Fort Cézon à la fin du XVIIIe siècle

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Au cours des premières années de la révolution française, Fort Cézon comptait déjà 100 ans d'existence.

Les commissaires Gaultiers et Roxl, chargés de l'inspection des côtes nord de l'arrondissement de Brest, estimaient déjà qu'à l'époque (1793) ce fort de "La saison" (sic) avait grand besoin de réparations et nécessitait nombres d'améliorations : matériel de rechange, réparation des murailles, construction d'une citerne destinée à recueillir les eaux pluviales, magasin aux vivres, deux guérites pour les sentinelles, etc.

La garnison comprenait 37 hommes de troupes régulières auxquelles il faut sans doute ajouter du personnel recruté sur place : chaloupiers, hommes de main, charretiers, etc.

Nos deux inspecteurs signalent par ailleurs que le fort est armé de 6 pièces de canon sur affût de côte dont deux de calibre 18 et quatre de calibre 12. La poudrière abrite 2 807 livres de poudre.

Une grande majorité de soldats de la garnison provient des régions éloignée de la mer. On imagine aisément leur profond dépaysement. Ne sont-ils pas casernés dans d'humides maisons de granit, sur une île exposée aux grands vents du large, à ces tempêtes de suroit assorties de crachins tenaces ou aux glacières rafales de N.E qui balaient l'estuaire au cours de sombres "mois noirs" [1]? Et puis n'a-t-on pas l'impression, face à l'immense océan, dans ce Landéda de la côte Léonarde d'être relégué à l'extrême bout du monde?

A ce dépaysement géographique, s'en ajoute un autre, encore plus grave. A l'époque, chez nous, tous les habitants ne s'exprimaient qu’en breton, mis à part quelques notables, certains fonctionnaires venus d'ailleurs (douaniers, responsables de l'inscription maritime, cabaretiers, etc.)

A l'église, les cantiques se chantaient en breton et c'est encore en breton que, du haut de sa chaire, le desservant s'adressait à ses ouailles. Il en était de même du prône [2] le dimanche, après l'office, sur la place du bourg.

Sans doute, quelques uns de nos Anciens, ou tout au moins leurs parents, avaient dû apprendre le Français quand ils naviguaient sur les vaisseaux du Roy ou lorsqu'ils participaient à Brest à la construction de fortifications mais ils s'étaient empressés d'oublier bien vite ce "galleg" [3] dont ils n'avaient que faire.

Ainsi, nos militaires faisaient-ils peu ou prou, figure d'étrangers

Notes

  1. Les bretons désignaient ainsi les mois de novembre et décembre où la nuit tombe si vite
  2. Equivalent oral du Bulletin d'Informations Municipal actuel.
  3. Langue française.

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