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Retour d'expérience d'une collecte de mémoire

Cet article présente le travail d'un groupe d'étudiants (Lenaig MADEC, Dorine CAROFF, Maëlle VENNEUGUÂS et Matthieu COLIN) autour de la collecte de mémoire. Nous y racontons nos expériences, le déroulement de nos entretiens ainsi que les difficultés que nous avons rencontrées. Vous y trouverez également quelques conseils pouvant vous aider sur un projet similaire.

Sommaire

I. Le choix du sujet

Dans le cadre de la réalisation du projet, nous avons commencé, lors nos rendez-vous à la mairie, par travailler sur la définition de notre sujet. La commande qui nous était demandée était une collecte de mémoire mais le thème restait à définir.


Dans un premier temps, nous avons réfléchi aux thèmes qui pourraient intéresser les internautes et qui susciteraient des commentaires et des discussions et notre choix s'est arrêté sur les métiers anciens (maréchal ferrant, forgeron...). Ce sujet nous a paru intéressant dans la mesure où il nous permettait de faire une collecte de mémoire sur les métiers mais aussi sur la vie quotidienne des personnes interrogées.


Nous avons pour cela choisi de prospecter dans les maisons de retraite et les M.A.P.A.D car nous pensions pouvoir y interroger plus facilement des personnes ayant exercé le type de métiers que nous recherchions. En effet, dès la prise de contact avec les animatrices nous pouvions nous renseigner et savoir si il y avait des personnes correspondant à notre recherche parmi leurs pensionnaires. De plus, cela nous permettait de rencontrer plusieurs personnes lors de nos visites.


Cependant, après le premier rendez-vous à la maison de M.A.P.A.D des Quatre Moulins où nous avons réalisé deux entretiens, nous nous sommes rendu compte qu'il était plus difficile que prévu de trouver des personnes ayant exercé un métier aujourd'hui disparu. Après ce premier entretien nous nous sommes donc réunis pour faire un premier bilan et nous sommes arrivés à la conclusion que notre sujet n'était pas adapté ou en tout cas trop restreint. Les premiers entretiens que nous avions réalisés même s'ils ne traitaient pas de métiers disparus n'étaient pas inintéressants et nous ont permis d'affiner notre sujet.


Nous avons alors décidé d'orienter la collecte vers l'évolution des métiers dans le temps. Pour cela, nous avons retravaillé le questionnaire que nous avions préparé en orientant les questions sur l'évolution des métiers. Ce nouveau sujet nous permettait aussi de rencontrer plus de personnes et ainsi d'avoir plus de matière pour notre projet. Par ailleurs, il nous semblait également plus intéressant pour les internautes. En effet, ces derniers se sentiraient plus concernés par des métiers qu'ils connaissent, qu'ils exercent ou ont exercé.



II. Préparation de la collecte de mémoire

Après avoir choisi notre sujet en accord avec Gaëlle Fily, nous nous sommes réunis tous les quatre afin de trouver les premiers éléments de bibliographie. Suite à cela, nous avons élaboré une grille de questions, partant du général par le nom et le prénom, l'âge, en allant au cœur du sujet : la profession. Nous avions des questions propres à la profession : • L'âge auquel ils ont commencé. • Le lieu de travail. • Le poste de travail. • Une journée type. • Les différences entre leur époque et aujourd'hui. • Leur métier était-il valorisant ? • Ont-ils transmis leur métier. • D'autres questions émergent en fonction du dialogue et des réponses.


Suite à la grille de questions, nous avons choisi de nous rendre dans les maisons de retraite, ce qui nous semblait être le meilleur lieu pour trouver des personnes âgées qui nous parleraient de leur métier. Nous avons répertorié toutes les maisons de retraite de Brest, lieu où nous faisons nos études. Le groupe s'est séparé en deux et nous sommes allés dans chaque maison de retraite afin de nous présenter et de présenter le projet. Il s'agissait non seulement de présenter notre master et notre démarche, mais aussi le projet Wiki-Brest. A la fin de l'entretien, nous laissions toujours le flyer de Wiki-Brest. Généralement, il était convenu que les animatrices nous rappellent une fois que celles-ci avaient proposer le projet aux résidents, mais aussi repérées les personnes qui seraient les mieux à même de répondre à nos questions. Le fait d'avoir choisi des maisons de retraite comme lieu de rencontre nous a mis face à un public particulier, avec une approche particulière. C'est pourquoi ce sont les animatrices qui ont fait le lien. Avant d'avoir un retour des animatrices, il faut noter que nous avons eu des accueils différents selon les maisons de retraite visitées, certaines avec des exigences plus marquées.


Une fois le choix des animatrices fait, certaines nous ont rappelé, mais pour d'autres, il fut nécessaire que nous relancions à de nombreuses reprises afin de faire avancer notre projet. La prise de rendez-vous fut aussi un moment délicat, devant concorder avec nos emplois du temps, ceux de la maison de retraite, des animatrices et des personnes elles-mêmes. La plupart du temps, les animatrices souhaitaient être présentes lors des entretiens.


Les rendez-vous pris, nous sommes allés récupérer le matériel à la mairie de Brest, des enregistreurs numériques, mais aussi des conventions que nous avions fournies et qui avaient été réadaptées pour Wiki-Brest.


Le premier entretien s'est déroulé à la MAPAD des Quatre Moulins. Nous ne savions pas qui nous allions rencontrer, ni combien de personnes. L'animatrice nous a présenté trois personnes. Nous avions pris la décision d'être présents tous les quatre pour le premier entretien. Il était convenu que l'un s'occuperait du matériel, et qu'une autre personne prenne des notes en cas de non fonctionnement du matériel. Chacun était libre d'intervenir lors de l'entretien. Pour les entretiens qui ont suivi, nous avons décidé de nous séparer en deux, ce qui était aussi moins impressionnant pour la personne qui se retrouvait face à quatre personnes qui l'interrogeaient. Nous étions donc deux, ce qui permettait de maintenir cette méthode d'une personne qui s'occupe du matériel, et d'une autre qui prend des notes.



III. Difficultés rencontrées lors du déroulement du projet

Choix des personnes sources

La principale difficulté réside dans le choix des personnes que l'on va interroger. Car il faut que les personnes dont on va enregistrer le témoignage aient un lien avec la thématique que l'on veut aborder. Attention au « hors sujet », inconscient ou conscient, c'est-à-dire un entretien qui devrait coller à notre thématique, mais qui s'en révèle au final éloigné ; ou alors un entretien dont on sait qu'il ne sera pas utilisable, mais que l'on réalise quand même car la personne fait partie d'un groupe de personne à interroger. Ce qui fut plusieurs fois le cas lors de nos visites dans les maisons de retraite. Ces entretiens « hors sujet » on eu lieu car il nous fallait passer par les animatrices des maisons de retraite, qui parfois se sont servies de notre intervention comme d'une animation de la maison de retraite.


Conventions

Récupérer les conventions peut s'avérer être parfois un vrai problème. Il est nécessaire d'expliquer ce que contient la convention, car les personnes d'un certain âge ne comprennent pas forcement ce que cela veut dire de mettre leur témoignage en ligne sur Internet, de donner la possibilité d'en écouter un extrait, voire de le télécharger. Ne pas oublier la question de l'anonymat, car même si certains souhaitent rester discret, d'autres veulent au contraire que leur nom apparaisse. Avant de les récupérer signées, il a fallu fournir une copie de la retranscription aux personnes questionnées, qu'elles aient le temps de la lire, de la faire valider par les animatrices pour ensuite pouvoir faire la mise en ligne. Certaines des animatrices que nous avons rencontrées ont changé d'établissement, nous avons donc de nouveau expliqué notre démarche et dans quel cadre se faisaient ces entretiens. Il y avait un nouveau temps de réflexion de leur part, cela a encore rallongé les délais. Lors de la signature des conventions, certains des pensionnaires des maisons de retraite avaient oublié qui nous étions et ne se rappelaient plus que nous avions procédé à ces entretiens. Là encore, il a fallu tout expliquer encore une fois. Pour les conventions, au final, il vaut mieux les signer avant même de réaliser les entretiens, cela évitera bien des complications.


Retranscriptions

Cet exercice est long et rigoureux, nous en avons parfois accumulé de trop nombreuses en attente. Faire la retranscription le plus rapidement possible après un entretien permet d'éviter cette accumulation et d'avoir un souvenir encore frais de l'entretien. La mise en ligne du son pose problème, nous avons rencontré des problèmes de fonctionnement avec le logiciel, soit à cause d'une mauvaise installation de celui-ci, soit à cause de lacunes sur son fonctionnement. Ne pas hésiter à demander plusieurs fois des conseils ou de l'aide en cas de problèmes techniques. Par ailleurs bien vérifier que l'enregistreur fonctionne avant de démarrer un entretien est primordial, sinon on peut se retrouver sans trace sonore.


Entretiens

Lors des entretiens, certaines personnes interrogées dévient du sujet qui nous intéresse, elles se sentent en confiance et nous relate des anecdotes personnelles. Surtout, ne pas les couper mais essayer d'écourter subtilement, sans se faire remarquer. Les entretiens se déroulant de façon collective sont à éviter au maximum, il faut penser à identifier chaque intervention d'interlocuteurs différents pour ne pas les mélanger ou se demander duquel il s'agit lors de la retranscription.



IV. Méthodologie

Trois étapes s'avèrent nécessaires pour la conduite d'un entretien et le retour sur expérience.


Tout d'abord, il s'agit de porter une réflexion sur l'organisation que le groupe ou l'individu doit avoir avant la collecte de mémoire ou l'entretien. En effet, il s'agit dans un premier temps de faire des recherches sur le thème que l'on souhaite développer et mettre en avant. Quand on parle des métiers, il faut bien avant le début de la collecte faire des recherches sur les professions que l'on souhaite faire connaître et valoriser par une publication sur internet (wiki-brest) ou un travail universitaire. Concernant le sujet « l'évolution des métiers », il s'agit de faire des recherches sur les progrès techniques, les conditions de vie et de travail des salariés, la vie quotidienne des personnes à un temps donné, etc. En partant dès lors sur les vieux métiers, la difficulté était de savoir ici : « Qu'est-ce qu'un vieux métier ? Que faut-il entendre par là ? » Voici toute la difficulté que nous avons eu. Faut-il parler exclusivement du vieux métier ou bien l'évolution du métier entre les années 1950 et 2000 ? Après et en fonction des recherches effectuées, le groupe ou l'individu établit un questionnaire type, un questionnaire de base. Il ne s'agit pas de faire un questionnaire pour chaque personne, mais de proposer à chaque personne une série de questions identiques et ensuite d'adapter en fonction des réponses.


Ensuite, nous allons parler de l'organisation même d'une collecte de mémoire. Pouvant prendre quelques semaines ou des mois, la collecte est et doit être un moment de rencontre et d'échange avec l'Autre. A mon avis, si l'on souhaite organiser une rencontre avec la personne interviewée, il faut le faire en deux fois : tout d'abord, une première rencontre sous le signe de la prise de connaissance du sujet, du matériel utilisé et le but à court et long terme ; ensuite, une deuxième rencontre qui doit consister à l'enregistrement de l'entretien. Cette première rencontre doit aussi permettre la signature des conventions. Cette convention est très importante pour la suite du projet que l'on souhaite mener. Laisser les conventions après l'entretien est une grave erreur : c'est une perte de temps assez importante. Ce qui doit être aussi primordial tant pour le témoin que pour le quêteur de mémoire est la signature de ladite feuille en double exemplaire : l'un pour l'interviewé et l'autre pour l'intervieweur. Cela permet de garder une trace et éviter d'éventuelles méprises. En fonction de l'âge des interviewés, il s'avère difficile de parler des nouvelles technologies - Internet, MP3, Téléchargement - cela prend du temps et expliquer de but en blanc chaque thème s'avère être long et difficile. Il faudrait montrer à travers plusieurs exemples, les bénéfices que cela peut apporter aux différentes personnes. Autre difficulté éventuelle concernant l'âge des témoins est la perte de souvenir précis. Dans ce cas, le quêteur peut montrer des photographies, des dessins, etc. pouvant permettre le rappel d'éventuels moments. Il s'agit aussi de réfléchir sur le type d'entretien que l'on souhaite mener. Individuel ou collectif ? Cela dépend de la personne interviewée. Veut-elle être seule ou avec d'autres personnes ? Généralement, un entretien individuel est plus intéressant. La personne peut se confier sans aucune difficulté, gêne ou préjugé à un quêteur de mémoire, plus jeune que lui. Les gens âgés entre 60 et 80 ans ont plus de facilité à s'exprimer qu'avec une tierce personne.


Enfin, nous allons étudier la phase après la collecte de mémoire. En effet, cette phase de la collecte de mémoire doit être consacrée à la retranscription, à la vérification des entretiens par les personnes et à la publication sur internet ou de manière universitaire. Concernant la retranscription, elle peut se faire de deux manières : l'une au mot par mot et l'autre sous forme de résumé avec des extraits d'entretien. La première solution - la retranscription au mot par mot - est un temps extrêmement long et fastueux. Il s'agit d'écrire au mot près ce que la personne a dit. Généralement, ce travail est trois à cinq fois plus long que l'entretien lui-même. Le mieux est la deuxième solution : un résumé avec des extraits d'entretien. Le quêteur peut faire ça en deux heures maximum - quand il s'agit d'un entretien d'une heure et demie. Cette seconde solution doit permettre une meilleure compréhension de la vie de la personne. Ce résumé doit bien sûr reprendre la parole de l'interviewé. Les extraits peuvent être mis sous forme de thème, par exemple : « la transmission du travail » ou bien « l'ambiance au travail ».


Ensuite, après ce travail effectué, il faudrait, mais là ce n'est pas obligatoire, revoir les personnes interviewées pour parler de l'entretien, uniquement pour la publication sur internet. Il s'agit de faire en quelque sorte un retour sur expérience et de voir avec elle les passages que l'on souhaite publier et le résumé. Il faut que tout soit en accord avec elle. Si ce n'est pas le cas, il ne faut pas insister. Le quêteur doit respecter sa parole. La déontologie est de vigueur. Enfin, la publication sur internet peut avoir lieu. Celle-ci doit tenir compte des remarques faites par la personne interviewée. On peut aussi garder contact avec les personnes interviewées. C'est important notamment pour les personnes âgées. Elles sont ravies de voir leur portrait sur internet.

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