Domaines
Communes
Quartiers de Brest
Espaces de noms

Variantes
Actions
De Wiki-Brest
Révision datée du 19 juillet 2007 à 08:42 par Jeffdelonge (discussion | contributions) (lien)

Rue de la fontaine Margot

Fontaine Margot

Le souvenir de la fontaine

C'est aux environs de 1968 qu'une nouvelle rue descendant du collège de Keranroux jusqu'à la route de Lanniguer, fut dénommée rue de la Fontaine Margot. Perpendiculairement à cette rue et vers son milieu, une autre voie fut dénommée ar Feunteun (rue de la Fontaine). On voit là l'intérêt de nos édiles de l'époque de ne pas perdre la mémoire de ce lieu, situé légèrement en contrebas. De temps immémoriaux, il y a toujours eu en ce lieu une charmante source, au débit important. Son eau était réputée pure et limpide. Les habitants de Keranroux venaient y puiser de l'eau fraîche qu'ils transportaient chez eux dans des cruches en grès. Puis la source fut canalisée et entourée d'un muretin protecteur, pour devenir une fontaine, c'est-à-dire un bassin de captation des eaux. Le trop plein de cette fontaine alimentait un lavoir, en pierres sèches, situé à côté de la fontaine. Le doué (lavoir en breton) était le lieu incontournable de la vie publique du quartier. En blanchissant le linge, on s'échangeait les potins du jour, ainsi les nouvelles qui circulaient vite. "Les commérages du quartier", nous disait le facteur, lui-même bien renseigné. Le lavoir n'empêchait pas l'eau de s'écouler en direction du Vern qui veut dire en breton, zone marécageuse plantée d'aulnes. Cette eau descendait ensuite rejoindre le ruisseau de Pont Cabioc'h, qui longe sur 500 mètres le chemin de Kergoff (entre l'ancien moulin de Kergoff et la vieille route de Guilers). Juste avant cette jonction, l'eau de cette fontaine alimente un étang artificiel créé au beau milieu de l'aire de jeu du Swin Golf de Brest.

Mais au début du 20ème siècle, le problème de l'alimentation en eau des habitants de Brest et de Saint-Pierre devint une priorité sanitaire de première importance, afin de lutter contre certaines épidémies qui revenaient périodiquement. Nous devons nous souvenir que durant les années 1832, 1849, 1866, 1885 et 1893, le choléra fit des ravages dans la région brestoise. Suite à l'épidémie de 1866, le nouveau cimetière de Saint-Pierre-Quilbignon, ouvert en 1846, s'avéra rapidement trop petit, ce qui contraignit le maire Paul Pochard à prendre des dispositions pour en doubler sa superficie.

Les municipalités de Brest et de Saint-Pierre étaient par ailleurs en concurrence avec la Marine qui prospectait également pour capter pour ses besoins les meilleures sources disponibles (exemple celle de Kerstéria). A cette époque de nombreuses sources furent captées, comme celles de l'Arc'hantel pour alimenter les pompes municipales mises en place à chaque coin de rues ( l'eau courante au robinet de la maison ne vint que plus tard). Pour protéger la fontaine d'une quelconque intrusion malveillante, un bâtiment fut construit sur son emplacement. Aujourd'hui naturellement l'eau que nous consommons ne vient plus de cette fontaine. 20 % de notre consommation viennent du barrage de Kerléguer en Bohars, 60 % par la station de Pont ar Bled en Plouédern via le barrage du Drennec, près de Sizun et les derniers 20 % viennent de la station du Moulin Blanc au Relecq-Kerhuon.

Un cadre de vie, dans une zone protégée

Notre fontaine dite Margot a donc perdu de son importance vitale, mais elle se doit avec la volonté des édiles brestois et des associations de lutte pour l'amélioration du cadre de vie de devenir un lieu d'agrément, de promenade et de repos. A ce niveau la Confédération Syndicale des Familles de Kerourien, sous la houlette de Lucienne Montfort, vient d'appuyer cette initiative. Elle demande qu'un espace autour de la fontaine Margot puisse être réservé à l'installation de jardins qui seraient mis à la disposition des habitants limitrophes.

Margot ou Mar goz

En ce qui concerne la signification du nom de la fontaine Margot, nombre d'historiens brestois avouent n'avoir rien trouvé dans les archives et autres sources écrites qui puissent attester l'origine de ce nom. Mais j'ai souvenance des propos qu'une vieille personne m'avait tenus dans les année 1960. Cette dame Kerdilès qui parlait mieux le breton que le français m'avait dit un jour que ce nom semblait avoir été déformé au cours des temps, pour se transformer en un prénom français compréhensible de tous, mais sans lien réel avec la réalité. La plupart des noms de lieu sont composites et ne souffrent pas d'être rattachés en un seul mot de peur de perdre sa signification initiale. Prenons Kérivinvao, près de Lanniguer, ça ne veut rien dire, par contre Ker-ivin-vao en 3 mots cela devient compréhensible en breton. Cela veut dire le village (le lieu d'habitation ou la ferme) entouré d'ifs (ivin) et de hêtres (vao). Ainsi bon nombre de noms de lieu sont des mots composés en breton, par exemple quand certains auteurs écrivent Kérourien de cette façon, ils perdent la signification du Ker, lieu d'habitation d'un certain Ourien ou Derrien. De même Kéranroux (Ké-ranroux) ne veut rien dire, mais Ker-an-Roux devient compréhensible des bretons qui savent qu'un certain Le Roux habitait autrefois ce lieu. Pour Kérangoff (c'est écrit ainsi sur la façade du Centre social) qui se lit en français Ké rangoff et se prononce Ké rango (sans les f) , la prononciation exacte est Ker-an-Goff ( le village de Le Goff, qui est un nom de personne issu de son métier de forgeron, goff=forgeron, comme podeur= potier ...etc. Mais revenons aux hypothèses susceptibles de répondre à nos interrogations. Non loin de la fontaine Margot, le quartier de la Cavale Blanche, s'appelait à l'origine ar gazec ven, c'est-à-dire la jument blanche. Ici il ne s'agirait pas d'une jument, mais d'un cheval, qui se prononce marc'h en breton. Le premier terme de Margot (Mar-got) pourrait apparaître dans cette définition. Puis il y a le 2ème mot qui pourrait être le nom de famille Goff, qui se prononce go, comme dans Ker-an-Goff. Il s'agirait donc du lieu où un certain Le Goff, mettait son cheval à boire et à brouter. Peut-être que la fontaine était même sa propriété, comme les champs alentour. Mais selon madame Kerdilès cette explication pouvait être affinée, car pour elle un cheval est blanc ou noir, jeune ou vieux, mou ou fougueux, gras ou maigre (treut en breton). Pour elle le cheval qui était là visible de tous, près de cette fontaine, sans aller aux champs tirer la charrue, était un vieux cheval. Mais vieux se dit en breton koz. Le nom Le Coz, signifie le vieux. Par contre les érudits bretons savent qu'il existe dans la langue bretonne le principe de la mutation de la 1ère lettre de certain mot, c'est-à-dire la possibilité de la changer par une autre. On peut par exemple remplacer un K par un G pour adoucir la prononciation, ou l'inverse un G par un K pour la durcir, comme nous le précise l'écrivain breton, Job An Urien. Dans ce cas koz deviendrait goz ou go tout court. Le nom recherché devient donc margo, (mar-go) que l'on écrit aujourd'hui Margot en pensant au prénom d'une belle femme qui aurait passé son temps à se mirer dans l'eau, plutôt que de s'occuper de sa lessive ou de son travail de fermière. Cette dernière version est fausse naturellement, par contre je suis enclin à croire cette vieille dame qui aurait eu quelque 130 ans aujourd'hui. Cette personne, presque illettrée, était un trésor de mémoire et de finesse. En y pensant aujourd'hui, j'ai eu tort de ne pas l'avoir interrogée plus souvent sur ce qu'elle savait. Avec sa disparition, comme avec celles de beaucoup d'anciens, disparaît la mémoire collective de notre propre histoire, c'est regrettable, mais qui s'en inquiète ? Peut être nous qui à travers cette randonnée avons la modeste ambition de réveiller sous nos pas le passé qui au fil des ans s'évanouit de notre mémoire oublieuse.

Voir aussi

Outils personnels