un furibond ouragan avait enlevé la toiture le jour de la foire de Saint-Renan, dite « foar Varzin ». »

1768 Cette année voit l'achèvement des travaux entrepris, comme en témoigne cet autre extrait : « En 1768, on finit par réparer le reste de la nef. »

1830 L'été 1830, une partie de la chapelle de croix s'écroule et le reste menace ruine. Elle est entièrement démolie puis rebâtie en gagnant 18 pieds de largeur. Ces travaux coûtent à la fabrique 3 000 f et épuisent ses ressources. Mais un rapport note qu'elle est bâtie « dans un mauvais genre ». Le côté nord « en fort mauvais état » mériterait également une réparation urgente à l'identique de la chapelle située au midi.

1831 Le 28 décembre 1831, le trésorier de la fabrique, Bernard LANNUZEL, s'adresse au préfet pour lui demander des fonds afin d'effectuer les travaux dont il était question ci-dessus, la commune ne pouvant subvenir aux dépenses, les ressources de celles-ci étant utilisées à faire travailler sur les routes. Le trésorier met en avant une autre raison pour entamer ces travaux :  « La misère est grande parmi les ouvriers de ce pays ; ils sont sans occupation et demandent à grand cri du travail pour avoir du pain. Leur situation triste et malheureuse m'afflige ; et j'aurais désiré pouvoir apporter quelque remède à leur misère. J'ai, il est vrai, une réparation considérable à faire sur l'église principale de ma paroisse mais je manque de fonds (en raison des travaux effectués en 1830). ... Je pourrais occuper pendant le reste de l'hiver quelques malheureux ouvriers qui sont ici sans travail. Ils pourraient toujours extraire, tailler et préparer les pierres d'avance pour le printemps prochain. »

1833 Les travaux précédents n'ont pas été suffisants ou l'état de délabrement de l'édifice est particulièrement important ! Le 21 mars 1833, Théodore SUNIARD, entrepreneur de bâtiments civils à Brest, présente, à Bernard LANNUZEL, trésorier de la fabrique, un devis des travaux à exécuter sur l'église paroissiale.

1836 Le 2 février, le haut de la tour est renversé par le vent. « Les pierres en tombant percèrent le toit de l'église, elles y entrèrent et enfoncèrent de trois ou quatre pouces le pavé par la violence de leur chute. Une femme, nommée Marie Yvonne LANNUZEL de Kertanguy, laquelle sortait du tribunal de la pénitence au moment où le sommet de la tour tomba, saisie d'une trop grande frayeur, fut frappée d'un coup de sang dont elle mourut ».

1840 Trois des cloches de la paroisse doivent être refondues : une pour Saint Armel, une autre pour la chapelle de Trézien et la troisième pour Saint Eloi ; ces cloches avaient été fondues en 1838 !

1842 10 avril 1842. Le conseil de fabrique étudie les travaux à faire sur l'église justifiés par le besoin de réparer, décorer et embellir l'intérieur de l'église, encouragé par le procès-verbal de visite de 1838 engageant le conseil à s'occuper de ces réparations le plus vite possible ; celles-ci sont rendues possibles par un compte de 1841 positif et par une prévision de recettes extraordinaires au budget de 1843 estimées à 3 329 F alors que le devis des travaux est de 2 278 F.

1843 « Rien n'est plus juste ni plus conforme à l'intention des bienfaiteurs des églises que d'appliquer à la réparation et à la décoration de ces édifices sacrés la portion disponible de leurs revenus. » Les travaux de lambrissage des deux chapelles latérales et des bas côtés sont confiés au sieur LARVOR, maître menuisier à Brélès. Le budget pour 1844 prévoit, en plus du lambris, la création d'une niche pour le Saint Sacrement, des travaux de peinture, le remplacement de neuf milliers d'ardoises, la restauration du tableau du Rosaire, l'achat d'une étole pastorale, d'une douzaine de chaises et de chandeliers pour les petits autels.

1845 Le conseil de fabrique, considérant que ses ressources sont épuisées, que les habitants ont donné beaucoup d'offrandes pour assurer le succès de ces réparations et qu'il ne saurait compter sur de nouveaux sacrifices, et que cependant l'intérieur de l'église manque de réparations urgentes et considérables, auxquelles il est impossible de faire face sans un emprunt ou une aliénation, ... demande au maire de la commune d'acquérir pour la somme de 4 000 F, la maison située au bourg et servant de maison d'école...

1846 Parmi les travaux suggérés lors de la visite des autorités religieuses, figure la proposition de refaire la boiserie des fonts baptismaux. Mais ces travaux se heurtent au double fait de coûter très cher et de prendre un espace précieux alors que l'église suffit à peine à la population et qu'il est nécessaire de l'agrandir ! Le conseil propose donc le déplacement des fonts baptismaux dans une petite chapelle à construire à l'extérieur de l'église contre le mur latéral côté du midi.

1847 Ce problème de place dans l'église n'est point résolu ! « L'église ne suffit pas pour la population surtout dans les jours de grande solennité et pour cette raison on doit chercher les moyens de l'agrandir ». Et ce d'autant plus que plusieurs paroissiens demandent avec insistance l'autorisation de placer des bancs et qu'il est impossible de la leur accorder, l'église n'étant déjà que trop chargée de bancs. Le conseil est d'avis, à l'unanimité, de faire immédiatement, une tribune neuve au bas de l'église pour l'usage des fidèles. Cette tribune, dont le plan a été dressé par le menuisier Gabriel LARVOR de Brélès, pourrait recevoir soixante personnes et « augmenterait de quatre vingt dix francs les revenus de la fabrique en ne louant chaque place que un franc cinquante centimes ». L'ancienne tribune existante, nouvellement réparée elle aussi, ne pouvait pas servir aux fidèles car trop petite et placée trop haut ; elle ne servait que de passage au bedeau pour fréquenter la chambre de l'horloge.

1849 Peinture de l'église.

1859 Le texte suivant est signé d'un architecte fort célèbre, TRISCHLER, bien connu pour ses travaux à Brest. Il s'intitule « Amélioration de l'église de Plouarzel » et débute par un exposé de motifs.

« Plouarzel est une commune riche et importante à laquelle il manque une église suffisamment spacieuse et convenable. Celle qui existe n'a pour ainsi dire pas de bas-côtés tant ils sont étroits ; elle est basse comme toutes les anciennes églises rurales, n'a aucun caractère architectonique ni même religieux. Ce qu'il faudrait faire à cet édifice qui n'a de passable que l'entrée affectant les formes Renaissance, dont l'abside est masquée en partie à l'extérieur par la sacristie de disposition bizarre, ce serait une démolition complète y compris le clocher qui est bas et raide jusqu'au dessous de la première galerie, pour y substituer, sur un plan cruciforme, garni de deux sacristies aux côtés de l'abside, une église vraiment religieuse par la régularité, l'élégance et l'élévation de toutes les parties. Nous nous exprimons ainsi parce qu'en travaux publics les demi-mesures sont le plus souvent de mauvais moyens, plus gênants et plus coûteux en somme, mais dans la crainte que notre opinion soit trouvée trop hardie, vu la reconstruction inintelligente, nous ne pouvons passer le mot, faite il y a quelques années seulement, d'une partie de maçonnerie pour agrandir les chapelles latérales, nous avons divisé la réédification complète, nécessaire, indispensable, en deux parties : L'une comprenant l'élargissement des bas-côtés, la rectification des arcades, l'exhaussement général d'environ 3 mètres en deçà du transept ou mieux des chapelles latérales et le changement de la flèche. L'autre remaniant la partie supérieure de l'église pour s'harmoniser avec la partie basse. L'église nouvelle aurait ainsi 5 m de hauteur dans les bas-côtés et 11,50 m dans la nef. Elle pourrait contenir 400 personnes de plus que celle actuelle. Une autre combinaison serait possible et nous la préférerions même bien qu'en Bretagne surtout l'église soit incomplète sans un clocher élevé et élégant. Elle consisterait à ajourner ce dernier travail et à ne faire des deux opérations précitées qu'une seule et même entreprise. Dans cette hypothèse voici comment nous entendons les dispositions principales de la nouvelle église ».

1867

Le 1er février 1867 l'évêque donne son autorisation pour les travaux d'agrandissement de l'église en considérant que l'édifice n'est plus assez vaste pour contenir toute la population, que la fabrique a les ressources suffisantes pour entreprendre les travaux et qu'elle a sous la main un entrepreneur plein de probité, en l'occurrence le sieur JEZEQUEL, entrepreneur au Conquet. Cette autorisation est confirmée par le sous préfet quinze jours plus tard.

« Les chapelles latérales sont trop petites et ne sont nullement en rapport ni par les proportions, ni par le style avec le corps principal du bâtiment ». Il faut donc régulariser cette partie de l'édifice afin de redonner de la « dignité au temple » et se conformer aux désirs exprimés par l'évêque. Tel est le souhait du conseil de fabrique composé de CORNEN, président, RIOU, recteur, MAILLOUX, trésorier, TOQUIN, BILCOT et RICHARD.

1873 Réparation de la maison presbytérale. Mais tous ces travaux successifs grèvent les budgets et les déficits s'accumulent : 1 154 F en 1871, 6 154 F en 1872, 8 360 F en 1873, 8 854 en 1874. Cette situation financière est délicate d'autant que d'autres dépenses sont prévisibles : décorations à l'église et surtout nécessité de restauration ou de reconstruction de la chapelle de Trézien en fort mauvais état (reconstruction décidée en 1875). Le déficit budgétaire ramené à 2 528 F en 1875 permettent de penser que le conseil de fabrique a pris en compte la proposition de Jean Marie RICHARD d'acheter la maison et ses dépendances touchant le presbytère. La propriété en question appartient à l'église et son prix de vente est estimé à 6 500 F.

1878 Nécessité de refaire le pavé de l'église en très mauvais état. Les travaux (renouvellement de tout le pavage) sont confiés à M. ALLAIN, chef de chantier des tailleurs de pierre. Lors de la même séance, le conseil de fabrique décide de remplacer les bancs existants par des chaises, invoquant le fait qu'ils sont "un obstacle à ce que les cérémonies se fassent conformément aux prescriptions de l'église » ; le conseil décide encore de fournir les chaises aux particuliers, moyennant une indemnité annuelle de 2 F pour plus « d'ordre et de régularité ».

1889

Lors de la réunion d'avril du conseil de fabrique, un des membres soumet au vote la motion suivante : « Deux familles de la paroisse ayant largement contribué l'une au pavage de l'église et l'autre ayant donné un chemin de croix, je propose au conseil d'assurer quelques prières pour ces deux familles, par exemple une messe par mois pour chacune et d'assurer la fondation en affectant à cette fin la rente provenant d'une terre en Plougonvelin au village de Croas-mez ». Cette motion met en évidence l'importance des dons des paroissiens pour entretenir le patrimoine paroissial. Quelques années auparavant, en 1881, le conseil avait déjà voté une somme de 8,50 F pour un service annuel , le 3 décembre, à l'intention de tous les bienfaiteurs de l'église et des honoraires de 36 F pour dire une messe tous les premiers vendredi du mois, à l'issue de la première messe, autant que possible à l'autel du Sacré-Cœur, à l'intention des personnes qui ont contribué aux dernières restaurations de l'église.

Le 16 juin 1889, le dimanche de la Trinité, est érigé solennellement le chemin de croix en l'église de Plouarzel, par François OLLIVIER, supérieur du grand séminaire de Quimper en présence du clergé de la paroisse, de M. KERSINOU, recteur de Ploumoguer, M. KERBRAT, vicaire de Ploumoguer, et de toute la paroisse réunie.

1898

Un incendie détruit l'église...

L'incendie de l'église

« J'ai la douleur de vous annoncer que l'église de Plouarzel a été complètement détruite cette nuit. Impossible de savoir pour encore à qui attribuer ce malheur. Les soupçons se portent sur trois vagabonds à sinistres figures qui ont passé ici hier et ont fait des menaces, dit-on, dans certaines maisons où on ne leur donnait pas ce qu'ils demandaient. L'église est détruite excepté les murs. »

Cette lettre adressée par Gabriel BRETON, recteur de Plouarzel, au préfet constitue la première relation écrite de l'incendie qui ravagea l'église paroissiale dans la nuit du 10 au 11 août 1898. Dès le lendemain du drame, le quotidien régional « la dépêche », dans la rubrique nouvelles départementales se fait l'écho de l'évènement sous le titre «  PLOUARZEL : TERRIBLE INCENDIE » :

« Notre église a été détruite cette nuit en un clin d'œil par un incendie. Le spectacle était terrifiant, les flammes montaient plus haut que le clocher. Toute la population était sur pied. Elle n'a pu hélas que laisser le feu accomplir son œuvre de destruction. A 4 heures du matin, les pompiers de Saint Renan sont arrivés, mais tout était fini et ils n'ont eu qu'à éteindre les tisons de poutres de façon à préserver les maisons voisines. Tout le monde a certainement fait son devoir ; une mention spéciale est cependant due à Messieurs RAOUL, charron et BILCOT Pierre, cultivateur. On ignore les causes de l'incendie. »

Quelques jours plus tard, l'hebdomadaire « La semaine religieuse » dans son édition du 19 août informe ses lecteurs de la catastrophe en apportant des précisions sur ce qui a pu être sauvé : « Un cruel malheur vient de frapper l'excellente paroisse de Plouarzel : son église a été complètement détruite par un incendie dans la nuit du mercredi 10 au jeudi 11 août. Le feu a pris sous le clocher, près de la porte d'entrée, dans des conditions qui restent inconnues. Quand, vers minuit, on a aperçu les flammes, tout secours était inutile. Les prêtres ont pu enlever à temps les saintes espèces. Les vases sacrés et les ornements ont été également sauvés, la sacristie ayant été épargnée par le fléau. Les pertes restent considérables et sont couvertes, en partie seulement, par une assurance... »

Entre temps, l'enquête menée permet de définir les causes et les circonstances de l'incendie et c'est en ces termes que le recteur fait le 20 août son rapport à l'évêque : « Le bedeau de Plouarzel a fait des aveux complets, après le premier jour d'affolement. C'est lui, en allant huiler l'horloge, qui a mis le feu par la plus grande imprudence ; il croyait l'avoir étouffé mais malheureusement il n'en était rien puisque trois heures plus tard tout flambait. »

Passée la stupeur provoquée par la soudaineté et la rapidité de l'incendie, les paroissiens ont dû ressentir un grand désarroi de voir anéanti un édifice autour duquel s'organisait et s'articulait leur vie quotidienne. On peut aisément concevoir qu'après une probable période d'abattement, certaines réactions se soient manifestées. Ainsi la colère semble avoir animé certains d'entre eux qui n'épargnent pas la personne de leur recteur en lui attribuant une part de responsabilité dans la catastrophe, comme en témoigne ce courrier du 18 septembre 1898 adressé par messieurs MAGUEUR et LE GUEN à l'évêque :

« Le sacristain a fait des aveux complets, il est donc l'auteur du terrible incendie qui a détruit notre chère et belle église. Personne n'a été étonné : c'est l'homme le plus scandaleux du pays. Depuis près de deux ans, il est complètement alcoolisé, il est ivre jour et nuit, ne sait plus ce qu'il fait et ce qu'il dit. Le lendemain de l'incendie on le voyait encore ivre dans l"˜église incendiée. Cependant au grand scandale de toute la population, Monsieur BRETON l'a maintenu dans ses fonctions. Dans cette triste et malheureuse affaire, le grand coupable est notre recteur ; il aurait dû faire son devoir et congédier à temps ce malheureux sacristain et le grand malheur aurait été évité. Mais notre recteur préfère persécuter les braves gens et réserver ses faveurs et son indulgence pour toutes sortes de personnes. Il est bien triste de vivre aujourd'hui à Plouarzel. »

L'église provisoire

L'église étant complètement détruite et sa reconstruction devant nécessiter d'importants délais, il s'agissait d'édifier un lieu de culte de remplacement qui puisse à la fois être monté très rapidement et permettre d'attendre l'achèvement des travaux de réparation ou de reconstruction de l'église. La décision sera donc prise d'édifier un ouvrage en bois, pour assurer provisoirement le culte le temps que dureraient les travaux. C'est ainsi que dans sa délibération du 28 août 1898, « le conseil de fabrique de Plouarzel a reconnu l'absolue nécessité d'élever un bâtiment en bois, jusqu'à la reconstruction de l'église. Monsieur LE DAULT, architecte, a dressé les plans et devis s'élevant à la somme de 3 302 F et soumis à Monsieur SALAUN, entrepreneur à Kérinou qui accepte de faire le travail au prix du bordereau. Monsieur le maire de Plouarzel fait don de la somme de 3 000 F pour élever ce bâtiment, le reste sera aux frais de la fabrique. Les conseillers acceptent avec reconnaissance ce don et sont d'avis que la fabrique fasse le reste. »

Le témoignage de Joseph ARZUR, ancien bedeau de la paroisse, nous apporte quelques éclaircissements sur son emplacement et quelques précisions qu'il tient de ses parents : « Mon père et ma mère se sont mariés dans l'église en bois, qu'on appelait ça, en 1898. Elle avait été faite à l'emplacement du nouveau cimetière actuel, deux entrées avaient été faites pour y descendre. Une porte donnait dans le jardin du presbytère, les prêtres l'empruntant sans doute pour aller dans l'église. J'ai entendu mes parents dire qu'il y avait un chêne, là à côté, une cloche y était attachée, voilà toute la sonnerie de l'époque. »

Dans une lettre du 4 avril 1899 adressée au préfet demandant le passage du dossier de reconstruction de l'église lors de la session suivante du conseil général, le recteur justifie l'urgence en soulignant la fragilité du bâtiment provisoire servant de culte : « Les tempêtes si fréquentes sur nos côtes ont déjà mis en péril l'église paroissiale et menacent d'enlever la toiture. » Lors de la demande de subvention pour la reconstruction de l'église paroissiale, le procès-verbal des délibérations du conseil général dans sa séance du 11 avril 1899 reprend ces arguments comme en témoigne cet extrait : « Depuis cette époque (l'incendie), une construction en planches a été élevée pour les besoins du culte, et il y a urgence, en raison de l'état précaire de cet abri provisoire insuffisant, résistant avec peine aux violents coups de vent auxquels est exposée cette partie de la côte du Finistère, à édifier au plus tôt, un nouveau monument. »

Pour hâter le départ du chantier de reconstruction, dans une lettre adressée au préfet le 26 juin 1899, le recteur met une fois de plus l'accent sur la précarité de l'église en bois et le surcoût pouvant en découler : « Nous voudrions bien pouvoir commencer nos travaux à la fin de cette année pour n'être pas obligé de passer deux hivers de plus dans le bâtiment provisoire, ce qui pourrait être l'occasion de grandes dépenses imprévues, à cause des tempêtes si fréquentes sur nos côtes. » N'ayant par la suite pas trouvé trace de dégâts et de dommages subis par l'édifice, on peut penser que les vents et tempêtes si souvent invoqués l'ont miraculeusement épargné, lui permettant de remplir son office quelques années encore jusqu'à la consécration de la nouvelle église.

La reconstruction de l'église

Plusieurs mois ont passé depuis l'incendie du mois d'août. Des expertises, notamment auprès des assurances, ont été diligentées. A l'approche de la mauvaise saison et des risques de tempêtes, face à la fragilité de l'édifice provisoire mais aussi du clocher qui menace de s'effondrer (M. LE DAULT, architecte expert près de la cour de Rennes, venu, à la demande du maire, examiner le clocher conclut par la nécessité de procéder sans retard et, avant les pluies, à sa démolition, le feu en ayant complètement détérioré la base ET son maintien présentant de grands dangers). L'urgence de la construction s'impose.

Un procès-verbal d'expertise, daté du 27 août, chiffre les dégâts. On y apprend ainsi que la valeur estimée avant l'incendie est de 57 600 F et de 21 232 F pour le mobilier, le tout étant assuré auprès de deux compagnies d'assurance, pour un montant de 74 000 F. Les dommages subis sont quant à eux estimés à 48 468 F (50 % du bâti, près de 90 % pour le mobilier).

La reconstruction de l'église est confiée à l'architecte LE GUERRANNIC. Le 27 décembre 1898 il rédige son rapport en ces termes :

« La commune de Plouarzel forme une paroisse d'environ 2 400 habitants desservie par trois prêtres. L'église, dont les parties les plus anciennes ne remontent pas au-delà du XVIème siècle [le maire, LE BRAS, situe la construction de l'église en 1679 et 1680], a été restaurée par nous-mêmes à deux reprises différentes. La première fois vers 1860, l'on refit les murs extérieurs des collatéraux et du transept, plus tard vers 1873-74, l'on rebâtit le chœur, le chevet et la sacristie ainsi que la voûte en voliges de sapin et en berceau, pénétrant dans la charpente.

Cet édifice était en bon état de conservation et d'entretien lorsque, dans la nuit du 10 au 11 août dernier, le feu prit naissance dans la chambre de l'horloge et, en quelques heures, détruisit toutes les charpentes, les voûtes, les vitraux et le mobilier de l'église. Seule, la sacristie resta à peu près intacte.

Déjà nous avons eu l'occasion de reconstruire l'église de Trégarantec qui fut ruinée dans des conditions absolument identiques. Là, comme à Plouarzel, le peu de hauteur du bâtiment, la nécessité de jucher la chambre de l'horloge dans les combles, près de voûtes en bois se combinant avec les charpentes, le manque d'espace dans cette chambre, que l'on doit souvent fréquenter, muni d'une lumière, étaient autant de causes pouvant déterminer une catastrophe.

La fabrique de Plouarzel nous ayant invité à dresser et à rédiger les plans et devis de la reconstruction de l'église paroissiale, nous avons préalablement examiné attentivement l'état actuel des ruines et constaté que l'on pouvait conserver debout les murs neufs que nous avions précédemment refaits c'est à dire les murs extérieurs des collatéraux, ceux du transept et du pignon absidial. Le dallage en granit n'a presque pas souffert.

En conséquence, le projet que nous avons étudié est aussi bien, une grande restauration qu'une reconstruction proprement dite. Nous nous contentons d'exhausser les murs anciens afin de pouvoir substituer des voûtes en briques reposant sur des arcs de granit, aux voûtes en bois de sapin si facilement inflammables. Nous conservons le même style, les mêmes caractères tout en mettant un peu plus d'ordre et de pureté dans les détails.

Nous refaisons entièrement le clocher peu proportionné à l'importance de l'église et dont la partie supérieure subit de trop fortes oscillations lorsque l'on met à la volée les cloches, pourtant bien insuffisantes vu l'étendue de la paroisse. Nous profitons aussi de l'occasion pour agrandir le vaisseau, en établissant des chapelles de chaque côté du chœur, ce qui permettra aux fidèles, placés dans les bas-côtés et le transept, d'apercevoir plus facilement le maître-autel et de suivre les cérémonies qui s'y accomplissent.

Ce qui caractérisait l'église de Plouarzel c'étaient les pignonnets surmontant les fenêtres et le double transept, aussi gardons-nous cette disposition fréquente dans les monuments religieux de Bretagne. L'ensemble de notre projet s'élève à la somme de 83 782,54 francs mais si les ressources réalisées jusqu'à ce jour ne suffisent pas à l'exécution entière, on pourrait ajourner la construction de la flèche, ce qui ramènerait la dépense immédiate à 75 382,54 francs.

Pour la rédaction du devis estimatif, nous nous sommes servis des métrés et règlements de comptes de nombreuses églises que nous avons construites ou restaurées à proximité de Plouarzel, nous pouvons donc garantir la véracité de nos évaluations. »

Les sommes en jeu sont importantes ; le conseil de fabrique s'emploiera pendant les mois suivants à réunir les fonds nécessaires à la reconstruction de l'église. Le 1er janvier 1899, le conseil de fabrique se réunit pour faire le point sur le financement de l'édifice. Sont présents : René PETTON, Jean CLOITRE, François Marie BILCOT, François Marie KEREBEL, Tanguy TOQUIN, Pierre LE BRAS maire et Gabriel BRETON le recteur.

Les ressources disponibles de la fabrique sont ainsi énumérées :

  • sommes versées par les compagnies d'assurance :
    • « la Providence » 16 605,09
    • la mutuelle « Indre et Loire » 31 862,79
  • somme disponible en caisse 738,59
  • souscription de la paroisse 6 000,00
  • participation de la commune 1 000,00

Lors de sa séance du 5 février, le conseil municipal vote à l'unanimité la somme de 1 000 et décide pour avoir cette somme d'établir une nouvelle surtaxe, l'octroi de 10 F par hectolitre d'alcool pendant cinq années.

Aussi devant l'urgence absolue des travaux, le conseil décide de solliciter le ministre des Cultes pour l'obtention d'une subvention d'état d'un montant de 20 000 F. Cette demande recevra une réponse positive et un secours de 8 000 francs sera accordé à la commune de Plouarzel .

Les sommes attendues se font attendre et probablement les critiques sur le projet se développent. Le recteur, dans un courrier au vicaire capitulaire, défend la nouvelle construction et ne doute pas de trouver l'argent :

« Nous ne pouvons pas penser à réduire le plan de l'église dressé par LE GUERRANNIC. Le plan n'est pas luxueux, il est très convenable. Si le gouvernement veut bien nous accorder la somme de 8 à 9 000 F, je puis garantir que nous réussirons à faire le reste en nous adressant à quelques personnes charitables et au canton de Saint Renan, la plupart des communes étant disposée à nous venir en aide. Nous ne pouvons penser à vendre les biens de la fabrique si nous n'y sommes pas absolument forcés. Le tout n'est pas de bâtir ; il faudra aussi un mobilier convenable et dès que le plan sera approuvé, je compte solliciter du gouvernement de la république l'autorisation de faire un emprunt de 2 000 F à cet effet... Un autre hiver dans l'église provisoire nous mettra presque à nu, à cause des tempêtes si fréquentes dans nos pays de côte. Et quelle dépense s'il faut recouvrir l'édifice de nouveau !Je vais demander à la commune 2 000 F de plus et je pense que nous arriverons facilement à cette somme par la surtaxe sur les alcools ».

Le 5 février 1899, le conseil municipal vote à l'unanimité une somme de 1 000 F et établit une nouvelle surtaxe d'octroi de 10 hl par litre d'alcool pur pendant 5 ans. Cette surtaxe servira à reconstruire l'église paroissiale jusqu'à concurrence de 1 000 F et le surplus à la reconstruction du chemin du bourg à Saint Eloi.

Un courrier de l'évêché de Quimper, en date du 27 mai, ne se montre guère encourageant pour mener d'autres actions : « Quelque lamentable que soit votre situation, il serait inutile, à mon avis, de faire de nouvelles demandes auprès de monsieur le ministre des cultes tant que vous ne pourrez pas affirmer que vous possédez en fait la somme exigée pour que le Ministre puisse examiner les titres de la commune et de la fabrique de Plouarzel à la bienveillance du gouvernement (souligné dans le texte). Il faut donc que vous soyez plus expéditifs que les bureaux administratifs sont plus lents. » Et de conclure : « Mon cher recteur, vous n'êtes pas encore au terme de vos épreuves de bâtisseur, mais ne vous découragez pas, tout finit bien pour qui sait patienter. »

Le Conseil Général apportera une petite contribution de 500 F (décision du 11 avril 1899).

Le 5 mars 1900, le projet de reconstruction est enfin approuvé par le préfet du Finistère.

Le 30 août 1900, Alain HERRY, entrepreneur à Landivisiau, déclaré adjudicataire, s'engage à assurer les travaux pour un montant 79 710,75 F, montant ramené à 68 551,25 F par suite du rabais consenti par l'entrepreneur.

Le cahier des charges, très complet, donne deux années à l'entrepreneur pour exécuter les travaux. L'adjudicataire devra :

  • apporter les plus grands soins dans la confection de ses apparaux et échafaudages, étant bien entendu qu'il répondra seul des accidents qu'entraînerait leur mauvaise exécution , tant à l'endroit des travaux qu'à celui des personnes atteintes. (art 8)
  • pourvoiera à ses frais, risques et périls, aux transports des matériaux qui devront entrer dans la construction. Toutefois, il sera tenu d'accepter les transports que la fabrique pourrait faire effectuer et dont les prix sont fixés au devis estimatif...(art 9)
  • Il ne sera accepté que des matériaux de premier choix, soigneusement façonnés et mis en oeuvre selon les règles de l'art. L'entrepreneur déposera des échantillons des principaux matériaux qu'il se propose d'employer, notamment des pierres de taille, des ardoises, des bois (art 11).
  • La Fabrique et la Commune de Plouarzel procureront à l'entrepreneur le plus de place et de commodités possibles pour l'établissement de son chantier mais en retour il répondra aux dégradations commises, durant les travaux, aux murs d'enceinte et aux arbres du cimetière. On invitera les familles qui possèdent des tombes à proximité de l'édifice à reconstruire, à les enlever provisoirement et à leurs frais pour ne point gêner les ouvriers (art 15).
  • L'entrepreneur devra entretenir sur le chantier tous les engins et matériaux nécessaires et un nombre suffisant d'ouvriers. Il en augmentera le nombre et l'importance si la commission et l'architecte le demandent. Il congédiera immédiatement tout ouvrier donnant sujet de plainte, sans que ni lui-même, ni l'ouvrier congédié, puissent réclamer aucune indemnité à la fabrique (art 16).
  • Afin d'assurer une meilleure exécution des travaux, l'architecte se réserve le choix des ouvriers et artistes spéciaux qui exécuteront les sculptures, décorations, ...(art 19).
  • Il est entendu que les travaux seront suspendus les dimanches et jours fériés, sous peine d'amende de cent francs pour chaque contravention (art 20)


Le devis estimatif et descriptif nous apporte d'autres renseignements et précisions sur l'ouvrage :

Démolition

Dans la démolition sont compris le démontage du vieux clocher, la descente des cloches et leur suspension dans un beffroi provisoire. La plus grande précaution sera prise pour la préservation et la conservation du dallage actuel en granit. Il est convenu que les matériaux provenant de l'église à refaire appartiendront à l'entrepreneur, sauf les parties réservées et désignées ci-après, qu'il classera et numérotera exactement afin d'en faciliter le réemploi, à savoir :

  • Les cloches avec leurs accessoires
  • Le dallage de granit des trois nefs et du transept, la dernière assise des contreforts, les fenêtres avec leur gâbles, la corniche ; en un mot, toutes les tailles des deux bas-côtés dépassant le dessous de la corniche actuelle..
  • Au transept, toutes les tailles dépassant également les parties conservées, les quatre fenêtres latérales, le contrefort Sud et les parements extérieurs en granit des deux côtés du chœur, les deux éperons de l'abside, le parement et le gâble du pignon.
  • A la sacristie, les trois fenêtres, les deux lucarnes, les chaînes d'angle, le socle et la corniche en taille ainsi que les parements smillés. Tous les meneaux des fenêtres et la statue du patron (en façade). Les quatre archivoltes intérieurs du transept et les piles.

Pierres de taille

Les pierres proviendront des meilleures carrières de la commune , mais nullement des endroits marécageux. Elles seront de couleur et de grain aussi uniforme que possible, sans taches ni rouille. Pour les ornements il sera loisible à l'entrepreneur d'employer du granit fin de Guerlesquin , de Quimper ou autres similaires. Les parements seront taillés et ravalés avec les plus grands soins. Quant aux pierres provenant de la démolition et devant être réemployées, elles seront lavées à l'acide sulfurique et, au besoin, reblanchies. Les transports de la carrière à pied d'œuvre seront faits par les habitants.

Dallage

Le dallage du chœur sera en mosaïque vénitienne de marbre. Réparation probable du dallage de granit de la partie réservée au public.

Beffroi et flèche

Le beffroi et la flèche , à partir du dessus de la tablette et de la souche, seront en pierres de granite, posées et rejointoyées au mortier de chaux hydraulique et ciment, le ravalement étant exécuté avec la plus grande précision. Les souches et flèches des pinacles seront scellées au moyen de goujons en cuivre ou en cœur de chêne passé au feu et goudronné. Les habitants se chargeront du transport gratuit des carrières à pied d'oeuvre ; les opérations de chargement et de déchargement restant à la charge et aux frais de l'entrepreneur.

La croix finale sera en fer forgé carré de 0,035 avec des ornements dorés et le coq en zinc doré de 0,80 m.

Récapitulatif
Fouilles 96,70
Fondations 1 329,68
Maçonnerie 15 109,09
Pierres de taille 32 586,55
Voûte 9 188,81
Charpente 2 369,54
Couverture 7 168,51
Menuiserie 1 389,18
Serrurerie 341,20
Peinture 2 366,79
Dallage 1 490,00
Beffroi, flèche 8 000,00
Soit 81 435,75
Honoraires de l'architecte 4 071,79
Total 75 507,54
Déductions
Valeur des vieux matériaux cédés à l'entreprise 1 000
Transport effectués par les habitants 1 725
Moellons neufs 300
Sable 200
Divers : clous, bois, ardoises
Dépense définitive 83 782,53 F


Nous ne disposons guère de documents sur le déroulement des travaux ; on imagine l'énormité du chantier, l'activité au bourg de Plouarzel, les multiples allées et venues des charrois, la présence de nombreux ouvriers pendant des mois ; d'aucuns avancent le chiffre de 200 tailleurs de pierres et maçons pour la reconstruction des murs et du clocher. Un travail gigantesque quand on sait que le clocher culmine à quelques mètres !

Joseph ARZUR apporte une précision concernant la participation d'un artisan à la mise en place de la charpente : « Lors de la reconstruction, je ne sais pas qui a fait la maçonnerie mais pour la charpente, j'en ai entendu parler, c'est Laurent RAOUL qui l'a faite. Il habitait à côté de Pontarnou la maison qui actuellement a perdu sa toiture, il était coiffeur aussi. Toute la charpente a été faite à la main, il n'y avait pas de perceuse ni rien du tout, il n'y avait que le « taladur » (herminette) comme on dit. Et il savait travailler, car cela a été ajusté... »

Dès le début du chantier et au fur et à mesure de sa réalisation, des nécessités nouvelles et quelquefois imprévues apparaissent et entraînent un surcoût non négligeable. En témoigne ce supplément de dépenses de 5 464 F dus à des travaux motivés par :

  • Le creusement à plus grande profondeur (0,80 m) des fondations du clocher
  • La nécessité d'exhausser le transept de 1,30 m pour mieux le raccorder avec le grand corps
  • Le repiquage des parements de tailles conservés et qu'un simple lavage n'a pu harmoniser avec les tailles neuves.
  • Le remplacement de tous les anciens meneaux des fenêtres qui sous l'action du marteau tombaient en poussière.
  • La réfection d'une partie du dallage.

Une note du conseil de fabrique, datée du 6 janvier 1901 fait état de l'avancement des travaux de reconstruction, et fait remarquer qu'il est urgent de penser aux moyens de se procurer le mobilier, quasiment anéanti dans l'incendie. Un devis détaillé du mobilier a déjà été établi par l'architecte. Le président du conseil propose de réaliser un emprunt de 26 000 F pour l'achat du mobilier et précise que « la fabrique est, d'après les comptes des trois années antérieures, à même de justifier de la sortie des intérêts à payer ». L'emprunt ne sera réalisé qu'en fin novembre 1903.

Le 16 mars 1902, M l'abbé STEPHAN, curé doyen de Saint Renan, et sur délégation de Mgr DUBILLARD, évêque de Quimper et de Léon, érige et bénit les quatorze stations du chemin de Croix, avec « application de toutes les indulgences accordées par le souverain pontife à cette pieuse dévotion. » Le recteur précise que lors de la même cérémonie sont aussi bénies les statues placées à l'église, devant « un immense concours de fidèles de la paroisse de Plouarzel et des paroisses voisines. La procession a été splendide. Deux cent cinquante personnes portaient les stations et les statues. »

La réception provisoire se déroule le 29 juillet 1902, en présence de l'architecte Ernest LE GUERRANIC. L'ensemble des travaux s'élèvera finalement à 77 716,05 F en y comptant les honoraires de l'architecte et les travaux supplémentaires (nécessité d'une plus grande profondeur pour les fondations du clocher et rehaussement du transept de 1,30 m pour un meilleur raccord).

Le 29 juillet, le procès-verbal de réception provisoire des travaux est établi par l'architecte Ernest LE GUERRANNIC qui déclare : « Tout se trouve en état de recevabilité, intérieur et extérieur. L'entrepreneur a rempli convenablement les obligations que lui imposaient le devis et le cahier des charges.

Le 17 août sont bénies les trois cloches neuves et le 4 septembre a lieu la consécration solennelle de l'église paroissiale.

Description architecturale

Les éléments constituant ce chapitre sont extraits des fiches patrimoine établies par Marie BERTHOU, orfèvre en la matière, et qui a bien voulu nous faire profiter de son travail. Les dimensions extérieures donnent l'importance de l'édifice : longueur 38,40 m ; largeur 25,50 m ; hauteur hors clocher 13 m ; hauteur du clocher 36 m.

Les structures

En forme de croix latine, l'édifice comprend une nef de six travées avec bas-côtés, un transept large de deux travées avec double bas-côtés et un chœur de deux travées avec bas-côtés et chevet plat. Celui-ci est terminé par le mur-pignon Est. A l'extrémité occidentale s'élève un clocher-porche hors-œuvre, accosté au Sud d'une tourelle cylindrique abritant l'escalier d'accès à la chambre des cloches. La sacristie, hors-œuvre, à plan rectangulaire, est construite dans l'angle du bras Nord et du chœur ; elle possède un rez-de-chaussée et un comble à surcroît. L'intérieur est voûté sur croisée d'ogives ; les grandes arcades en tiers-point de la nef reposent sur les chapiteaux des piliers cylindriques. Les arcades sont surmontées d'oculi trilobés aveugles.

Elévations extérieures

Façade occidentale

Elle présente un portail couvert d'un arc brisé et surmonté d'une statue en kersanton représentant Saint Arzel, patron de la paroisse. Sur le socle de la statue, on peut lire une inscription datée gravée en creux : « SAINT ARZEL 1689 ». Tête nue et tonsurée, vêtu d'une chasuble, Saint Arzel conduit en laisse un dragon qui se tient à ses pieds ; c'est son étole qui lui tient lieu de laisse. Il tient celle-ci et un livre dans la main gauche tandis que la droite porte un objet qui peut représenter soit un goupillon, soit un rameau ou quelque autre symbole... Au-dessus de la porte se situe une fenêtre se situe une fenêtre en arc brisé, elle-même surmontée d'une horloge, elle-même surmontée d'une petite fenêtre rectangulaire.

Le clocher lui-même comprend :

  • un haut socle couronné d'une corniche portant un chêneau et garnie de gargouilles et d'une balustrade ;
  • une chambre des cloches, ajourée sur chacune de ses faces de baies superposées et couronnée d'une corniche portant un chêneau et garnie de gargouilles ;
  • une flèche orthogonale à jours, garnie à sa base de quatre baies adoptant la forme de lucarnes à fronton qui surmontent les baies de la chambre des cloches ;

La balustrade et la flèche sont cantonnées de clochetons.

Le faîte du clocher se termine par une croix en fer forgé de 0,38 m surmontée à l'origine d'un coq en zinc doré de 0,80 m. Celui-ci tombera le 24 juillet 1951 par un jour de grand beau temps durant la cérémonie de mariage de Joseph MINGANT et Jeanne PILVEN


Façades latérales Nord et Sud

Exception faite de la sacristie située dans l'angle du bras Nord et du chœur, elles sont symétriques et rythmées par le jeu des pignons qui se succèdent : pignons des fenêtres en lucarne, pignons des avant-corps pour les bras du transept. Les fenêtres à remplage sont couvertes d'un arc brisé et les portes, d'un arc en anse de panier. De nombreux contreforts se dressent aux angles des murs et en saillie entre chacun des pignons. Ils sont surmontés de gargouilles saillantes en forme de figures fantastiques. Dans son livre « Eglises et symboles », Maurice DILASSER les définit ainsi : « Figures de pierres destinées à rejeter l'eau au-delà des murs, les gargouilles ont des formes monstrueuses, disséminées autour de l'édifice, on peut les considérer comme les emblèmes des forces maléfiques qu'éjecte la sainteté du lieu sacré. L'église accueillante aux justes et aux pêcheurs tient à l'écart Satan et ses suppôts ».

Façade orientale

Elle est ajourée d'une grande fenêtre axiale encadrée de deux plus petites. Ces fenêtres sont du même type que celles des autres façades. Cette façade possède également des contreforts.

Couverture

Elle est constituée de toits à deux versants à pignon découvert, exception faite de ceux de la sacristie qui sont, l'un à croupe, l'autre en pavillon et de celui de la tourelle d'escalier au flanc Sud de la tour-clocher qui est conique et en granite.

Autres éléments autour de l'église

Le cimetière de Plouarzel

Avec l'église, la chapelle-ossuaire et le calvaire, le cimetière constitue l'une des pièces maîtresses de l'enclos paroissial ; il en occupe du reste le plus grand espace. Situé encore pour la plupart d'entre eux au cœur du village, il perpétue la présence des défunts dans la communauté. Avec ses tombes disposées tout autour de l'église, les disparus ne perdent pas le contact avec les vivants qui à l'occasion des offices s'y recueillent un moment.

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Le calvaire de l'église de Plouarzel

Le calvaire est situé dans l'enclos paroissial, à quelques mètres au Sud de l'église paroissiale. Il peut être daté de la fin 16ème , début 17ème siècle. D'une hauteur de 6 mètres, il associe deux roches : le granite, appelé granite de l'Aber Ildut, pour le soubassement, l'emmarchement, le socle et le fût d'une part et le kersanton pour le chapiteau, le croisillon, la croix et les statues d'autre part.

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La stèle christianisée de l'église de Plouarzel

Actuellement située dans la partie nouvellement aménagée du cimetière depuis son extension en 1981, une croix d'origine ancienne se dresse de toute la hauteur de ses trois mètres sur un emmarchement à deux degrés le long du mur Nord.

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Chapelle Saint-Yves et son ossuaire

Dans l'enclos paroissial de Plouarzel se dresse un édifice datant du XVIIème siècle comprenant un ossuaire accolé à la chapelle proprement dite. Ce bel ensemble en pierre de taille de granite, inscrit à l'inventaire des Monuments Historiques a été restauré fin 1994. La chapelle offre six arcades séparées par des pilastres. Un clocheton chevauche le toit. Le chevet est ajouré d'une fenêtre flamboyante.

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La Piéta de Plouarzel

Elément majeur de la statuaire de l'église paroissiale, la Pieta constitue avec les reliques, les saintes espèces et les vases sacrés, un des rares éléments de l'ancienne église à avoir été sauvés lors de l'incendie de 1898. Classée par l'Administration des Beaux-Arts, elle date probablement de la fin du 16ème siècle, début 17ème . Son auteur est inconnu. Le matériau utilisé est du bois peint (polychrome) et doré. Marie BERTHOU nous détaille avec une grande précision cette œuvre remarquable du patrimoine de la commune.

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Les cloches de Plouarzel

Les traces écrites les plus anciennes se rapportant aux cloches de l'église paroissiale ont été relevées sur les premières pages d'un gros cahier de comptes : " Le 31 juillet 1642, les cloches de la paroisse de Plouarzel furent fondues et le 15 août de la même année elles furent bénies. Et une des cloches fut nommée Claude par le seigneur de Langalla et mademoiselle de Kerveatous, parrain et marraine. »

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