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La musique et la mer

    Edition N°1.jpg Cet article est extrait du magazine Patrimoines brestois


Nous sommes au bas du cours Dajot, à proximité du Château : le monument élevé à la mémoire de Jean Cras répond à celui qui rappelle le souvenir de son cousin Victor Segalen Wikipedia-logo-v2.svg, installé un peu plus loin. Deux figures allégoriques, représentant la mer et la musique, sont réunies autour de son portrait. La stèle commémorative de 1959, qui remplace un précédent édifice détruit lors de la seconde guerre mondiale et que l'on doit au sculpteur Raymond Delamarre, évoque ainsi les deux passions d'un homme qui fut indissociablement marin et musicien.

Une brillante carrière d'officier de marine

Né à Brest en 1879, dans une famille de médecins de marine pratiquant assidûment la musique, tout le prédisposait à cette double vocation. Alors que ses contemporains - Nicolaï Rimsky-Korsakov, Albert Roussel ou Antoine Mariotte - abandonnèrent rapidement la carrière maritime pour se consacrer entièrement à la musique, Jean Cras poursuivit une brillante carrière d'officier de marine tout en composant plus de deux cents œuvres. Ingénieux spécialiste des questions de navigation et de signaux, il invente une règle transparente sur laquelle sont tracés deux demi-rapporteurs, utilisée pour tracer des routes sur les cartes marines et connue des marins sous le nom de règle Cras. Il conçoit également un appareil destiné à faciliter la transmission des signaux électriques, ancêtre de nos radars. A 44 ans, il est le plus jeune capitaine de vaisseau de la marine nationale. Devenu contre- amiral en 1931, il est major général à Brest, lorsqu'il est emporté par une maladie foudroyante, en 1932. Il a alors 53 ans.

Portrait Jean Cras

Une étonnante précocité

Ce qui frappe d'abord chez le musicien Jean Cras, c'est sa précocité. Il compose dès l'âge de six ans. Il en a quinze lorsque sa messe à quatre voix avec orgue est donnée à l'église Saint-Marc. Autodidacte, son travail sera marqué par sa rencontre, en 1900, avec Henri Duparc, compositeur disciple de César Franck, qui lui recommande l'écoute et l'analyse des œuvres de Bach et Beethoven. En pleine crise du système tonal, à l'époque de Schoenberg et de la musique dodécaphonique, Jean Cras reste attaché à la ligne mélodique. De plus, comme Franck, Cras est un mystique : il se voit comme l'instrument d'une "voix implacable, extérieure", qui lui dicte sa musique. Composer est pour lui un véritable acte spirituel et il considère son art comme "l'étude des âmes par l'âme".


Il compose à bord des bateaux

C'est à bord des bateaux qu'il écrit l'essentiel de sa musique. Il embarque toujours avec un piano, quitte à supprimer la couchette et à installer un hamac pour faire de la place à son instrument dans sa cabine. Sur le croiseur Lamotte Picquet, qu'il commande à partir de 1926, et le cuirassé Provence, sur lequel il embarque en 1927, il disposera de suffisamment d'espace pour installer un demi-queue. La mer constitue la thématique principale de nombre de ses compositions : Paysages maritimes (1917), Au fil de l'eau (1921), Journal de Bord (suite symphonique, 1927), Soirs sur la mer (1929). Lorsqu'il se lance dans la composition d'un opéra, il choisit de mettre en musique l'histoire de Polyphème, fils du dieu de la mer Poséidon, sur un texte d'Albert Samain dans lequel la nature et la mer sont omniprésentes. S'il manifeste son attachement à la Bretagne, c'est sans en faire une revendication. Son premier Quatuor à cordes (1909) est dédié "A ma Bretagne". On distingue dans son Concerto pour piano les souvenirs de chansons ou danses populaires. A la fin de sa vie, il composera même Trois chansons bretonnes. Mais les sonorités africaines, arabes et asiatiques que l'on retrouve dans nombre de ses œuvres témoignent également de son intérêt pour la musique des pays qu'il fréquente lors de ses voyages.


Un compositeur reconnu

Régulièrement joué à la Société nationale de musique et à la Société musicale indépendante, Jean Cras est un compositeur reconnu et apprécié par ses contemporains. Son opéra Polyphème obtient même le prix de la ville de Paris en 1921 et est monté à l'Opéra Comique l'année suivante. Aujourd'hui, cette musique, peu jouée pendant de nombreuses années, sort progressivement de l'oubli dans lequel elle était tombée. Le Journal de bord figure notamment au programme d'une série de concerts donnés par l'Orchestre de Bretagne en ce mois de juin. L'occasion de découvrir ou de redécouvrir la musique d'un homme aux multiples talents.

Auteur : Bénédicte Jarry

Extrait du Patrimoines Brestois N°11 - Brest et la musique - Été 2010

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