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Extrait de la biographie de James Reese Europe


Après une semaine au Mans, les soldats partirent en train pour aller à Brest, port d'embarquement désigné pour leur retour au pays. Tout le long du chemin, les hommes spéculaient et pariaient qu'ils seraient, soit sur le premier bateau partant pour l'Amérique la nuit de leur arrivée, soit sur un autre partant un jour ou deux plus tard. "Nos gars espéraient tous que nous pourrions attendre jusqu'au matin" écrit Little. "Bien sûr, tout le monde voudrait nous voir ; et bien sûr, tout le monde voudrait entendre l'orchestre ; et bien sûr, le commandement général de Brest voudrait que nous défilions devant lui."

Ce qu'ils trouvèrent ne fut rien de tout cela. Le commandement de l'armée était apparemment inquiet du fait que les troupes noires américaines aient été infectées par un virus égalitaire ("radicalisme étranger" était l'euphémisme habituel) venant de leur expérience en France, et que cela poserait des problèmes quand les hommes reviendraient au pays. La police militaire à Brest reçut donc l'ordre de les traiter durement pour les aider à se souvenir de leur statut inférieur de retour en Amérique.

Il y eut immédiatement des problèmes : un soldat noir du 369ème fut agressé par les policiers militaires américains sans les avoir provoqués et, quand le commandant Little demanda des explications, on lui répondit que ceux-ci avaient été prévenus que "nos 'nègres' se sentaient quelque peu euphoriques et que, des instructions avaient été données de les calmer rapidement dès qu'ils arriveraient, afin qu'il n'y ait pas de discorde plus tard."

"Nous sommes revenus à Brest le 11 janvier 1919" dit Little. "Nous avons embarqué à Brest pour le pays le 31 janvier. Pendant ces trois semaines, aucun jour ne s'est passé (sauf quelques heures) sans être soupçonnés de faute, et sans que l'ensemble de l'organisation ne soit menacé d'une sanction disciplinaire qui consisterait à placer son nom en fin de liste d'embarquement." C'était bien sûr la menace ultime : retarder le départ du régiment pour le pays tant qu'il ne manifestait pas une attitude suffisamment obséquieuse. Un des soldats nota dans son journal intime qu'à Brest "il semble que nous étions finalement confrontés à une situation pire que les Allemands...."

Enfin, les ordres d'embarquement du 369ème d'Infanterie furent donnés au colonel Hayward. Pour le QG (avec Jim Europe et l'orchestre) et le 1er Bataillon de Little, le départ de Brest à bord du Stockholm était prévu le 31 janvier. Le 2ème Bataillon, la Compagnie d'approvisionnement et le 3ème Bataillon, suivraient le lendemain. Dans l'après-midi du 31, le premier contingent partit à pied du camp de Pontanezen, passa par les rues de la ville et descendit jusqu'aux quais où des navettes les attendaient pour les amener à leur bateau ancré dans le port. Ils marchaient en silence. "Chaque homme avait été mis en garde et chaque homme avait pris cette mise en garde au sérieux." Alors que les derniers soldats embarquaient, le commandant de la base remarqua l'orchestre. "Peuvent-ils jouer ?"demanda-t-il au commandant Little. "Oui Monsieur" répliqua Little. "Eh bien, pourquoi ne jouez-vous pas un air avant le départ ?" "Je suis sûr que cela nous serait très agréable, Monsieur," répondit Little, "mais je ne voudrais pas courir le risque de perdre notre place sur le bateau. Si vous intervenez dans ce sens, Monsieur, je donnerai l'ordre." "Oui oui, tout à fait, un peu de musique !" répliqua le commandant de la base, puis Little se tourna vers le chef d'orchestre : "Monsieur Europe" dit-il, "vous pouvez jouer !"

Et ainsi, les officiers et les hommes du 15ème Régiment d'Infanterie de la Garde Nationale de New York, le 369ème des "combattants de l'enfer" de la première guerre mondiale, dirent adieu à la France avec "la musique émouvante qu'ils aimaient tant", exactement comme cela s'était produit dans l'impatience du débarquement, treize mois auparavant.

Source: traduit du livre A Life in Ragtime, a Biography of James Reese Europe écrit par Reid Badger et publié en 1995 par Oxford University Press.

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