Domaines
Communes
Quartiers de Brest
Ressources
Communauté
Vie du projet
Autour de Wiki-Brest
Boîte à outils
Espaces de noms

Variantes
Actions
De Wiki-Brest
Aller à : Navigation, rechercher

1917, le jazz débarque à Brest

Décembre 1917, c'est à Brest que le jazz fait son entrée en France

Venu d'Amérique pour prêter main forte aux troupes françaises, un "brassband Wikipedia-logo-v2.svg" dirigé par le lieutenant noir James Reese Europe arriva à Brest le 27 décembre 1917, à bord du Pocahontas ; et c'est par une véritable entrée en fanfare que cette formation choisit de marquer son arrivée dans le port puisque sitôt à terre, les musiciens firent résonner dans toute la ville quelques airs fameux de ce genre musical encore inouï dans notre pays, le jazz.

Genre tellement nouveau d'ailleurs que lorsque ces hommes entamèrent une version syncopée et pleine de swing de la Marseillaise, soldats et foules de civils à terre restèrent bien embarrassés, car les musiciens jouaient avec tant de rythme et d'entrain qu'il fallut bien 8 à 10 mesures aux Français pour reconnaître leur hymne national.


Quel était donc ce musicien qui allait bientôt propager à travers le pays une musique pleine de liberté, propice à remonter le moral de populations minées par trois ans de boucherie ?

Jim Europe

Lors de l'entrée en guerre des États-Unis, James Reese Europe Wikipedia-logo-v2.svg était le chef d'orchestre de danse le plus réputé à New York : c'était lui qui, directeur musical du célèbre couple de danseurs Vernon et Irene Castle, avait initié le pays au fox trot ; son orchestre avait été la première formation noire à pénétrer dans un studio d'enregistrement en 1913 et à se produire sur la scène du Carnegie Hall en 1912. Il avait rejoint l'armée en 1915, non pas tant par sens patriotique ou par amour pour la musique militaire que pour contribuer à « réunir toutes les catégories d'hommes prêts à se battre au service de la communauté ».

Pour constituer le brassband le plus talentueux de son époque, Jim Europe avait recruté une soixantaine de musiciens originaires de Harlem et de Porto Rico, ainsi que des chanteurs, comédiens et danseurs les plus à même de divertir les troupes. Ces artistes s'étaient engagés dans le 15ème Régiment d'Infanterie de la Garde Nationale de New York, redésigné 369ème Régiment d'Infanterie en mars 1918. En souvenir de cette tournée européenne un peu particulière, le célèbre pianiste et chanteur Noble Sissle qui y tenait le rôle de percussionniste fit paraître en 1942 les "mémoires de Jim Europe".


ArriveeBrestJazz1917.png

Cet extrait des mémoires de Noble Sissle relate l'arrivée à Brest du régiment exclusivement composé de noirs américains, que les Français surnommèrent bientôt les « Harlem Hellfighters » . Notons à ce propos qu'ils furent totalement intégrés à l'armée française car la mixité entre noirs et blancs était à l'époque prohibée au sein de l'armée américaine.

Après avoir combattu pendant près de six mois, ils reçurent l'ordre à partir d'août 1918 de divertir les soldats dans les camps et les hôpitaux :

« Chaque fois que nous nous arrêtions pour croiser un train de troupes ou de blessés, nous descendions toujours et nous jouions volontiers, quand la situation le permettait, pour nos amis alliés, et nos efforts étaient récompensés par tant de cris de joie et de sourires que nous commencions à croire que notre mission en France était celle de distraire ceux qui avaient supporté l'horreur de la bataille » (Noble Sissle, Memoirs of Jim Europe, extrait)


RetourEtatsUnis BrestJazz1917.png

Après avoir bénéficié en 1918 du "paternalisme intéressé" de l'état-major français, les soldats du 369ème d'Infanterie retrouvèrent dès leur retour à Brest du 11 au 31 janvier 1919, la discrimination raciale pratiquée par les autorités américaines. Cet extrait de la biographie de James Reese Europe nous décrit leur confrontation au racisme, cet ennemi que certains soldats noirs américains estimaient "pire que les Allemands". Passée cette pénible attente à Brest ils purent enfin revenir aux Etats-Unis à bord du Stockholm. Le 17 février, plus d'un million de New - Yorkais les accueillirent triomphalement lors d'un défilé des troupes noires sur la 5ème avenue. S'en suivit une série d'enregistrements du "Hell Fighters Band" pour la marque Pathé, qui témoignent d'une liberté musicale réelle pour l'époque : syncopes et autres techniques jazzistiques naissantes abondent au sein de cette formation vouée à la musique militaire mais surtout inspirée par le blues et le ragtime orchestral. Fort de son expérience, J.Europe souhaitait que les musiciens noirs cultivent leur différence :

« Je suis revenu de France plus fermement convaincu que jamais que les noirs devraient écrire de la musique noire. Nous avons notre propre perception raciale, et si nous essayons de copier les blancs nous ferons de mauvaises copies.... Nous avons conquis la France en faisant une musique qui était la nôtre et non une pâle imitation des autres, et si nous devons nous développer en Amérique nous devons nous développer dans cet esprit. » (James Reese Europe, A Negro explains Jazz, extrait)

La carrière de J. Europe s'acheva cependant prématurément, car il mourut à Boston le 9 mai 1919 à l'âge de 39 ans, assassiné par un de ses musiciens.

En 1995 « A life in ragtime », biographie très complète écrite par R Badger tira de l'oubli ce pionnier du jazz surnommé par Eubie Blake le « Martin Luther King de la musique ».


Retrouvez Jim Europe à la discothèque municipale de Brest dans :

  • Early Jazz 1917-1923, Frémeaux, Frémeaux & Associés éditeur, 181
  • From cake-walk to ragtime 1898-1916, Frémeaux & Associés, 067

Enregistrements de 1919 réédités en cd en 1996 par Memphis Archives (MA7020) sous le titre :

  • James Reese Europe's 369th U.S.Infantry Hell Fighters Band

Sources

  • Sissle, Noble Lee : Memoirs of Jim Europe, Congress Library, 1932
  • Scott, Emmet J. : American Negro in the World War,Congress Library, 1919
  • Badger, Reid : A life in ragtime, a biography of James Reese Europe, Oxford University Press, 1995
  • Harris, Stephen L. : Harlem's Hell Fighters, Potomac Books, 2003
  • Southern, Eileen : Histoire de la musique noire américaine, Buchet/Chastel, 1992

Voir aussi

Outils personnels