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M comme Manoirs: le manoir de Kerguerec

Lors d'un épisode précédent, nous venions de passer l'Arrière-garde (A comme Arrière garde), évoquant ici, les demeures de plaisance du XVIIIe, qui bordaient alors la Penfeld. Au fil du temps, ces établissements particuliers cèdent peu à peu leurs places à quelques manoirs. Ceux-ci, trois au moins, sur le territoire (Kerguerec,Kerhallet et Kerelle), ont une histoire particulière: survivance de terres seigneuriales ou installations bourgeoises aux portes de la cité océane ?

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Bellevue, de « terres » et de « fiefs » : le manoir de Kerguerec

Sommaire

Le Fief de Quizac

Aux détours de l'étude de certains documents anciens, le manoir se fond et se confond avec le domaine, la seigneurie de « Quijac ». Cette mention nous ramène au XIIIe siècle, plus exactement en 1274: un certain Thomas de Quijac, Ecuyer, cède à Jean Ier, Duc de Bretagne, quelques terres en Penfeld, pour y établir des moulins. Le titre d'écuyer est le titre inférieur de la noblesse, Thomas de Quijac, nous est connu par son sceau: une roue à 7 raies. Au XVe, en 1446, lors de la réformation de la paroisse de Lambézellec, les terres de Quijac sont propriété d'Alain Foucault, « seigneur de Quizac et de Kerhervé » (en 1371, Jehan de Foucault est blessé au siège de Bécherel)

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Armoiries de la famille de Foucault

En 1478, Jehan de Foucault rend hommage à François II, duc de Bretagne, pour ses terres de Quizac. Par la suite, le domaine échoit à la famille de Kerguiziau par le mariage de Jehanne de Foucault avec Tanguy de Kerguiziau. La famille de Kerguiziau est une des grandes familles du territoire de Bohars et de Guilers, un de ses membres, Henry, écuyer, se trouve dans une montre reçue par Du Guesclin au siège de Brest en 1373.

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Armoiries de la famille de Kerguizieau

Une des filles du couple, Jehanne épouse Olivier Du Louët, seigneur de Coatjunval

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Armoiries de la famille de Louet

En 1555, le « manoir » est occupé par Guillaume Du Châtel, seigneur de Kersimon, allié à la maison de Coatjunval. Au début du XVIIe (1605), François Jehan du Louët est mentionné comme « seigneur de Coatjunval, du Plessis, de Kerascoat et de Quizac, chevalier de l'ordre du roi »le titre de chevalier de l'ordre du roi, laisserait supposer que celui-ci était peut-être chevalier de l'ordre de Saint-Michel. Le domaine se transmet de père en fils dans la famille de Louët, comme en témoigne des actes du 13 mars 1627 et 18 septembre 1652 ou Olivier de Louët « fait aveu de ses terres de Quijac, Kerguiziau et Penfel ». La petite fille d'Olivier de Louët, Louise Renée Catherine épouse Achille du Harlay, chevalier, comte de Beaumont et conseiller du roi, leurs filles Louise Madeleine du Harlay épouse Christian Louis de Montmorency, faisant ainsi entré les terres de Quizac dans les domaines d'une des grandes familles de la noblesse française, ceux-ci, les Montmorency-Luxembourg, portent, les titres de Prince de Tingry, duc de Beaumont


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Christian Louis de Montmorency


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Armoiries Montmorency-Luxembourg

Le dernier propriétaire « noble » connu par les textes est Charles François Christian de Montmorency-Luxembourg, « premier baron chrétien de France, Duc de Beaumont, Prince de Tingry, Marquis de Bréval, seigneur des fiefs de Kerguiziau, Quizac et Penfeld » (archives municipales de Brest - série II: plusieurs aveux pour les terres de Kergoat, notamment, lui sont associés)

Du fief au manoir

A la Révolution, le domaine est confisqué comme bien d'immigré et vendu « par la Nation » à une famille brestoise; il pourrait s'agir des Riou-Kerhallet. Dans la première moitié du XIXe, le manoir est vendu à Le Jeune par « de Kerhallet »: les Le Jeune, sont issues d'une de ces nombreuses familles bourgeoises aisées installées à Brest, ayant prospéré dans le négoce avec la Marine, notamment. A l'origine, ils sont négociants en vin, un de leur membre devient maire de Lambézellec.

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Edouard Constant Le Jeune

Le manoir connait sans doute de nombreux travaux et aménagements, au milieu du XIXe, Sylvain Crosnier, architecte reconnu de Brest (une de ces constructions est encore visible sur le Cours Dajot) est en charge de diverses réalisations.

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Propriété Le Jeune

Le domaine est exploité en diverses exploitations agricoles, plusieurs exploitants se succèdent, en 1924, le manoir est acquis par Emmanuel Colin pour la somme de 47 000 francs. Celui-ci sera le dernier propriétaire avant le démantèlement du manoir au profit de la ZUP. Avant ce démantèlement, plusieurs personnes vivent du produit de l'exploitation du Manoir, parmi celles-ci Yves Le Roux et son épouse.

A l'aube des années 1960

Singulière histoire que celle d'Yves Le Roux et de son épouse, que j'ai eu le plaisir de rencontré: Paysans et fils de paysans, sa famille était établie à Sainte-Anne du Portzic, une première expropriation,décidée par les autorités d'occupation, les amènent à s'installer à Kerguerec,chez un parent, Emmanuel Colin. Installé au manoir, Yves rencontre sa future épouse, qui habite de « l'autre côté du mur » dans la ferme de Kerguerec exploitée par sa famille. Tous deux exploitent les terres alentours, approvisionnant les commerçants proches du Bergot, du Bouguen ou de Keredern. La zone est à l'époque occupée par le Brest en baraques, ces cités connaissent leurs commerçants en alimentation comme Mmes Le Guen ou Lagadec du Bergot, Mmes Guillo ou Mével de Keredern, Mme Caraes, alors gérante de l'Union des Docks, rue Commandant Drogou. Le lait y est livré tous les jours...Ironie du sort ou de l'histoire,la constitution de la ZUP amène Yves à connaître une seconde expropriation, comme si la naissance de Brest II, nouvelle cité de la modernité voulait à jamais tourner le dos à ces paysages ancestraux, à cette « thébaide » comme se plaisait à le décrire l'académicien André Chevrillon qui séjourna au Bergot dans le courant du XIXe.


La Ferme de Kerguerec en 1960

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Les bâtiments du manoir tel qu'il est décrit dans les années 1960 :

Une maison principale à 2 étages avec un grenier, couverte en ardoises, faisant 20 m de long : le rez de chaussée est équipé d'une cuisine sur sol carrelé, d'une vaste salle à manger disposant d'un plancher en chêne écussonné, l'ensemble est lambrissé.

Au premier étage deux chambres avec cheminées de marbre, une cuisine et une autre salle à manger Le 2eme étage était composé de 3 chambres avec chacune une cheminée, une cuisine. Au dessus de ce dernier étage, un vaste grenier aménagé au centre d'un fruitier et composé de 2 autres chambres « pour le personnel »

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Une maison de gardien

Ce bâtiment de 6x9m en moëllons, couvert de tuiles rouges « usagées », est édifié sur 2 caves. Le rez de chaussée comprend une cuisine et une chambre, l'étage comprend une petite et une grande chambre

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Un détail « remarquable », ce bâtiment n'est pas la chapelle et pourtant au pignon de celui-ci, se trouve une niche avec une statue de grande dimension: s'agit-il de Saint Joseph ou de la vierge marie portant l'enfant Jésus ? D’où provient cette statue ? Ce bâtiment a t-il eu une destination autre antérieurement ?

1961 photo prise par Jean-Yves Le Roux ayant habité cette maison de 1939 à 1959 et son épouse Marie-Claude Le Roux de 1957 à 1959


1961 Photo prise par Jean-Yves Le Roux ayant habité cette maison de 1939 à 1959 et son épouse Marie-Claude Le Roux de 1957 à 1959

Des bâtiments d'exploitation

Ces bâtiments se présentent sous forme de longère de 6,50x37m, cette longère abrite 6 larges boxes avec « porte à 2 vantaux ». Les sols sont cimentés et pavés. A l'intérieur existent 8 stalles et une sellerie. A propos de ces stalles, Yves Le Roux s'en souvient assez bien: il s'agissait de stalles «spacieuses faites de bois massif et garnies de plaques de marbre blanc au dessus des mangeoires". Celles-ci n'étaient sans doute pas destinées à quelques chevaux de ferme mais plutôt à des chevaux d'agrément. Une hypothèse possible, dès lors que les Le jeune, propriétaires du manoir étaient des membres importants de la société hippique de Brest.

Une chapelle

La présence d'une chapelle peut surprendre, mais nombreux sont les propriétaires de manoir du XIXe qui bâtirent ce genre d'édifice sur leurs domaines, désir d'imiter les aristocrates d'ancien Régime ou nouvelle vague de piété ? Celle-ci, 5x9m, est en moëllons, le toit est en ardoises. L'intérieur est sur sol de dalles de granit et carrelage. Un maitre-autel en bois orné est séparé du reste de la surface intérieure par une grille en fer forgé. L'ensemble est entouré d'une futaie de marronniers, d'acacias et de platanes.

Quelques images au fil du temps

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Un remerciement particulier à MMe BARRE, membre de la rédaction du journal de Bellevue, auteur d'un article sur la Ferme de Kerguerec, qui m'a permis de rencontrer Louise et Yves LE ROUX, que je remercie également pour leurs formidables témoignages.

Hugues Vigouroux

Notes et références

Archives Ville de Brest :

  • Dossiers biographiques: 3bio Constant
  • Fonds Crosnier: 9S
  • Périodiques: PR105 L'Armoricain

Archives Département du Finistère :

  • Série B, cours et juridictions: B1849, B1996

Archives Département de Loire-Atlantique :

  • Série B, cours et juridictions: B1005
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