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Kevrenn Sant-Mark

    Sillage130 small.jpg Cet article est extrait du Magazine Sillage N°123 - mai-juin 2007
Auteur : Olivier Polard



La Kevrenn Brest Sant-Mark au Printemps des sonneurs à Brest, rue de siam, le 23 avril 2011

Les soixante ans de la Kevrenn Sant-Mark

La Kevrenn Sant-Mark Wikipedia-logo-v2.svg souffle cette année ses soixante bougies. Si elle a pu réaliser cette performance, c'est grâce à l'action passionnée de ses membres ainsi qu'à un effectif en constante évolution. Grâce au soutien de ses 90 adhérents, elle célèbre aujourd'hui l'événement en retraçant 6 décennies d'activités sur Brest à travers de nombreux temps forts (60 actions, 60 jours, 60 lieux) ainsi que le projet artistique événementiel et créatif "D'Azur et d'Hermines".

La naissance du premier bagad brestois est directement liée à la catastrophe du liberty-ship Ocean Liberty le 28 juillet 1947. Ce jour-là, le navire américain chargé de nitrates d'ammonium explose au milieu de la rade de Brest, à peine à 1 kilomètre des premières habitations. Les dégâts sont considérables pour une ville déjà durement éprouvée pendant le siège de 1944. Nombre de fenêtres ont volé en éclat, les toitures arrachées. On compte des dizaines de blessés. Le quartier Saint-Marc est déclaré zone sinistrée mais les aides tardent à venir en cette période difficile. Yann Camus, gérant du "Café du Bot" situé à deux pas de l'église, décide de réagir.

À son initiative, quelques sonneurs brestois se réunissent afin de collecter des fonds pour venir en aide aux sinistrés. Une tournée dans le Finistère est organisée pendant l'été en compagnie du Cercle Celtique de Brest. C'est l'acte fondateur de la Kevrenn. Suivra la création de nombreux bagadoù à travers toute la région. Occupant des lieux voués à la démolition (caserne Fautras, Satos, Librairie de la Cité, Nouveau Théâtre...), les sonneurs brestois répètent avec les instruments disponibles, biniou braz et bombardes ainsi que les tambours de la clique du Patronage Laïque de Saint Marc. En 1950, la venue à Brest d'un pipeband de Glasgow, ville bienfaitrice, inspire aux sonneurs brestois la fondation d'un bagad sur des bases plus rigoureuses. Délaissant les instruments d'origine, la Kevrenn se dote de cornemuses et d'une batterie écossaise à la faveur d'un emprunt à la Chambre de Commerce en 1954.

Sous l'impulsion conjuguée de Marcel Ropars et Yann Camus, la formation s'enrichit de l'héritage de la culture rurale locale tandis que, forts de leurs contacts écossais Bernard Jézéquel et Henri Léon enseignent la batterie et la cornemuse écossaise. Mais que faire de la bombarde dans un pipe band ? Grâce à Dorig Le Voyer, la fabrication de des cornemuses est améliorée, les rendants compatibles avec la gamme levriad. Les bombardes peuvent alors jouer à l'unisson avec un pipe. L'ensemble des bagadou bretons adoptent ces améliorations techniques sous l'impulsion de musiciens brestois décidément très en avance sur leur temps. La Kevrenn est de toutes les cérémonies : Festival des Cornemuses, fêtes de quartier, kermesses, inaugurations... Elle sonne le coup d'envoi de grandes rencontres sportives, le départ du tour de France ou celui de la Jeanne.

Pour progresser, l'accent est mis sur la formation musicale. Tandis que Michel Ropars dispense un enseignement axé sur la connaissance du patrimoine musical breton, Henri Léon se rend en Ecosse. Il en revient diplômé du Collège of Piping et se met aussitôt à enseigner son savoir. À l'inverse, les batteurs profitent de la venue à Brest de Bobby Mac Gregor pour enregistrer ses cours et mettre au point une méthode d'apprentissage adaptée aux besoins de l'époque. Le groupe ne tarde pas à obtenir des résultats de premier plan aux concours de bagadoù organisés dans le cadre du Festival des Cornemuses.

À partir de 1965, la Kevrenn rompt davantage encore avec le passé rural en abandonnant le costume de Plougastel-Daoulas qu'elle portait jusqu'alors, adoptant un costume contemporain réalisé par Jim Sevellec. La Kevrenn ne peut décidément rien faire comme les autres ! Elle peut se le permettre. Grâce à l'élévation du niveau de formation et aux talents de compositeurs tels que Pierre-Yves Moign ou Alain Trovel, elle remporte, en une vingtaine d'années, 11 fois le titre de Champion de Bretagne, un exploit ! Au cours des années soixante-dix, elle se démarque à nouveau des autres bagadoù en lançant une formule peu courante à l'époque : le concert de musique bagad. Son projet musical vise à élargir le spectre sonore du bagad en se tournant davantage vers le grand public. En 1976, à l'issu d'une ultime participation au Concours de Lorient, le groupe décide de quitter, à la surprise générale, à la fois la compétition et la fédération des bagadoù BAS pour adopter un fonctionnement totalement autonome.

Dans les années 80, sous l'impulsion de son président Yves Tanguy, la Kevrenn cherche les collaborations les plus variées, mêlant ses sons et ses rythmes à des groupes aussi différents que la Musique des Équipages de la Flotte, Melaine Favennec, Bleizi Ruz, Gwalarn ou encore Manu Lannhuel et Jacques Pellen, tandis que Christian Desbordes, sonneur et compositeur, enrichit le répertoire de la formation. Cela se traduit par de belles rencontres, des expériences inédites, enrichissantes, mais déjà la Kevrenn cherche d'autres challenges à relever. 1997 marque la naissance du "Printemps des Sonneurs" sous la volonté commune de la municipalité et du bagad brestois. Un pari osé mais gagnant car l'événement attire chaque année de 10 à 15000 spectateurs et rappelle par bien des points le Festival International des Cornemuses qui s'est tenu à Brest de 1953 à 1965.

Ce dixième anniversaire réunissant 550 sonneurs venus de toute la Bretagne pour fêter l'événement est bien sûr un peu particulier. Malgré les critiques, la Kevrenn Sant-Mark a poursuivi son aventure sans interruption depuis sa création dans une ville longtemps réputée peu sensible à la culture bretonne. Ce qui explique une telle longévité ? Peut-être ses thèmes musicaux résolument tournés vers l'avenir, les choix professionnels de ses musiciens pour demeurer brestois ou encore le prodigieux effort de formation. Grâce à tout cela, ce bagad atypique, généreux et attachant a encore de beaux jours devant lui, pour notre plus grand bonheur.

Olivier Polard (Sillage n°123)

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