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De Wiki-Brest

A comme Arrière-garde

Tout commence à l'Arrière-Garde
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La Penfeld, demeure la matrice autour de laquelle la ville s'est construite, ce « fjord » brestois divise la cité autant qu'il rassemble, au fond de celui-ci se trouve un territoire particulier, original, « originel » ou se conjugue le caractère brestois qui séculairement mêle la terre et la mer, l'une et l'autre se nourrissant mutuellement, le paysage est empreint de cette dualité féconde.

Ici l'arsenal, la construction navale, la marine royale installa son antichambre protégée par les murs des fortifications du Bouguen et de Quéliverzan: l'arrière-garde, nom militaire, lieu « armé », qui rappelle que ce lieu fût conçu au XVIIIe pour répondre à l'éventuelle menace des canons anglais, qui n'eurent de cesse de répondre à ceux des armées et marines françaises durant tout ce siècle (Guerre de succession d'Autriche, Guerre de Sept ans, Guerre d'Indépendance américaine). Mais laissons là, ce visage maritime et militaire sur lequel nous aurons l'occasion de revenir, passons les hauts-murs fortifiés, empruntons comme d'autres l'on fait avant nous les chemins sinueux des rives de Penfeld et pénétrons sur le territoire de ce qui est aujourd'hui Bellevue.

Aujourd'hui ce vallon d'oxygène, ou voisinent les terrasses engazonnées, les contreforts arborés, les jardins familiaux et autres aires de jeux pour enfants et parcours sportifs, demeure au delà d'un théâtre de verdure aux couleurs des quatre saisons, un lieu propice à la rêverie, l'évasion. Regards d'aujourd'hui aux impressions d'hier, comme nous y invite la promenade Chateaubriand: Ici une stèle de granite de Combourg, pays qui vu naître l'écrivain, nous rappelle cette année 1783, lorsque François René Chateaubriand,

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alors jeune homme, séjourna à Brest (il était « soupirant » au grade d'aspirant, dans la Marine). Le jeune homme, romantique, voyageur de l'âme nous invite à sa propre évasion: « là, ne voyant plus rien qu'une vallée tourbeuse, mais entendant encore le murmure confus de la mer et la voix des hommes, je me couchais au bord de la petite rivière, tantôt regardant couler l'eau, tantôt suivant des yeux le vol de la corneille marine...Je tombais dans la plus profonde rêverie... » (Mémoires d'Outre-Tombe - Chateaubriand).

Le rêveur solitaire ne fût pas le seul à succomber à la douceur des paysages environnants, le XVIIIe voit fleurir sur les rives tortueuses du fond de la Penfeld, nombre de demeures de plaisance de la bourgeoisie brestoise du négoce, du commerce: les bastides. Jacques Cambry, commissaire des sciences et arts, en 1794, effectue un voyage à travers le Finistère et nous les dévoilent: « ...Les rives de la rivière sont solitaires, on y voit cependant, d'espace en espace, des jardins, des jolies bastides où les laborieux habitants de Brest se reposaient les jours de fêtes.. » (« Voyage dans le Finistère, voyage d'un conseiller du département charger de constater l'état moral et statistique du Finistère en 1794 » - Cambry)

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Ces domaines de plaisance, ces « maisons » de campagne sont nombreuses sur les deux rives de la Penfeld, les bastides du XVIIIe de Messire Tremblay, de Vassal, Bordenave, Saupin ou Riou-Kerhallet, succèdent au canevas de terres nobles qui bordaient précédemment la Penfeld comme l'évoque Noël Spéranze dans son « Brest » (BREST - editions Armorica - 1939) Le XIXe transformera ses domaines en quelques manoirs: Kerhallet, Quizac-Kerguerec...Nous évoquerons ceux-ci dans des pages ultérieures. Peu de traces subsistent de ces grands domaines du XVIIIe, exception faite de celui de Kervallon.

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Jusqu'en 1788, le domaine est la propriété du Marquis de Fayet, seigneur de Peychaud et de Liversan, lieutenant du régiment des Gardes Françaises.Le domaine est vendu à Jean-François Riou, sieur de Kerhallet, le 2 décembre 1788. Riou-Kerhallet, Riou de Kerhallet, négociant-armateur, fils d'un marchands de vin de Châteauneuf du Faou, amasse une fortune considérable grâce a son commerce avec la marine et à la guerre de course durant la guerre d'Indépendance américaine, la Révolution et l'Empire, fruit de cette réussite « l'appropriement » du domaine de Kervallon pour la somme de 15 000 livres. Associé à la propriété et aux terres s'y afférentes, il développe en bord de Penfeld,un site « industriel » propre à son « labeur » d'armateur: cales, quais, tannerie etc... La propriété nous est connu par les actes notariés disponibles dans les fonds d'archives (acte de vente du 2 décembre 1788, fonds du notaire Le Gonidec, archives départementales du Finistère), elle se présente comme: « un corps de logis composé de plusieurs appartements et autres bâtiments et terrains y attenants formant le manoir principal dit la bastide de Kervallon, ensemble de jardins, avenues, cour, basse cour, masure, plantations et autres terrains en dépendant », elle est limitée par la Penfeld « où se trouve la cale dépendant de ladite bastide à gauche en entrant du port dans le rivière » et « par la bastide d'un autre négociant armateur, Joseph-André-Charles Tremblay »; par la ferme de la «Jument blanche », à l'ouest; les fortifications de Quéliverzan (dont nous parlerons, plus tard) fermant la propriété à l'est. La propriété demeure dans la famille jusqu'au XIXe, par la suite elle se présente comme un domaine agricole exploité par plusieurs agriculteurs et ouvriers agricoles, occupés aux cultures maraichères destinées au marché brestois tout proche: Parmi ces agriculteurs, employés agricoles, une partie de mes aïeuls.

KERVALLON, début XXè

le domaine vers 1900

Ceux-ci arrivèrent à Brest dans le courant du XIXè, ils fuirent une terre qui ne pouvaient plus les nourrir et se rapprochèrent de la cité du Ponant, ruche vivrière riche en promesses d'avenir. De génération en génération, ils allaient quitter la glèse pour emprunter les voies plus maritimes que proposées la ville-port, son arsenal et la marine. Certains foulèrent les ponts des navires de la Royale et s'embarquèrent alors dans des voyages qui les conduisirent dans les nombreux territoires exotiques que comptaient alors « l'empire »: Afrique (Madagascar), Asie (Tonkin, Chine); d'autres s'engagèrent à construire les navires empruntaient par leurs frères, cousins et amis: maniant le marteau et l'enclume ils devinrent « ouvriers du port ». C'est ainsi que mes aïeux, paysans, sans terre, pour la plupart d'entre-eux, arrivant de la côte nord ou de l'autre côté de la Rade, s'installèrent à Brest. Mes arrières grands-parents ont connus ces changements, ils sont les premiers nés à Brest, enfin plus exactement Saint-Pierre et Lambézellec: Hervé Le Moign, mon arrière grand-père, natif de Kérésséis se marie avec Marie Philipot, tous deux optent pour la ville. Lui, après une « aventure » militaire forcée, le service militaire, où, hasard de l'histoire, il sera ordonnance du futur Maréchal Joffre, alors capitaine, s'engage au port. Elle, ne semble pas plus attirée vers la terre et s'engage comme employée de maison chez « les bourgeois » de la ville : rue Foy. C'est à cette adresse où habitent de nombreuses familles fortunées que naîtra ma grand-mère Yvonne Le Moign, à qui je dois certainement ce goût pour l'histoire ou les histoires...Le reste de la famille demeurera au domaine, la maladie emportera la plupart d'entre eux


une partie de la famille


Le domaine reste longtemps un domaine d'agriculture, l'anse et les installations "portuaires" sont achetées par la Marine. Éloignée des zones d'activités de l'arsenal, les magasins sont peu à peu abandonnés. La guerre de 1914 redonne une certaine vie au site, celui-ci est transformé en hôpital temporaire. Plus tard en 1940, Jean Perrigault, lieutenant de réserve, journaliste de son état, s'y installe avec 102 travailleurs marocains, occupés à l'arsenal. Les nouveaux habitants adjoignent aux restes des jardins magnifiques, des terrasses, naguère peuplées de statues une mosquée et un café maure... Peu de traces subsistent de cette vie passée, espérons que ces quelques lignes en ravivent le souvenir au promeneur solitaire d'aujourd'hui.

Hugues Vigouroux

dernière à droite, en bas, ma grand-mère, au-dessus, 2 rang plus haut, 3ème en partant de la droite, sa mère, mon arrière-grand-mère
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