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Architecture et Histoire de Landerneau

Landerneau musée de la pierre en plein air

Le sous-sol de Landerneau est dépourvu de granites ou d'autres roches susceptibles de livrer de belles pierres de taille.

Les versants de la vallée de l'Elorn ne fournissent que des moellons de schistes gris-bleu, de dimensions réduites et informes, recherchés pour l'édification des murs (église Saint-Thomas, au XVIe siècle). Plus au Nord, affleurent des gneiss écrasés dont le feuilletage facilite l'obtention de médiocres moellons (clôture du Couvent du Calvaire). Vers le Sud, en Cornouaille, les quartzites blancs, dits de La Roche-Maurice, sont inaptes au façonnement ; aussi malgré sa proximité et son inaltérabilité, ce matériau n'a guère été apprécié (5, venelle Sainte-Anne) ; de même, les quartzites gris-vert, dits de Plougastel, livrent des moellons (rue du chanoine Kerbrat).

Plus loin vers le Nord, sur le plateau du Léon, appel pouvait être fait à diverses roches intrusives de bonne qualité, mais qu'il fallait acheminer par charrois : granite porphyroïde blanc-gris de Kersaint (église de Saint-Houardon) ; granite fin gris clair de Kersaint (église de Saint-Thomas) ; monzodiorite grisâtre de Plounéventer, aux enclaves ovoïdes, lui conférant un aspect tacheté (actuelle mairie).

Toutefois, avec l'emploi de ces seuls matériaux, le bâti landernéen n'aurait guère présenté son charme indéniable. Il a fallu quérir dans le passé, diverses roches de qualité exceptionnelle que la situation de la cité, au fond d'une ria navigable, permettait d'acheminer facilement par voie d'eau, évitant ainsi de pénibles et dispendieux charrois.


La pierre jaune de Logonna

Maison de la Sénéchaussée (photo prise par Rémy BOUGUENNEC)
Ce microgranite, bien caractérisé par sa teinte chaude et ses cernes subconcentriques brunâtres d'hydroxyde de fer, est extrait de la carrière du Roz, exploitée dès le Moyen Age et toujours en activité aujourd'hui. Cette pierre illumine, depuis des siècles, les constructions les plus diverses : l'église Saint-Thomas et l'ossuaire tout proche (1635), de belles demeures comme la maison dite de la Sénéchaussée (1664), la maison Duthoya (1667), la maison Gillart sur le pont de Rohan (1639), les manoirs de Penanru ou de la Petite Palud. Mais d'autres microgranites de la rade de Brest, de qualité inférieure, fort sensibles à l'altération météorique, ont été aussi employés, pour la maison Notre-Dame de Rumengol (1668).
Notre Dame de Rumengol (photo prise par Rémy BOUGUENNEC)

Par ailleurs, l'Île Longue livrait sous l'appellation de « porphyre », des pavés renommés, et l'île Trébéron, de bons moellons pour le quai du port.


Les divers kersantons

On retrouve également dans les murs de la ville les kersantons, noirs à grain fin ou grossier ; gris et gris-bleuté, des diverticules orientaux de la rade de Brest pour le grand porche de Saint-Houardon (1604), des inscriptions lapidaires, la fontaine de la place des Quatre Pompes (1774), les bornes en bordure du quai de l'Elorn, le pont-biais du chemin de fer à la sortie de Landerneau, le cloître du Couvent du Calvaire, des habitats divers, le monument aux morts et l'art funéraire. Mais on utilise aussi le granite à gros feldspaths roses de l'Aber-Ildut pour les aménagements portuaires et pour de nombreuses demeures dans les rues Romain-Desfossés et des Déportés ; les granites blancs de l'Aber-Ildut, extraits à Plouarzel, dans la construction du couvent des Ursulines et, moins connu, le granite blanchâtre de Trégana pour le couronnement de la murette le long de la rue du Docteur Pouliquen. Dans le passé, il a été fait appel, exceptionnellement, au calcaire gris-bleu de la rade de Brest, notamment dans une demeure du XVIe siècle, n°37 quai de Cornouaille, le petit manoir de Keranden, une maison de la rue François Pengam (1662) ou encore pour les pierres d'angle de la maison Duthoya.

Avec l'affranchissement du handicap de la distance, à partir de la fin du XIXe siècle, divers granites distaux ont été utilisés à Landerneau comme le granite de Cléder, blanc gris très clair, à Keranden en 1904, au manoir de Penanru lors de l'adjonction d'une aile occidentale, pour une maison à proximité de la gare, qui présent une curieuse association à la brique et à la céramique. Plus tardivement, on emploie le granite du Huelgoat, caractérisé par ses cristaux rectangulaires de cordiérite gris sombre, pour le bâtiment des PTT « Lignes à grandes distances » ou le nouveau pont sur l'Elorn, puis le granite de Dinan, gris clair, à légère nuance bleutée pour le bâtiment de La Poste.

Faute de place, il s'avère presque impossible d'évoquer les autres roches utilisées à Landerneau telles que le quartz blanc, local, le schiste bleu sombre extrait au Sud de la cité, le monzodiorite bleu noir de Ploudaniel, le clair granite à tourmaline de Mespaul, le « gris celtique » aux énormes feldspaths blanchâtres du massif de Quintin, le granite bleuté de Lanhélin ou le tuffeau du Val de Loire.

En un mot, par le grand nombre de roches utilisées dans ses édifices pendant des siècles, Landerneau se présente aujourd'hui au visiteur comme une sorte de musée de la pierre en plein air. Mieux, par le choix délibéré de certains matériaux régionaux de qualité exceptionnelle - pierre jaune de Logonna, sombre kersanton de la rade de Brest, granite rose de l'Aber-Ildut - la cité apparaît comme un authentique reflet, singulièrement contrasté et transfiguré par le façonnement, de la palette du riche sous-sol de Basse-Bretagne. Un des points les plus frappants demeure le polylithisme assez général des édifices landernéens, c'est-à-dire l'emploi, dans une même construction, de pierres offrant des différences de composition et de provenance. Le cas extrême est sans doute offert ici par l'église Saint-Houardon.


Louis CHAURIS Directeur de Recherche au C.N.R.S. (E.R.)


Des informations plus détaillées sur les pierres utilisées dans les édifices landernéens sont présentées dans plusieurs articles de l'auteur, publiés dans « Le Courrier du Léon/Le Progrès de Cornouaille » : 6, 13, 20 et 21/11/1993 ; 18/12/1993 ; 1 et 8/01/1994 ; 21 et 28/03/1998.


Landerneau: une ville pont

Le pont habité-Pont de Rohan (photo prise par Rémy BOUGUENNEC)

D'après ce dicton breton "quand je suis sur le Pont de Landerneau, j'ai un pied en Léon et un autre en Cornouaille".

La structure urbaine de la ville se définit autour du Pont de Rohan, passage obligé entre deux quartiers, Saint-Houardon et Saint-Thomas, et deux régions, le Léon et la Cornouaille. Reposant à la croisée de deux territoires, cet ouvrage est également un point de rencontre entre une rivière (l'Elorn) et la mer (l'Océan atlantique).

Un premier pont existe sans doute dès le XIIe siècle, avec certitude en 1336, sans doute en bois. Il a été reconstruit en 1510 par Jehan II, vicomte de Rohan (1452-1516).


Reposant sur six arches, le pont commence à se garnir de constructions, au XVIe siècle. Il se dote notamment d'un moulin ayant un double emploi de pêcherie et d'une prison, très malsaine en raison de l'humidité ambiante.


Les constructions du Pont de Rohan, de quelque côté qu'on les considère, forment un ensemble architectural typique. Malheureusement, en 1825, un incendie ravage une grande partie de ses immeubles. Les façades, avec leurs grands pans d'ardoises, ont gardé quelque chose de leur originalité, contrairement aux façades Ouest qui ont souffert des transformations de l'époque moderne.


En dépit de ce sinistre et des multiples modifications qu'il a subies, c'est l'un des derniers ponts habités d'Europe.

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