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Américains à Ponta

Américains à Ponta
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Un article de : TAPAJ
Parution : Février 1993 et mars 1993
N° : 22 et 23
Auteur : Patrick Quintin


Les américains à Ponta (1917-1919)

Sommaire

Chronologie de l'installation du camp américain à Pontanézen

PONTY: Ce fut une construction gigantesque d'un camp de transit.

Novembre 1917 : Les possibilités d'accueil du port de commerce, l'évacuation des troupes par voie ferrée, la création de cantonnements ont fait de Brest la tête de pont du débarquement des américains en France. En attendant l'aménagement du camp de transit de Saint-Marc, la caserne de Pontanézen a été mise à leur disposition.

12 novembre 1917 : Le premier convoi américain (environ 12 500 hommes) plus une centaine de "marines" venant de Saint-Nazaire viennent prendre leur quartier à Pontanézen.

Fin décembre 1917 : L'édification de 30 baraques est autorisée afin d'augmenter la capacité car à l'origine seuls 2 000 hommes pouvaient s'y installer. Toutefois cette installation est provisoire.

21 janvier 1918 : Ouverture du camp "Hôpital 33" occupant 2 bâtiments de la caserne où François Vidocq Wikipedia-logo-v2.svg a été interné (voir TAPAJ n°21 ).

Début 1918 : Avec l'afflux des soldats américains, le camp s'étend autour de la caserne de Ponta.

Mars 1918 : II est décidé la construction de nouvelles baraques et l'installation de tentes (de 2000 à 10000 soldats), la base de Ponta s'agrandit.

Durant l'été 1918 : Le développement du camp de Pontanézen s'accélère. Des installations diverses (cuisines, magasins, chemins d'accès aux zones de campement, canalisations d'eau venant de la Penfeld) sont aménagées sommairement. L' "Hôpital 33" est agrandi.

Septembre 1918 : Des travaux sont entrepris pour l'installation d'un camp permanent pouvant accueillir 50000 hommes, mais avec la pluie le camp devient un bourbier.

Hiver 1918-1919 : La grippe dite "espagnole" frappe non seulement Ponta, Brest, mais aussi la France entière et ses combattants, décimant une partie de la population.

Début 1919 : Le camp américain s'étend sur 687 hectares. 850 bâtiments y ont été construits pouvant accueillir environ 50 000 hommes. Le camp de tentes peut abriter 35 000 hommes. Ces camps sont divisés en 16 sections autonomes possédant chacune leur cuisine et leur réfectoire pouvant servir 7 500 repas à l'heure. Ces sections sont reliées par des routes goudronnées. Les trottoirs sont réalisés par 120 kilomètres de caillebotis. L'électricité est fournie par 6 centrales. Des baraques supplémentaires sont construites près de l'hôpital permettant ainsi l'installation de 2 300 lits. Au plus fort de l'intervention américaine en 1919, on a enregistré le départ de 26 000 hommes et l'arrivée de 12 000.

Décembre 1919 : Avec la diminution de l'activité durant l'été, le camp de Ponta est fermé.

Les autres installations

Août 1918 : Création du camp de la police montée près de la Maison Blanche.

Avril 1919 : Le "Salvage Dépot" est transféré du camp de Ponta en bordure du chemin vicinal 7. Là, sont recyclés les déchets du camp de Ponta et sont réparés chaussures et vêtements.

Juin 1919 : La YMCA (Young Men's Christian Association) loue la brasserie de Kérinou qui devient une fabrique de crème glacée pour les "boy's".

Les conséquences sur la vie locale

La présence du camp américain à Ponta n'a pas eu que des retombées économiques sur Lambézellec.

Certes l' "US ARMY" a fait appel à de la main d'œuvre civile. Au "Salvage Depot", 395 françaises (dont 110 à la couture) travaillaient.

Avant sa fermeture, au camp de Ponta, entre 1 500 et 1 800 personnes s'occupaient des cuisines ou étaient plantons et estafettes. La population lavait le linge à domicile. Les terrains et bâtiments étaient soit loués soit réquisitionnés. Mais des indemnités étaient prévues en cas de dégâts. Les réquisitions étaient encore effectives au début de l'été 1919.

Par contre, des dégâts furent causés aux chaussées qui n'étaient pas construites pour le passage d'autant de véhicules chargés de matériel de guerre et des approvisionnements les plus variés: corned-beef, pâle-ale, tonnes de tabac blond, sacs de couchage, couvertures, toiles de tente, savonnettes, rasoirs, lits de camp etc...

Tout un bric-à-brac, qui pour une grande part constitua - pendant des dizaines d'années - la "liquidation des stocks américains".

Les routes, les chemins et les places étaient défoncés.

La circulation était réglée par les "MP'S" (Police Militaire).

Les cultivateurs de Mesmerrien et de Kergaradec ne pouvaient circuler. Les "MP'S" obligeaient les fermiers, les marchands, les bouchers de Lesneven ou Gouesnou à faire demi-tour.

Les commerçants et les paysans de Lambé, circulant sur le chemin de grande communication 65, déposent des réclamations à la mairie qui sont transmises au préfet maritime.

Les "faits divers"

D' autre part, le comportement des américains n'est pas toujours exemplaire. Malgré la multiplication des patrouilles françaises et américaines, les "boy's" se permettent de jouer du revolver pour s'amuser ou se procurer de l'alcool.

En mars 1918, deux américains volent du rhum dans une épicerie de Lambé en menaçant le personnel de leur revolver. Ils tirent, mais ils sont arrêtés.

En juin 1918, un "noir étranger" commet trois agressions de femmes, dont une blessée au couteau, pour tenter de leur faire subir les derniers outrages.

En 1919, la violence commise par les soldats américains augmente. Devant ce "Niagara" de dollars, des marchands ambulants, des "profiteurs" sont attirés. A des prix exorbitants, ils vendent des "souvenirs" les plus divers : pochettes, cravates, breloques, pipes, jumelles, etc... et bien entendu les "antiquités" et "curiosités" du folklore breton et de l'alcool.

Mais ils doivent s'installer à plus de 500 mètres du camp où ils louent ou achètent -à prix d'or- des parcelles de terrain sur lesquelles ils construisent des baraques, des "crêperies".

Au devant de ce flot kaki, il n'y pas que les "marchands" qui sont attirés. On note le développement considérable de la prostitution. En mai 1918, un arrêté municipal décide que toute femme surprise à rôder autour du camp sera considérée comme "femme de mauvaise vie et de mœurs".

L'existence du camp américain de Pontanézen a fait en 1918-1919 de Lambézellec la plus grande commune de France au niveau de la concentration américaine.

De Novembre 1917 à Novembre 1919 : 800 000 soldats ont débarqué à Brest. Au 1er Novembre 1919 : 1 200 000 ont été rapatriés depuis l'armistice.

TAPAJ n'a pas été le premier journal à être édité et distribué sur Ponta. De mars à août 1919, les américains du camp ont créé un bihebdomadaire : "The Pontanézen Duckboard" ("Duckboard" = caillebotis, le symbole du camp.)

Patrick Quintin


Voir aussi

1917, le jazz débarque à Brest

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