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Interview-Sillage : Charles Claden, commandant de l'Abeille Flandre

    Sillage130 small.jpg Cet article est extrait du Magazine Sillage N°83 - sept.-oct. 2001
Auteur : Jérôme Le Jollec


"La mer arrive sur les plages !"

Charles Claden se remémorant l'explosion de l'Ocean Liberty

Charles Claden, alias Carlos, écume les mers depuis sa tendre enfance, allant même avec l'équipage de l'Abeille Flandre jusqu'à défier la puissance des éléments déchaînés. Après le naufrage de l'Erika, les médias se sont beaucoup penchés sur ces marins de l'extrême. Voici le parcours de l'un d'entre eux et non des moindres puisqu'il a reçu la légion d'honneur des mains du président de la République.

Carlos, ça ne sonne pas du coin ?

C'est le prénom de mon grand-père. La compagnie avec laquelle j'ai commencé à naviguer, reliait l'Amérique du Sud. Et quand on passait l'équateur, on avait l'habitude d'hispaniser nos noms.

La Marine, c'est une vocation ?

Je suis né au Maroc, à Tazenackt, dans le désert. Ma mère a acheté un bateau de 18 mètres quand j'avais douze ans, pour le transport de meubles aux Antilles. Je la rejoignais pendant les vacances. De là est née ma passion pour la mer.

Une passion puis un métier ?

Depuis mes sept ans, je voulais être matelot dans la Marine marchande, pour les histoires de voyages. En classe de terminale, j'ai fait mon choix. Et en 1973, j'ai intégré l'École de la Marine marchande au Havre car mon père m'avait convaincu de devenir officier.

Vos débuts n'ont pas été trop difficiles ?

J'étais sur un cargo en ligne avec l'Amérique du Sud où je suis passé d'élève à lieutenant puis second capitaine. La compagnie était très sympa et les gens solidaires. Parallèlement, je faisais toujours du voilier. Et en 1976, j'ai pris le commandement du Club Méditerranée. Puis, en 1978, appelé par le service national, j'ai été détaché par la Marine sur le Bel Espoir du Père Jaouen pendant un an et demi.

Entre la voile et la marine, qu'est-ce qui a fait pencher la balance ?

Je devais faire la transat anglaise et je me préparais à Dunkerque. À la fin de 1979, les Abeilles ont été créées. Et j'ai rencontré Jean-Pierre Roger, commandant de l'Abeille-Flandre. J'étais déjà bien sensibilisé aux catastrophes maritimes par le biais de l'Amoco Cadiz. Ce métier avait l'air d'être utile et j'ai intégré le remorqueur en avril 1980.

L'héroïsme des sauveteurs vous fascinait ?

Nous ne sommes qu'un maillon de la chaîne du sauvetage. Je trouve agréable de travailler avec l'équipage, la préfecture, les CROSS, le Cedre. C'est un système vivant qui ressemble au SAMU.

Vos plus fortes émotions ?

Il y a en a tellement ! Je pense que la mission de renflouement d'un pétrolier chargé de gaz en Algérie a été la pire. Le bateau se situait à 300 mètres d'une usine de production de gaz, non loin d'une ville qu'il a fallu évacuer deux fois en deux mois d'opérations.

Votre plus grande peur ?

Le sauvetage d'un cargo polonais, le Sopt, en août 1986 au large d'Ouessant. On avait force 9-10 et un équipage de 31 personnes à évacuer. Le bateau a chaviré et blessé un plongeur. On a récupéré tout le monde en zodiac et par hélicoptère. Deux heures après, le Sopt a coulé, ce qui a bien failli arriver aussi à la vedette SNSM de Molène.

Qui décide dans ces cas extrêmes ?

Le préfet maritime dirige les opérations. Mais à bord, si le travail est collectif, certains choix sont personnels.

Quelles sont les limites ?

On a mené 210 opérations d'urgence du type du Sopt. Quand les vies humaines ne sont pas en jeu, les décisions sont le fait de tout l'équipage. La question que l'on se pose toujours est "jusqu'où peut-on aller ?"

Ce qui vous énerve le plus ?

On est pas là pour juger les imprudences des uns ou des autres. Des fois, on râle pour évacuer la pression mais on essaie toujours de ne pas se laisser submerger par nos émotions.

Quel sentiment vous procure la légion d'honneur ?

Beaucoup de fierté car c'est la reconnaissance des compétences de tout un équipage.

Pour quel bilan ?'

On compte 810 opérations d'intervention au large du Finistère. Ce n'est pas rien. On travaille très souvent dans le non-événement. Mais il y a aussi des catastrophes.

Que vous inspire celles de l'Erika ou du Ievoli Sun ?

Les gens se rendent enfin compte que la mer arrive sur les plages. Depuis trente ans, on assiste à une sensibilisation de l'opinion publique à ce qui se passe en mer. Tant mieux si cela fait progresser les choses.

Qu'est-ce qui vous rend le plus heureux ?

Je vis dans un endroit très beau et je travaille avec des gens très solidaires.

Une mascotte à bord ?

Avant, on avait des chiens mais ils attrapaient la maladie du fer.

Une devise alors ?

Ce bon mot des Shadocks : "Mieux vaut mobiliser son intelligence sur des conneries plutôt que sa connerie sur des choses intelligentes !"

Et Brest dans tout ça ?

J'étais fasciné dans ma jeunesse par les récits des marins brestois: Malbert, les remorqueurs allemands du port. Dans ma tête de gamin, je voulais devenir capitaine d'un remorqueur à Brest. Mon souhait est comblé. Cela fait vingt ans que je vis ici. La première fois que j'y suis arrivé, j'ai retrouvé les ambiances des livres de Mac Orlan. C'est une ville maritime qui réunit toutes les marines : nationale, pêche, plaisance, marine marchande. Brest : un nom qui tonne et qui chante.


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