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La Révolution de 1789 à Brest - Lieux de mémoire : Différence entre versions

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''Bâtiment aux Lions et prison de Pontaniou''
 
''Bâtiment aux Lions et prison de Pontaniou''
  
Construit entre 1807 et 1809 sous la direction de Jean Nicolas Trouille, le bâtiment aux Lions est érigé sur l’emplacement du http://www.wiki-brest.net/index.php/Mod%C3%A9lisation_et_%C3%A9volution_du_vallon_de_Pontaniou conçu par Choquet de Lindu entre 1732 et 1736. La levée de Pontaniou est un pont-digue de 58 mètres de longueur pour 10,5 mètres de profondeur et d’une vingtaine de mètres de hauteur. Cette chaussée va permettre l’exploitation des Capucins, monastère désaffecté après la Révolution puis en 1842, la construction d’un premier ensemble de nefs industrielles. Les anciennes chaudronneries subsistent encore aujourd’hui et abritent la grande médiathèque. Se substitueront (hors chaudronneries) aux nefs précédemment construites, les grandes nefs achevées en 1865.  
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Construit entre 1807 et 1809 sous la direction de Jean Nicolas Trouille, le bâtiment aux Lions est érigé sur l’emplacement du Refuge Royal conçu par Choquet de Lindu entre 1732 et 1736. La levée de Pontaniou est un pont-digue de 58 mètres de longueur pour 10,5 mètres de profondeur et d’une vingtaine de mètres de hauteur. Cette chaussée va permettre l’exploitation des Capucins, monastère désaffecté après la Révolution puis en 1842, la construction d’un premier ensemble de nefs industrielles. Les anciennes chaudronneries subsistent encore aujourd’hui et abritent la grande médiathèque. Se substitueront (hors chaudronneries) aux nefs précédemment construites, les grandes nefs achevées en 1865.  
  
 
Place alors à la Révolution Industrielle.  
 
Place alors à la Révolution Industrielle.  

Version du 15 octobre 2019 à 20:57

La Révolution de 1789 à Brest - Lieux de mémoire

Contexte et naissance de la Révolution

À la veille de la révolution, Brest demeure une ville enserrée dans les murs achevés en 1692, à l’instigation de Vauban. Au nord, au-delà des glacis, s’étendait l’immense paroisse de Lambézellec (au début du 19ème siècle, cette commune a encore une superficie de 2018 ha.).

La paroisse était alors traversée par « le grand chemin » (aujourd’hui rue Jean Jaurès) construit en 1755.

Plan de la ville en 1777 par Nicollin, architecte (Archives Municipales de Brest)

Le cimetière construit en 1689, intramuros, à Prat ar Venig va déménager en 1794 à l’extérieur du rempart, à Kerjean Vras, aujourd’hui le cimetière Saint-Martin.

De la porte de Landerneau, par les glacis, vers le grand chemin (Archives Municipales de Brest)

En 1787, la France est financièrement exsangue. Les différentes réformes successives esquissées depuis l’arrivée sur le trône de Louis XVI n’ont pas permis d’assainir les finances. Plus encore, l’intervention française dans la guerre d’Amérique a englouti la moitié du budget de la France.

Le dernier impôt proposé à l’assemblée de notables issus de la Noblesse et du Clergé ne passe pas. Implicitement, ce refus va conduire à la réunion des Etats Généraux. Tombés en désuétude depuis 175 ans, les états généraux seront précédés de la rédaction des cahiers de doléances. Le royaume entre en ébullition politique. Le doublement de la représentation du Tiers Etat et son corollaire, le vote par tête sont réclamés.

Règlement électoral pour l’élection des représentants (Archives de Brest Métropole)

En mars et avril 1789, se tiennent donc dans tout le royaume les réunions qui sur la base du règlement électoral promulgué en janvier 1789 doivent aboutir à l’élection des députés aux États Généraux. Après avoir touché la Bretagne pendant l’été 1788, la colère gronde maintenant partout en province en raison d’une crise persistante des subsistances.

Pour participer aux assemblées de base du Tiers État, il faut être de sexe masculin (mais les veuves sont admises en tant que chef de feu), être domicilié, être âgé de 25 ans et inscrit au rôle des impositions.

Pour la sénéchaussée de Brest, ce sont 30 représentants de la ville et 170 des paroisses rurales qui vont élire deux députés. Les 30 représentants brestois sont tous d’origine bourgeoise (avocat, négociant, marchand, armateur...). Beaucoup sont issus des loges maçonniques « L’Heureuse Rencontre » et « les Élus de Sully ».

Ouverture des États généraux à Versailles

Gravure d’Isidore Stanislas Helman d’après un dessin de C. Monet (BNF)

La salle des Carmes est seule suffisamment grande pour accueillir les 200 personnes. L’avocat brestois Laurent François Legendre est élu dès le premier tour. Le deuxième député n’est élu qu’au 3ème tour : Ildut Moyot, armateur à Lanildut.

Les nombreuses assemblées qui se réunissent doivent rédiger des cahiers de doléances. On compte ceux de la sénéchaussée, ceux des paroisses, ceux des métiers. S’y expriment des doléances particulières mais aussi d’autres plus générales ayant trait au royaume.

On y trouve ainsi l’abolition des droits seigneuriaux, le problème du logement des gens de guerre, la suppression de certaines corvées et de la justice seigneuriale en particulier celle des du Châtel. S’y ajoutent le respect des libertés individuelles, l’abolition de la torture, la liberté de la presse et de la propriété. La liberté « garantie à tous les français » est l’exigence suprême.

Legendre et Moyot font route. Rappelons qu’il faut entre quatre et cinq jours pour rallier Versailles.

Début juin, on procède à Brest à l’élection d’un nouveau maire. Branda, un négociant est élu.

Le 18 juillet parviennent à Brest, les nouvelles du renvoi de Necker et d’échauffourées parisiennes. Celle de la prise de la Bastille arrive à Brest le 20 juillet.

À Brest, le bruit court que les canons du château ainsi que d’autres aux carrefours sont braqués sur la population. Comme à Paris, un conseil général de la commune est formé et se tient en lieu et place de la municipalité. Il est composé de cent membres (officiers municipaux, électeurs, représentants des corps et corporations, militaires.) et est présidé par l’ancien maire Branda. Une milice destinée au maintien de l’ordre est créée. Elle prend le nom de « garde nationale de Brest ». 4000 gardes nationaux en font partie.

Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur Marquis de Launay par Anonyme (musée du Château de Versailles)

Dans les campagnes, les paysans se révoltent et s’attaquent aux châteaux.

« La grande peur » se répand dans les campagnes. Pour rétablir le calme, l’Assemblée vote l’abolition des privilèges dans la nuit du 4 août 1789 puis, le 26 août, rédige la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Brest accueille très favorablement la Révolution même si le pain manque. La garde nationale aura pour mission de se rendre en Trégor pour s’en procurer.

Le 26 février 1790, les députés bretons créent les départements et décident de nommer Quimper, chef-lieu du département du Finistère en lieu et place de Brest pour lequel on pense que son prestige de grand port militaire suffit amplement.

En mars 1790, selon le décret de l’Assemblée Nationale du 14 décembre 1789, un nouveau maire est élu : le citoyen Malmanche. Celui-ci prête alors serment, non plus en l’église Saint Louis mais sur la place du château où a été élevé l’autel « À la patrie ». 24 membres d’une loge maçonnique sont élus au conseil de la commune. C’est une victoire de la bourgeoisie.

Vue de la place du château et de l’autel « À la patrie » (Archives de Brest Métropole)

Frontispice d’un décret de l’assemblée nationale (document SHD)

Forte de 150 membres, la société des amis de la constitution affiliée au club des jacobins de Paris est créée avec pour but d’éduquer le peuple sur ses intérêts mais également à la vigilance au respect des lois. Elle regroupe des « jeunes citoyens », ouvriers, matelots, des francs-maçons « patriotes ».

Des « jeunes citoyens », fils de bonne famille participent à la fête nationale au champ de mars, le 14 juillet 1790.

Aux frontières, la guerre menace. Au port, fautes de peu de commandes de construction de navires, la grève couve. Réduction du temps de travail hebdomadaire à trois jours, non-paiement des salaires : matelots, soldats, ouvriers, employés entrent en contestation. Les officiers nobles sont brocardés. On entend « les aristocrates à la lanterne ».

En septembre 1790, à la suite de la lecture du décret de l’assemblée constituante rétablissant la peine de mort pour un coup porté à un officier, une mutinerie éclate à bord de plusieurs vaisseaux. 2000 marins descendent à terre pour porter leurs doléances à l’hôtel de ville.

La mutinerie éclate à bord des vaisseaux L’America, Le Majestueux, Le Léopard. A gauche, les marins s’apprêtent à se rendre à l’hôtel de ville. En arrière-plan, le bassin Tourville et la tour de l’horloge.

Détail d’une gravure de Berthauld

Gravure sculptée par Berthauld (BNF)

Les ouvriers de l’arsenal obtiennent le droit de vote en septembre 1790.

1791 La Chute du Roi

Louis XVI et la famille royale s’enfuient et sont arrêtés à Varennes le 21Juin 1791.

Arrestation du roi et de sa famille à Varennes, détail d’une gravure de Prieur.

Louis XVI loge désormais au Palais des Tuileries mais cet événement marque la rupture entre le peuple et son roi.

À Brest, l’anticléricalisme reste profond. De fait, la constitution civile du clergé, l’abolition des ordres monastiques (Carmes, Capucins), la confiscation des biens de l’église donnent satisfaction aux brestois. C’est un brestois, Monseigneur Expilly qui est désormais évêque du département. Les prêtres doivent prêter serment à la constitution. Nombre d’entre eux refusent. Dans le diocèse du Léon, on compte 380 prêtres réfractaires contre seulement 24 prêtres assermentés. La campagne s’oppose à la ville.

Les populations rurales prennent fait et cause pour leurs abbés. 76 prêtres réfractaires sont emprisonnés au château en juillet 1792. Les plus valides sont déportés vers l’Espagne.

La marine est également désorganisée. 50 % des officiers et les 3⁄4 des capitaines sont partis. Depuis la fuite du roi, les tensions entre officiers et la population vont grandissantes. Aux abords de la place du champ de bataille rebaptisée « place de la Liberté », un jeune officier, Patry, caricature « l’autel de la patrie » érigé sur la place. Extrait par la foule de « la Brasserie de la Marine », il est d’abord pendu puis décapité.

À Paris le 10 août 1792, les « sans culottes » prennent d’assaut le palais des Tuileries où la famille royale a trouvé refuge. Le roi et sa famille sont emprisonnés au Temple. La monarchie est renversée. Les fédérés finistériens dont 97 brestois prennent part au côté des « sans culottes » parisiens dans cet affrontement. Le déchaînement de la violence parisienne choque les volontaires brestois.

La prise des Tuileries le 10 août 1792, tableau de Jean Duplessis-Bertaux, (musée du château de Versailles).

Les révolutionnaires s’opposent alors dans la conduite à tenir : certains sont partisans d’une monarchie constitutionnelle (le pouvoir du roi partagé avec l’assemblée nationale), d’autres les Montagnards, dont Robespierre, Danton et Marat sont partisans de poursuivre la révolution et de la diffuser dans le monde entier.

Début juin, certains députés bretons dont trois finistériens sont décrétés d’accusation. Le directoire départemental décide avec l’accord des autres départements bretons d’envoyer une force armée à la Convention. La Montagne envoie contre eux une armée de « Sans-Culottes ». L’affrontement a lieu à Pacy sur Eure, le 13 Juillet et se solde par la défaite des fédérés bretons. Brest, la Girondine se prépare à des représailles.

Le 22 septembre 1792, le lendemain de la victoire de Valmy, la première République est proclamée par la nouvelle Assemblée, la Convention.

Plan de la ville en 1777 part Nicollin, architecte (Archives Municipales de Brest)

La place du champ de Bataille rebaptisée place de la Liberté où fut érigé « l’Autel de la Patrie ». Il y fut aussi planté le 14 juillet 1792, l’arbre de la Liberté qui fut abattu en 1816.

À Paris, l’Assemblée est maintenant divisée en trois courants: les Girondins, la Plaine et les Montagnards. Soutenus par la Commune de Paris, « assemblée » de « sans-culottes » issue de l’insurrection du 10 août, les Montagnards vont prendre le pouvoir.

À l’aube de 1793, la France se prépare à entrer en guerre avec toute l’Europe. Néanmoins, l’abattement de la population brestoise est grand quand il entend la nouvelle de l’exécution du roi, le 21 janvier 1793. Le 15 janvier 1793, les députés avaient voté à une écrasante majorité la culpabilité du roi mais sur les 721 députés, ce sont 361 qui se prononcent pour « la mort sans condition », soit la majorité absolue plus une voix.

La France est en guerre avec presque toute l’Europe. Pour faire face aux besoins, la Convention lève alors une armée de 300 000 hommes. La conscription va heurter les populations. Dans le Léon rural, déjà enclin à protéger les prêtres réfractaires, la décision du tirage au sort va entraîner rapidement la révolte. Les paysans prennent les armes. Les bourgs de Plounéventer, Ploudaniel, Guissény, Kerlouan ainsi que Plouguerneau et Plouzévédé sont occupés militairement par les soldats du général Canclaux aidés de volontaires brestois. Les maires de ces deux dernières communes, Barbier et Prigent sont emprisonnés au château.

Les réfractaires au nombre de quelques milliers se regroupent dans la région de Saint Pol de Léon. Le 14 mars, ils affrontent une armée de 1800 hommes dirigée par le général Canclaux. Au pont de Kerguiduff, l’affrontement est terrible. Sous la mitraille, les paysans laissent plusieurs centaines de victimes. S’ensuit une répression. Plusieurs révoltés sont fusillés et plusieurs communes dont Plouescat et Sibiril sont soumises à une très forte amende. Aucun volontaire pour la conscription ne s’y était présenté.

Les Montagnards prennent le pouvoir. Soutenu par les « sans culottes », un comité de salut public destiné à surveiller l’action du gouvernement est créé. Robespierre en en est le président.

« Onze armées à diriger, partout des traîtres à démasquer, des administrateurs infidèles à surveiller, partout à aplanir des obstacles et des entraves à l’exécution des plus sages mesures ; tous les tyrans à combattre, tous les conspirateurs à intimider : telles sont nos fonctions. »

Discours de Robespierre, le 25 septembre 1793

La Terreur (1793/1794)

La Montagne ayant triomphé, « l’Autel de la Patrie » est remplacé place de la Liberté (Place Wilson) par une construction figurant «La Sainte Montagne ».

Dans la Marine, l’indiscipline règne à bord des vaisseaux. Les anciens officiers sont remplacés par de nouveaux inexpérimentés. En novembre 1793, quatre délégués de La Convention arrivent à Brest pour réorganiser la marine. Jean-Jacques de Brehart, Tréhouart de Beaulieu, Jean Bon Saint- André et Prieur de la Marne logent à l’hôtel Saint Pierre. Jean Bon Saint- André est depuis le 12 juin, membre du comité de salut public et a participé à l’élection de Robespierre à sa présidence. Après la destitution de Morard de Galles, Jean Bon Saint-André nomme Villaret-Joyeuse au commandement de la Marine.

Vue du port de Brest en 1793 par Jean François Hue (Musée de la Marine, Paris)

L’ingénieur constructeur naval Jacques Noël Sané présente le plan d’un navire à Prieur de La Marne (Musée de la Marine, Paris)

Courrier adressé à Prieur de la Marne, représentant du peuple à Brest (SHD)

La mairie est maintenant aux mains des « sans culottes » brestois (ouvriers du port, marins, artisans, employés). Le bonnet phrygien, coiffure portée dans l’antiquité par les esclaves devenus libres est adoptée par les sans culottes.

Le 10 nivôse an II (30 décembre 1793), Jean Bon Saint-André prononce de la chaire de l’église Saint Louis un violent discours pour inaugurer le nouveau temple de la Raison en lieu et place de l’église. La foule saccage le sanctuaire: la chaire elle-même, un tabernacle en marbre, les confessionnaux, la rampe de communion offerte par les chevaliers de Saint Louis et s’en prend même à la tombe du chevalier Du Couédic de Kergalouer, décédé à la suite de ses blessures. Le 6 octobre 1779, « La Surveillante» qu’il commandait avait rencontré en Manche l’ennemi anglais.

Robespierre s’opposait pourtant au vandalisme des églises.

Vient le temps des dénonciations. Jean Bon Saint-André avait comme mission de remettre de l’ordre dans un pays où «pullulaient les conspirateurs aidés par les nobles, les prêtres et toutes sortes de contre-révolutionnaires soudoyés par l’or anglais. »

Alphabet de la dénonciation (Archives de Brest Métropole)

En janvier 1794, le représentant de la Convention, Laignelot accompagné de l’exécuteur Ance (surnommé « le vengeur du peuple ») arrivent à Brest. L’ancienne chapelle de la Marine renommée temple de la Concorde devient le siège du tribunal révolutionnaire, portant au fronton de sa façade, l’inscription « justice du peuple »

Laignelot choisit dans un premier temps trois juges qui siègent pour la première fois le 9 févier 1794. La guillotine est dressée depuis l’aube place de la Liberté (aujourd’hui « place Wilson »). Les premiers guillotinés sont trois jeunes officiers. Un roulement de tambour annonce aux brestois que justice est faite. Les trois juges considérés comme trop faibles sont rapidement remplacés. Leur succèdent, Ragmey, Donzé Verteuil et Bonnet ex-collaborateur de Fouquier-Tinville.

Le 7 mars a lieu l’installation du nouveau tribunal révolutionnaire comparaît Henri Broustail, négociant, juge consulaire et administrateur de Morlaix qui « a décrié le papier-monnaie et correspondu avec des émigrés ». La guillotine a été déménagée place du château rebaptisée «place du triomphe du peuple », le château étant lui appelé « fort la loi ».

Ordre a été donné de fournir également un panier d’osier à la toile peinte en rouge ainsi qu’une charrette pouvant transporter huit personnes assises.

Lettre du jugement d’Hervé Broustail, signée de l’accusateur public, Donzé Verteuil (Archives de Brest Métropole)

Pour la greffe, accusé d’exécution de la peine (Archives de Brest Métropole)

188 personnes vont comparaître devant ce tribunal du 21 pluviose au 24 thermidor : personnes soupçonnées d’avoir un lien avec des émigrés, prêtres réfractaires, nobles, officiers ayant prononcé des paroles contre- révolutionnaires. 72 seront envoyées à l’échafaud pendant cette courte période. D’autres sont déportés.

Citoyens nobles, Jean Marie Gléau père et Charles Marie Joseph Gléau fils condamnés à la déportation : jugement du tribunal révolutionnaire signé de Donzé Verteuil. (Archives de Brest Métropole)

Les biens des émigrés et des condamnés sont confisqués au profit de la Révolution.

Document Archives de Brest Métropole

Dans le document ci-dessus (Archives de Brest Métropole), les biens des ascendants des émigrés sont également « partagés » avec la nation. Sont également « vendus » les biens ecclésiastiques. Ci-dessous, il s’agit du presbytère de l’église de Saint Sauveur à Recouvrance.

Donzé Verteuil s’acharnait particulièrement contre les prêtres réfractaires et ceux qui les cachaient. Le Léon demeurait hostile à la révolution.

Les personnes condamnées étaient enfermées au château dans des conditions épouvantables d’insalubrité.

Une des tours Paradis dans lesquelles étaient enfermés les condamnés. Au fur et à mesure des condamnations, elles devinrent trop exigües. Les prisonniers étaient également enfermés dans un bâtiment aujourd’hui disparu qui faisait face à la rade : la caserne de Plougastel

L’architecte Trouille, ancien commandant de la garde nationale donne quelques précisions de l’endroit où il est détenu. Il a comme voisin Mr Malmanche, ancien maire de Brest. Mr Trouille échappera miraculeusement à la guillotine.

« Des tables à manger sont placées çà et là, parmi les lits sommaires. Un poêle central et un tonneau de vin complètent le mobilier. » (extrait de « Le château de Brest » par l’Amiral François Bellec).

Plan de la caserne Plougastel dans laquelle était enfermée la majorité des détenus

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Caserne-plougastel.jpg

Caserne Plougastel construite par Sourdéac sous Henri IV

Anneaux destinés aux prisonniers, chemin de ronde du portail Paradis

Porte de cachot, tours Paradis

La caserne Plougastel et la prison civile ont été détruites dans la première moitié du 20ème siècle.

Jacques Cambry dans «Voyage dans le Finistère, ou état de ce département en 1794 et 1795 », tome second les décrit :

« Si ma critique s’étendoit sur l’intérieur de la ville, j’appellerois la surveillance du gouvernement sur cet affreux château de Brest, où l’on vit l’innocent à côté du coupable, plongé dans des cachots affreux, dans des réduits infects, mangés de rats et de vermine. »

La guillotine fut déplacée à Lesneven pour deux prêtres réfractaires, en rade sur un ponton pour un matelot exécuté devant les équipages alignés.

À Paris, Danton et ses amis dont Camille Desmoulins jugés trop « indulgents », Hébert du parti des « enragés » sont guillotinés. Danton qui avait réclamé que l’on mette fin à la Terreur meurt le 5 avril.

Commença à Brest, en mai 1794, le procès des 30 administrateurs du Finistère. Le 19 mai, la foule se pressait aux abords de la place du château pour voir sortir les administrateurs entre deux haies de quatre mille soldats auxquels s’étaient joints des maratistes.

À propos des administrateurs, Prosper Levot nous indique : « C’était surtout des hommes de loi ; il y avait également parmi eux deux paysans, quelques négociants, le vieux maréchal de camp, François de Kergariou, Expilly, évêque constitutionnel du Finistère et Malmanche, chirurgien, ancien maire de Brest ».

Face aux administrateurs, chacun entouré de deux gendarmes, se tenait le tribunal, les jurés acquis à la cause de la Terreur étant assis derrière. Les administrateurs n’avaient aucun moyen de communiquer avec leurs défenseurs, et ce d’autant plus qu’il leur est signifié que toute parole prononcée par les avocats contre la république serait suivie de représailles.

Au troisième jour du procès, Donzé Verteuil développa son acte d’accusation. Après une défense tronquée et une brève délibération, 26 administrateurs furent condamnés à mort pour « conspiration contre la liberté du peuple français ».

Le premier à monter au supplice fut Mr de Kergariou et le dernier Mgr Expilly, après avoir donné l’absolution à chacun. Le bourreau Ance dans un excès de cruauté alignait sur l’échafaud les têtes des suppliciés, montrant au suivant son ultime destination.

Jacques Cambry nous parle dans « Voyage dans le Finistère » de leur enfermement et de leur condamnation :

Enterrés dans une fosse commune au cimetière de Saint Martin, les corps de ces infortunés administrateurs ne furent retrouvés qu’en 1859. Les familles firent alors élever à leur mémoire une pyramide en granite surmontée d’une croix en kersantite.

« C’est là que languirent les républicains les plus prononcés, les administrateurs les plus intègres, les plus éclairés de France. Ces hommes qui ne s’armèrent que pour maintenir l’unité de l’empire, qu’on accusa d’avoir voulu le diviser ; avec quelle force ils virent s’approcher la mort ; avec quel courage ils la subirent ! pas un d’entre eux ne déshonora, par une plainte, la cause de l’innocence dont ils devenaient les victimes. Héros de la patrie, mânes de ces hommes généreux, je cherche un monument qui consacre vos noms à la postérité, on foule déjà sans frémir la terre humide encore du sang que vous avez versé ».

Liste des administrateurs guillotinés du Finistère

À l’image de la nation, Brest vivait des heures sombres. En 1794, la disette ne sévit pas qu’à Brest mais dans toute la France. On attend impatiemment en provenance des Etats-Unis 150 navires chargés de blé. Les anglais opérant le blocus de nos rivages, la flotte brestoise se porte au-devant de la précieuse cargaison. L’amiral anglais Howe cinglant vers les navires français, permet à Villaret-Joyeuse de faire cap au nord et d’entraîner dans son sillage l’escadre anglaise. La brume persistante facilite la fuite des français. Le 13 prairial (1er juin 1794), le combat s’engage. Les anglais en sortent victorieux. Les français ont perdu huit mille hommes et sept vaisseaux dans la bataille. Six navires sont aux mains de l’ennemi mais le convoi a pu passer. La défaite se transforme presque en victoire. Plusieurs interprétations de ce fait historique existent dont celle contemporaine de Nicolas Ozanne.

http://parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-carnavalet/oeuvres/combat-du-vengeur#infos-principales

Gravure d’après Nicolas Ozanne gravée par Yves le Gouaz montrant le naufrage du « Vengeur » après son combat avec « le Brunswick » s’enfonce dans les flots. Le fait héroïque nourrira les mythes de la Révolution.

Gravure « Le Naufrage du Vengeur » par Leduc

Le jour du retour de la flotte, Prieur de la Marne monté sur la Sainte Montagne préside à la fête de l’Etre suprême.

Par un arrêté du 23 juin 1794, les rues sont débaptisées.

La rue du Château devient rue de L’Egalité, la rue d’Aiguillon, rue de la Fraternité ; la rue de Siam, la rue de la Loi, la Grand Rue (actuelle rue Louis Pasteur), rue de La République. La rue Voltaire n’est pas débaptisée.

Il en est de même des vaisseaux auxquels on a enlevé les attributs de la royauté, nous précise Prosper Levot :

Le Royal Louis devient le Républicain ; le Sceptre, le Convention ; le Diadème, le Brutus ; le Duc-de-Bourgogne, le Peuple.

La Terreur sévit toujours. Donzé Verteuil va accuser tous ceux qui de près ou de loin ont pu être liés aux administrateurs. Le jeune citoyen Raby qui avait pourtant été des citoyens qui avaient participé à la prise du palais des Tuileries, sera de ceux-là. Suivent également des nobles dont deux vieilles dames, la marquise et la comtesse de Coatsancours condamnées à mort pour n’avoir fréquenté que la classe nobiliaire, l’administrateur de l’hospice, Toullec, le père Mével, et quatre jeunes filles dont Mlle de Forsanz accusées d’avoir caché le Capucin. Elles sont guillotinées trois jours après la chute de Robespierre. Toutes ces têtes qui tombent épouvantent la population brestoise à tel point que la municipalité brestoise demande au commissaire public d’entourer l’échafaud d’une cloison masquant la vue du sang s’écoulant après la guillotine.

Document SHD

Demande de la municipalité de soustraire à la vue du public « le sang s’écoulant de l’échafaud » (Archives Brest Métropole)

Puis ce fut le tour de Gabriel Moreau, ancien juge du tribunal du district de Morlaix, père du général Moreau, commandant de l’armée du Rhin et Moselle qui fut guillotiné le jour où parvint à Brest, l’annonce de la mort de Robespierre.

Le 27 juillet,Robespierre était monté à la tribune de l’Assemblée, prononçant un long discours, accusant ses adversaires sans les nommer, réclamant encore et toujours des têtes à trancher. Il est arrêté le 27 juillet avec ses partisans, Saint-Just, Couthon. Ils sont exécutés le lendemain, le 9 Thermidor.

Robespierre est décrété d’accusation à la Convention et arrêté

(gravure 19ème siècle)

À Brest, il s’agit alors pour Donzé Verteuil et d’autres de faire disparaître des papiers compromettants. Une requête de la municipalité brestoise à la Convention autorise alors l’arrestation de Donzé Verteuil et d’autres « terroristes ».

Liste des terroristes désarmés en la commune de Brest (Document Archives Brest Métropole)

Parmi eux, le premier de la liste, Julien Julien est un ex-juré du tribunal révolutionnaire de Brest. Nous retrouvons également trace de lui à Vannes, Nantes et Bordeaux. Voici une lettre écrite de Vannes en 1793 où il s’adresse à Robespierre.

« La Vendée est détruite, les rebelles dispersés, les chefs ou tués en combattant ou immolés de leurs propres mains. Il n’y a plus que quelques prêtres dans les campagnes ; mais nous avons des républicains à leurs trousses, et le fanatisme aura la honte du fédéralisme. Je vous envoie le procès-verbal de mes opérations à Quimper. Ditesmoi si le comité de salut public en est content ; je vous embrasse. Mon adresse est toujours à Brest, poste restante.

Signé Jullien

« Votre collègue, Prieur de la Marne, arrive à l’instant de Brest ; il croyait trouver la Vendée. Elle n’est plus. »

Un décret de la Convention les amnistiera peu de temps après. Quant à Jean Bon Saint André, emprisonné à Paris dans un premier temps, il deviendra sous le premier Empire, préfet du département de Mont-Tonnerre. Après le départ de Prieur de La Marne, arrivent à Brest : Faure, Théouart déjà connu des brestois puis Champeaux et Topsent (cf document représentants du peuple dénonçant les « terroristes »).

Après l’arrêt de la terreur et de ses mesures économiques (selon le principe du Maximum, encadrement du prix du pain, des denrées… arrêté du montant des soldes des ouvriers et des matelots), le pays plongea un peu plus dans la disette. À Brest, les ouvriers refusant d’être payés en assignats ont déserté l’arsenal, les matelots réclament le paiement de l’arriéré de la solde.

Le bilan humain des années 1793 à 1795 est très lourd. Nationalement, les soldats tombés face à l’ennemi extérieur approchent des 300000. La répression en Vendée aura fait entre 150000 et 250000 victimes. La peine capitale aura frappé entre 35000 et 40000 condamnés. A Paris, le tribunal révolutionnaire aura condamné 2807 personnes et condamné à mort 2742.

À Brest, sur cent quatre-vingts accusés, soixante-dix sont condamnés à la peine capitale.

Le Directoire

En 1795, une République du centre, fondée sur le rejet des extrêmes, le Directoire se met en place. C’est un texte nouveau issu d’une commission politiquement très modérée (la commission des Onze) qui est adopté par les Thermidoriens en août 1795. Celle-ci oublie l’affirmation de 1789 « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » pour valoriser la propriété, réduire la liberté individuelle à celle d’expression de la pensée à condition de ne pas nuire à autrui, rappelle le respect nécessaire des lois mais maintient l’abolition de l’esclavage.

La population brestoise comme le décrit Jacques Cambry, Brest est dans un pitoyable état de décrépitude.

« Le désordre, l’ivresse habituelle des ouvriers, des matelots ; ce mélange de sang que l’Amérique, l’Inde, l’Afrique et l’incroyable dépravation des mœurs ont corrompu, ces excès suivis d’une misère profonde ; l’absence de toute espèce de tenue, de moralité ; les maladies contagieuses dont les germes renouvelés ne sont jamais anéantis, dégradent au dernier degré l’espèce humaine dans cette commune et dans les campagnes voisines. Quelle forme, quelle pâleur, quel teint livide, quelle maigreur chez ces enfants presque nuds, chez ces femmes ivres d’eau de vie ! Ajoutez à ces malheureux, cette multitude d’estropiés que la guerre dépose à Brest et vous aurez l’idée, le tableau le plus vrai de la misère de l’espèce humaine... »

La crainte d’un retour des royalistes reste vive. À l’été 1795, Hoche empêche le retour des émigrés à Quiberon. Deux mille émigrés décèdent. Plusieurs centaines de nobles sont fusillés sans jugement en tant qu’émigrés pris les armes à la main. A Paris, l’émeute du 5 octobre 1795 est elle aussi dispersée par la troupe entre autres par Bonaparte.

En 1796, Hoche est à Brest. Il propose d’envahir l’Angleterre à partir de l’Irlande. Villaret Joyeuse embarque un ramassis de chouans repentis, de déserteurs républicains, de forçats libérés pour l’occasion... Le Directoire remplace Villaret Joyeuse par Morard de Galles. La flotte est dispersée par la tempête. Hoche sur « La Fraternité » trouve refuge à Rochefort. Les autres bâtiments rentrent isolément. Le vaisseau « Les Droits de l’Homme » est pris à partie par les Anglais devant Audierne et s’échoue.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Vaisseau-Droits-de-lHomme.jpg?uselang=fr

Le naufrage du vaisseau « Les droits de l’homme » par Léopold Le Guen, 1797 Musée des Beaux-Arts de Brest

Le Directoire pense à Bonaparte pour la deuxième expédition d’Irlande, mais celui-ci se dirige finalement vers l’Egypte. Les anglais opèrent un blocus de nos côtes.

Le 18 brumaire, par un coup d’état est établi le Consulat. Forfait est nommé ministre de la marine et le comte Caffarelli dont Bonaparte a pu apprécier les services est nommé Préfet maritime.

Eu égard au dénuement dans lequel il trouve le port, sa tâche est immense. Il s’y attelle. Par ailleurs, le Consulat a nommé Mr Pouliquen, maire. Celui-ci procède à l’embellissement du cours Dajot (plantation d’arbres, demande de deux statues placées aux extrémités), agrandissement du cimetière extramuros...). Le ministre Chaptal accède à la demande de statues et ce sont deux sculptures de Coysevox (l’une représentant Neptune sur un cheval marin, l’autre une rivière « La Marne » qui féconde la terre) qui sont disposées à l’entrée et à la sortie du cours d’Ajot.

En port « vivant » ou abandonné selon les temps, Brest aura traversé cette période.

Pendant le premier Empire, Napoléon se désintéressant de Brest pour lui préférer Boulogne puis Anvers, la ville se faisait oublier. Subsistent aujourd’hui, le bâtiment aux Lions et la prison maritime de Pontaniou et un peu plus loin, le sémaphore de la pointe du Toulinguet.

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Bâtiment aux Lions et prison de Pontaniou

Construit entre 1807 et 1809 sous la direction de Jean Nicolas Trouille, le bâtiment aux Lions est érigé sur l’emplacement du Refuge Royal conçu par Choquet de Lindu entre 1732 et 1736. La levée de Pontaniou est un pont-digue de 58 mètres de longueur pour 10,5 mètres de profondeur et d’une vingtaine de mètres de hauteur. Cette chaussée va permettre l’exploitation des Capucins, monastère désaffecté après la Révolution puis en 1842, la construction d’un premier ensemble de nefs industrielles. Les anciennes chaudronneries subsistent encore aujourd’hui et abritent la grande médiathèque. Se substitueront (hors chaudronneries) aux nefs précédemment construites, les grandes nefs achevées en 1865.

Place alors à la Révolution Industrielle.

Remerciements

à Armelle Le Pors, Laurent Malyquevique et Maryline Mell du Service décès/cimetières ; Chantal Rio et Hugues Courant des Archives Brest Métropole ; Xavier Laubie, Sarah Yvon du Service historique de la défense ; Jean-Yves Besselièvre et Lénaïg Laot Lombard du Musée de la Marine, Christine Berthou Ballot, Delphine Lebreton, Claire Tracou du Service patrimoine de la ville de Brest ; Jean-Jacques Grall, Fabienne Moysan, Adeline Blatteyron, Education Nationale

Merci à Prosper Levot pour son « Histoire de Brest » tellement documentée et à Gérard Cissé pour ses conseils

À mon papa, Yves, enseignant de la République.

Gilbert Elleouet 2018/2019

Références

  • ,  1, Brest, , 387  (lire en ligne [archive]).
  • ,  2,  2, Brest, , 387  (lire en ligne [archive]).
  • , Brest, , 431  (lire en ligne [archive]).
  • , Brest, , 448  (lire en ligne [archive]).
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