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Jean Le Lann, un Plougastel témoin des mutineries de la mer Noire

Jean Le Lann, né en 1901 à Plougastel-Daoulas, n’est pas Fabrice Del Dongo à Waterloo mais comme lui, sans avoir la plus petite idée du procédé littéraire, il a dit ce qu’il a vu par le petit bout de la lorgnette, de cette page d’histoire qu’ont écrite les mutins de la mer Noire en 1919. Peu de temps avant sa mort sans doute, en 1973, il a tenu à coucher sur un papier d’écolier, dans le cahier même où en turfiste consciencieux il notait la cote des chevaux, ses quelques souvenirs de l’épisode historique auquel, il avait bien involontairement et bien modestement, participé. Seule la ponctuation, a été légèrement revue.


Jean Le Lann entre à l’école des mousses à quinze ans et signe pour dix ans à l’issue de sa formation, en octobre 1917. Et se retrouve aussitôt devoir traverser toute l’Italie à partir de Toulon pour rejoindre sa première affectation, l’escadre de la Méditerranée à Corfou. Là, il suit une formation de canonnier, sur le cuirassé « Jean Bart ». Le 11 novembre 1918, jour de l’armistice, est marqué pour lui par la vision de « deux torpilleurs autrichiens, drapeau blanc en tête de mat qui viennent faire leur reddition au vice-amiral commandant l’escadre ». Le 6 janvier 1919, le « Jean Bart, » sous le commandement du capitaine de vaisseau du Couëdic de Kererant appareille pour Constantinople, puis en mars pour Odessa et Sébastopol. La flotte alliée a pour mission de protéger la retraite de l’armée Wrangel. Notre matelot plougastellois note que les cuirassés anglais sont ancrés hors de la baie de Sébastopol, et que les Français ont déjà dépêché sur les lieux le « France », le « Condorcet », le « Justice » et le « Mirabeau » ce dernier au bassin après avoir subi des avaries. Mais laissons-lui la parole :

« Je fus désigné avec quatre camarades et le lieutenant Le Page (?) pour aller reconnaître le terrain propice pour le débarquement d’une compagnie de fusiliers marins avec ordre de rallier immédiatement le bord dès que nous entendrions trois coups de canon. Nous étions à peine à terre que le canon nous avertissait de rentrer. En rentrant, il était environ 16h 30, je rallie mon poste de combat dans la tourelle IV (le bâtiment était embossé l’avant face au goulet). Le tir commence à 17 h. Bordée de 305 et de 14. A la tombée de la nuit, les tourelles ne tiraient plus, les canons de 14 envoyaient une bordée toutes les ½ heures, toute la nuit. Le lendemain matin la tour Malakoff n’existait plus, elle avait été démolie par une salve de 14 (?) à 5 h (cette tour de Malakoff, un musée, représentant la guerre de Crimée en 1854). Les Russes ont demandé l’armistice.

Le samedi de Pâques, à 19 h, je me trouvais de faction sur la plage avant. 20 heures : l’équipage du cuirassé France chantait l’Internationale. Un quartier-maître canonnier voyant cela (Buvillars ) alerta aussitôt l’équipage qui était couché, coupure des rabans de hamac, tout le monde debout. Cela a duré jusqu’à 2h du matin.

8h, le dimanche, drapeau rouge hissé à la poupe du bâtiment. Le capitaine de vaisseau du Couëdic s’étant cassé le bras, est allé sur la plage avant, dire aux mutins : « Vous voyez comment je suis avec mon bras en écharpe. Vous ferez de moi ce que vous voudrez mais je tiens à descendre ce drapeau rouge ». Les mutins, pris de pitié, ont accédé à ses désirs ; de ce fait sur le Jean Bart, le calme était revenu.

Le lundi après-midi une bordée de permissionnaires sont envoyés à terre. On les a accueillis avec le drapeau rouge ; pour le défilé en ville, ils ont été accueillis par les compagnies de débarquement, à coups de fusil et de canons de 37. Retour à bord, nous sommes encore restés une semaine pour faire sauter les canons russes et avons pris la route pour Toulon. Comme condamnations sur le Jean Bart, il y a eu 3 meneurs de condamnés : le breveté canonnier Coat, brestois, le breveté timonier (nomillisible) et un breveté électricien. Yves Buvillars (?) n’a pas été inquiété."

Auteur : Yann Tanguy

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