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Interview-Sillage : Mireille Cann, militante associative

    Sillage130 small.jpg Cet article est extrait du Magazine Sillage N°113 - été 2006
Auteur : Jérôme Le Jollec


"La rue, c'est la vie"

On ne passe pas rue Saint-Malo, on y vient. C'est là, dans cet endroit resté un peu secret de Recouvrance que vit Mireille Cann. Depuis quinze ans, avec l'association Vivre la rue qu'elle a fondée et qu'elle préside, elle en a fait un lieu de rencontre et d'échange. Utopistes bienvenus ! Il y a une "maison bleue" et on parle, entre autres, écologie, avenir de la cité, commerce équitable... et fêtes. Aujourd'hui, la rue fait partie du patrimoine, même si le combat pour sa survie continue.

Rue Saint-Malo

Vous êtes brestoise de toujours?

Je suis née au Tréhou, mais je suis arrivée à Brest à l'âge de six ans.

Quelles images avez-vous de vos premiers pas à Brest?

La rue Traverse, où j'ai habité. Nous étions en face de la bibliothèque que j'ai vu construire. Les marches de l'abri Sadi Carnot, l'emplacement de l'École de musique, c'était notre terrain de jeu.

Les premiers engagements associatifs?

C'était le rock dans les garages et les caves, aménagés en lieux de répétition.

La découverte de la rue de Saint-Malo a-t-elle été fortuite?

Non! C'est un ami qui m'en a parlé et me l'a montrée. Jusqu'en 1988, je n'en avais jamais entendu parler. Je suis tombée foldingue de cette rue et elle a changé le cours de ma vie.

La décision d'y vivre s'est-elle imposée rapidement?

Elle était vouée à la démolition et on me disait que c'était une verrue pas une rue. Je me suis dit: "il faut y être".

Dans quel état se trouvait-elle?

C'était un dépotoir avec dix mètres de détritus par endroits. C'était à la fois un peu triste et très poétique. La poésie de cette rue m'a sauté aux yeux.

Que savez-vous des origines de la rue?

Pour moi, ce sont des ouvriers originaires de Saint-Malo qui lui ont donné ce nom. Les Malouins étaient les meilleurs charpentiers de marine.

Comment a-t-elle traversé l'Histoire?

C'était une rue d'ouvriers, de gens pauvres sans être miséreux.

Avez-vous des témoignages de gens y ayant vécu?'

On a des enregistrements filmés de gens nés dans cette partie de la rue et on se rend compte qu'ils l'aimaient.

Avant votre arrivée, que s'y passait-il?

Il y avait des squats. Les toitures en zinc qui se revendaient très bien étaient volées, ce qui entraînait une dégradation rapide.

Qu'avez-vous fait au début?

On a enlevé des centaines de tonnes de gravats et détritus. Il a fallu deux ans et demi pour nettoyer.

Comment étiez-vous perçus dans le quartier?

Pour certains, j'étais le diable. Je vendais de la drogue, me prostituais. Il a fallu de multiples réunions pour expliquer notre présence.

Et maintenant?

C'est le bonheur! Quand on fait une fête les gens sont bénévoles. Les relations avec la Ville ont parfois été houleuses... Il fallait défendre l'endroit. On pensait rester un an ou deux...

Quelles sont-elles aujourd'hui?

La persévérance marche. On est entendu, écouté et on parle maintenant de patrimoine, mais il faut encore discuter.

Les fêtes ont-elles eu un rôle fédérateur?

Bien sûr, c'est très sérieux les fêtes!

La plus aboutie selon vous?

Les Beaux Dimanches! On en a fait 23 à la suite. Toutes les formes de théâtre et de musique sont venues.

Un autre projet?

"Ici, je vais faire mon carnaval" en référence à la phrase qu'aurait prononcée la belle Tamisier, une femme enfermée au Refuge Royal où on mettait les femmes de mauvaise vie. Elle y mit le feu le dimanche des Gras en 1782.

Ce qui vous tient à cœur?

Après la sauvegarde il faut une phase de restauration pour faire des ateliers pour les artistes. L'art, c'est le contraire de la barbarie.

Plus globalement quel avenir pour la rue de Saint-Malo?

Faire en sorte qu'elle soit en bon état. Continuer à ce que ce soit une rue ouverte où chacun se sente chez soi. Qu'il y ait de la joie, qu'on puisse se rencontrer, débattre.

Et Brest dans tout ça?

C'est une ville que j'aime profondément. Je la trouve originale avec des gens qui ont de la gueule. Sans lever les yeux, on voit le ciel tout le temps. Certes, il y a du béton et elle mériterait qu'on lui mette un peu de couleur. Mais à côté, c'est magnifique, c'est grandiose.

Voir aussi

Mireille Cann, fondatrice de Vivre la Rue


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