Domaines
Communes
Quartiers de Brest
Ressources
Communauté
Vie du projet
Autour de Wiki-Brest
Boîte à outils
Espaces de noms

Variantes
Actions
De Wiki-Brest
Aller à : Navigation, rechercher

Légende des Sept-Saints

La Légende des Sept-Saints est une légende traditionnelle du Pays de Brest qui concerne Landévennec, Le Faou, Daoulas, la forêt du Cranou et l'ancienne église des Sept-Saints à Brest. Cette dernière, antérieure au XVIe siècle, était, selon M. Levot[1], dédiée aux sept enfants de sainte Félicité (confusion, voir ci-dessous), et sa fête patronale se déroulait le 10 juillet. Cette église, qui avait cessé d'être consacrée au culte à la suite de la Révolution française, fut détruite par un incendie en 1841[2].

Sommaire

La version la plus connue de la légende

Il existait autrefois à Landévennec, au village nommé aujourd'hui Seiz Croas, un forgeron dont la femme était extrêmement pieuse. Cette femme se rendait régulièrement à l'abbaye de Landévennec pour y entendre la messe, ce qui déplaisait à son mari. Celui-ci lui en fit des reproches, prétendant que ce n'était pas le sentiment religieux qui l'attirait à l'abbaye, mais les moines. La femme se défendit de cette accusation outrageante et dit à son mari qu'il devait être aussi sûr de son innocence qu'elle était certaine de pouvoir tenir entre ses mains le soc de charrue qu'il forgeait en ce moment. «Â Et bien ! Porte-le à Landévennec » lui répondit son mari, en jetant sur le sol le soc incandescent. La digne femme le prit dans ses mains et le porta au bourg, distant d'environ une demi-lieue de la forge. Ceci ayant été considéré par les habitants comme un miracle, le soc fut placé entre deux saints dans l'église de l'abbaye, où il resta en place jusqu'à la Révolution française.

Quelque temps après, la femme du forgeron accoucha de sept garçons. Le mari les enleva, les mit tous les sept dans une maie à pâte (ou pétrin), les porta à l' Anse de Penforn, là où se trouvent aujourd'hui mouillés les vaisseaux de l'État (le cimetière marin de Landévennec), et les abandonna à la merci des flots.

La maie fut entraînée vers Le Faou dont les habitants voulurent recueillir les enfants ; mais ceux-ci, tout en témoignant leur reconnaissance, dirent qu'ils ne pouvaient pas s'arrêter en cet endroit car ils devaient aller plus loin ; puis ils prédirent que la forêt du Cranou, qui s'étendait alors jusqu'aux portes de la ville, fournirait éternellement les plus beaux bois d'œuvre de tout le pays :

Er forest ar Krano
Biken koat da vanko.
Dans la forêt du Cranou
Jamais le bois ne manquera.

Les enfants furent ensuite entraînés vers l'ouest, et lorsqu'ils passèrent le sillon de Landévennec, dénommé aussi Sillon des Anglais, on les entendit, du bourg, chanter d'une vois forte des cantiques mélodieux.

La maie, poussée par les flots, aborda à Daoulas. Les habitants accoururent au rivage, mais pas un seul d'entre eux pour accueillir les enfants. Ceux-ci poussèrent au large leur léger esquif, et dirent aux Daoulasiens qu'avant longtemps leur Bois du Gars ne pourrait fournir un simple timon ou gaule de charrette. On prétend que c'est depuis cette époque que ce bois n'est plus qu'un mauvais taillis.

Après avoir été longtemps ballottés par les vagues, les sept enfants abordèrent enfin sous le château de Brest ; ils y furent accueillis par les habitants et transportés dans une maison voisine du château, mais ils y moururent tous les sept peu de temps après leur arrivée, et leurs corps furent enlevés par des anges.

Le village où étaient nés les enfants, et dont on n'a pu retenir l'ancien nom, prit le nom de Seiz Croas, sept croix, sept douleurs[3].

Une autre version de la légende

Une femme très pauvre, et déjà pourvue d'une nombreuse lignée, mit au monde sept enfants à la fois dans une mazière (chaumière) qu'elle occupait sur la place du marché (marc'hallac'h) de Daoulas qui, en souvenir de cet accouchement multiple, a conservé longtemps le nom de mazière des sept saints. Effrayés d'une semblable fécondité qui leur offrait la perspective de sept bouches de plus à nourrir, les habitants chassèrent les enfants et leur mère qui ne dit que ces mots en prenant la route de Brest :

Brest var cresq, Daoulas var discar.
Pa saofot eun ti, é couézo tri.
Brest croîtra, Daoulas décherra ;
Quand vous bâtirez une maison, il en tombera trois.

Depuis ce temps, ajoute la légende, l'ancienne belle ville de Daoulas disparaît peu à peu, et Brest qui accueillit les proscrits, et qui les honora ensuite comme saints (l'église des Sept-Saints à Brest fut construite à l'emplacement de la maison qui les accueillit), étend journellement sa ceinture[4].

Quelques notes sur l'église des Sept-Saints à Brest

L'église des Sept-Saints, première église brestoise, aurait donc été construite à l'emplacement de la maison où auraient été accueillis et où seraient morts les Sept Saints. Cette petite église aurait aussi été consacrée à Notre-Dame-de-Pitié à la Vierge, si l'on en croît le texte d'un procès tenu en 1700 entre la ville de Brest et les Jésuites[5]. Selon Onésime Pradère[6], cela n'a rien d'étonnant car l'église des Sept-Saints était située au milieu d'une population de pêcheurs et de marins et devait, tout comme la chapelle Sainte-Catherine de Recouvrance, recevoir les ex-votos des naufragés ou de leurs familles. Cette église fut au cœur de la vie brestoise : entre 1681 et 1747, l'inauguration de tous les maires de Brest y fut célébrée. Dans la liste des abbayes et prieurés de l'ancienne France, l'église des Sept-Saints est indiquée comme dépendant de l'abbaye de Saint-Mathieu[7], dont elle était un prieuré (en 1647 un dénomme le Demnat de Resquen et de Kervern en est le prieur[8].

Le tableau du maître-autel de l'église des Sept-Saints de Brest représentait Le martyre des Maccabées, de Bounieu (peintre peu connu), illustrant là une confusion entre la légende des sept saints de la Rade de Brest évoquée dans cette page et l'histoire semi-légendaire des Sept-Saints Maccabées[9]. Dans la scène représentée sur le tableau, certains des enfants sont morts et la mère se jette au pied du bourreau pour le supplier d'épargner les autres enfants. La scène représentée est d'ailleurs historiquement fausse, les Sept-Saints Maccabées étant représentés enfants, alors que dans le récit semi-légendaire des Maccabées, il s'agit de jeunes adultes. En fait le tableau, selon la description qu'en a faite Jacques Cambry, aurait représenté plutôt sainte Félicité, suppliciée en 150, juste après ses sept enfants.[10]. Albert Le Grand a écrit: «Â À Brest, dans la vieille église des Sept-Saints, les sept fils de sainte Félicité furent substitués aux saints évêques qui ont fait notre Bretagne[11] ; on peut voir encore dans l'église Saint-Louis de Brest[12] un tableau qui représente le martyre de ces saints jeunes gens »[13]. Il y a là des confusions évidentes entre plusieurs légendes de Sept-Saints. Ce tableau a disparu.

Notes et références

  1. M. Levot, "Histoire de la ville de Brest, tome 1, pages 219 à 225
  2. François-Marie Luzel, Note publiée en annexe de "La chapelle des Sept-Saints dans la commune du Vieux-Marché", revue "Mélusine", 1878, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57904847/f113.image.r=Sept-Saints.langFR
  3. P. Levot, "Daoulas et son abbaye", Bulletin de la Société académique de Brest, 1875, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2075543/f142.r=Daoulas.langFR
  4. Pol de Courcy, "La Bretagne contemporaine", Nantes, Charpentier, 1869
  5. "Au Roy. Les maires et eschevins de la ville de Brest et le marguilliers de l'église paroissiale des Sept-Saints, contre les épiètements des Jésuites", in Jacques Garnier, Catalogue méthodique la la bibliothèque communale de la ville d'Amiens, 1853-1874, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54894344/f69.image.r=Sept-Saints.langFR
  6. Onésime Pradère, "Brest, son château, son port, sa rade et ses environs : guide du touriste", 1889, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56854381/f43.image.r=Sept-Saints.langFR
  7. Jean-Martial Besse, "Abbayes et prieurés de l'ancienne France,... 8, Province ecclésiastique de Tours", 1920, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5859266j/f299.image.r=Sept-Saints.langFR
  8. René Kerviler, Répertoire général de bio-bibliographie bretonne. Livre premier, Les bretons, tome 12, 1886, 1908, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58202999/f48.image.r=Sept-Saints.langFR
  9. http://fr.wikipedia.org/wiki/Maccab%C3%A9es#Les_sept_fils_Maccab.C3.A9es_.28ou_.22Sept-Saints_Maccab.C3.A9es.22.29
  10. Jacques Cambry, "Catalogue des objets échappés au vandalisme dans le Finistère : dressé en l'an III", H. Caillère, Rennes, 1889, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k110459s/f129.image.r=Sept-Saints.langFR
  11. C'et une référence directe aux Sept Saints fondateurs de la Bretagne, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Sept_saints_fondateurs_de_la_Bretagne
  12. Il s'agit de l'ancienne église Saint-Louis, détruite pendant la Seconde guerre mondiale
  13. Albert Le Grand, "Les vies des saints de la Bretagne Armorique", J. Salaun, Quimper, 1901, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5038760/f728.image.r=Sept-Saints.langFR
Outils personnels