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7è Chapiteau d'hiver du Relecq-Kerhuon

Le Bal monté du TAV (intérieur)
Le Stalker du TAV
Le bar du bal monté
L'entrée du site
Une machine de Claude Baudet

La septième édition du Chapiteau d’hiver du Relecq-Kerhuon s'est tenue du 11 mars au 2 avril 2017. L'organisation a été confiée, comme l'année dernière, par le Théâtre des Arts Vivants (TAV) qui, fort de la réussite de l'édition 2016, a décidé de rester une semaine de plus. Le bal monté a occupé le site de Camfrout dès le début du festival mais orienté différemment et qui, plus est, avec une reconfiguration de l'espace intérieur caractérisée, entre autres, par une surélévation de la scène ; on pouvait également y admirer les machines de Claude Baudet. Le stalker (chapiteau) n'a été monté que le 15 mars ; le collectif Autre direction étant venu avec son propre chapiteau. A ses éléments déjà incontournables ont été ajoutées d'autres installations destinées à rendre l'espace encore plus accueillant, comme des toilettes sèches. Même les bénévoles ont bénéficié d'un surcroît de confort grâce à la maison avec vue sur l'Elorn, située à deux pas du site, où ils pouvaient se reposer entre deux journées dans un cadre plus agréable que la caravane où ils dormaient l'année dernière.

Sommaire

MERCREDI 15 MARS

Le DJ Julien Tiné et ses jeunes "clubbers"

15 h : Bim Bam Boum

Pour permettre aux enfants de se défouler par ce jour sans école, le DJ Julien Tiné leur a offert un après-midi festif. L'intérieur du bal monté a été dégagé et aménagé en piste de danse, permettant aux chers petits de s'agiter à leur aise sur des rythmes endiablés. Le DJ était déguisé en lapin, rappelant ainsi à quel public il s'adressait et amenant les témoins adultes à se demander comment il arrivait à mixer avec ses moufles. Ceux qui étaient trop fatigués pour gambiller ont pu se régaler de gâteau au chocolat au coulis de cerise. Les plus grands ont aussi eu droit à du spectacle en assistant à l'installation du stalker : comme le confirme Haroun, le plus dur est d'installer les mats et le toit.

JEUDI 16 MARS

20 h : La nuit de Valognes

De gauche à droite : Régis Le Pinic (Don juan), Monique Sithamma (Duchesse de Vaubricourt), Yvonne Plouzennec (Hortense de Hauteclaire), Joëlle Salaün (Comtesse de la Roche-Piquet) et Rozenn Petit (Mademoiselle de La Tringle)
Yunah Reisch (Sganarelle) et Régis Le Pinic
Régis Le Pinic et Julie Ramoné (Angélique)
Régis Le Pinic et Florent Alamelou (Pierre de Chiffreville)
Yvonne Plouzennec et Rozenn Petit sur les gradins, assistant au "flashback" de Sganarelle
Yvonne Plouzennec, Joëlle Salaün et Rozenn Petit

Et si l'incapacité présumée de Don Juan à tomber amoureux de qui que ce soit dissimulait une incapacité à tomber amoureux d'une femme (ce qui n'est pas la même chose) ? Et si l'indignité du vil séducteur ne cachait pas une autre indignité, encore plus inavouable pour l'époque ? Telles sont les questions qui sous-tendent le texte d'Eric-Emmanuel Schmitt : ce "procès de Don Juan" intenté par quatre de ses anciennes victimes (une libertine, une nonne, une romancière et une vieille duchesse) devient peu à peu un autre procès, celui de toute une période de l'histoire européenne où hommes et femmes étouffaient littéralement sous le joug d'une religion qui forçait l'individu à aller contre sa nature. La thématique est cependant loin d'être obsolète et fait écho aux crispations contemporaines autour de la notion de "genre" : les personnages ont tous en commun de se révolter, plus ou moins violemment mais réellement, contre les comportements qu'ils seraient censés adopter en raison de leur sexe ou de leur âge - les questions liées au temps qui passe et au rôle que l'on endosse en public sont omniprésentes.

Mise en scène par la troupe du Théâtre Farrago, du Relecq-Kerhuon (si les compagnies venues d'horizons variés sont les bienvenues au chapiteau d'hiver, mettre en avant les artistes locaux fait partie intégrante de la philosophie de l'événement) et annoncée comme "joyeusement bordélique", la pièce a pourtant été jouée sobrement, dans un style que n'aurait pas renié Molière lui-même, l'audace formelle la plus extrême étant l'installation dans le public des anciennes "victimes" de Don Juan assistant au flash-back, organisé par Sganarelle, où le valet dit la vérité sur les rapports entre son maître et le commandeur. Certes, il y a un jeu de lumières fortement contrastées avec des couleurs très vives et des scènes où la violence des répliques le dispute à l'ampleur de la gestuelle mais rien de tout cela ne "choque" l'oeil du spectateur : tous ces éléments de mise en scène sont parfaitement en accord avec les événements auxquels il nous est donné d'assister et ne génèrent aucune surcharge. De ce point de vue, la représentation est une réussite : les meilleures astuces de mise en scène sont celles que le public ne perçoit pas, justement parce qu'elle servent le spectacle en contribuant à sa lisibilité et à sa mise en valeur.

Concernant les jeux d'acteur, la scène la plus "violente" est probablement celle où la religieuse renie sa foi, voyant désormais en Dieu un amant qui n'a rien à envier à Don Juan en matière d'indignité, une scène de révolte qui rappelle presque La Religieuse de Diderot. Les personnages sont fortement typés mais sont loin d'être caricaturaux : Régis Le Pinic campe un Don Juan qui se rend impénétrable justement parce qu'il craint d'être pénétré, le blanc de son costume et de son teint cessent rapidement d'être des marques de provocation d'un personnage extravagant pour devenir les signes de la mélancolie d'un homme blessé, le dandy laisse place à un Pierrot. La ravissante Julie Ramoné joue une Angélique qui est à des lieues d'être la créature insignifiante que dépeignent les autres femmes et se révèle, au contraire, autant éprise de conquête que le vil séducteur. Yunah Reisch, enfin, fait sortir Sganarelle de son statut figé de conscience de son maître et met en valeur la complicité qui le lie à Don Juan : le valet n'est plus le candide un peu naïf dépeint par Molière, si tant est qu'on ait jamais pu parler de naïveté concernant ce personnage qui revendiquait jadis savoir son Don Juan "sur le bout du doigt". En fait, Sganarelle ne parvient plus à cacher son attrait pour les audaces de vil séducteur de son maître, de telle sorte qu'il en vient à être déçu de constater, en perçant à jour l'âme de Don Juan, que ce dernier n'est pas à la hauteur de son personnage qu'il s'est d'ailleurs lassé de jouer mais auquel le ramène la comtesse de la Roche-Piquet, laquelle l'emmène ainsi aux Enfers à la place du commandeur, ce qui donne tout son sens à son costume écarlate comme le diable...

Distribution

  • Régis Le Pinic : Don Juan
  • Monique Stihamma : La Duchesse de Vaubricourt
  • Joëlle Salaün : La Comtesse de la Roche-Piquet
  • Yvonne Plouzennec : Hortense de Hauteclaire (la religieuse)
  • Rozenn Petit : Mademoiselle de La Tringle
  • Yunah Reisch : Sganarelle
  • Julie Ramoné : Angélique de Chiffreville / Marion
  • Florent Alamelou : Pierre de Chiffreville

Fiche technique

  • Mise en scène : Steeve Brudley
  • Régie : Christophe Bachelier et Jules Tanguy
  • Costumes : Yasmina Schickler
  • Maquillages : Josiane Quillivic et Prune Bodenez
  • Conseils artistiques : Yano Benay
  • Maître d'armes : M. Lemoine
  • Conception affiche : Jérémy Breut
  • Conception logo : Gabrielo Bonnano


La nuit de Valognes from Wiki-Brest on Vimeo.

VENDREDI 17 MARS

Deux slameurs en herbe
Thierry Nezet

19 h : Soirée Slam

Cette scène ouverte animée par le rappeur et slameur brestois SinnKaya a vu défiler aussi bien de vieux routiers de la scène slam que des débutants qui déclamaient en public pour la première fois. Du côté des habitués, outre SinnKaya lui-même, on a ainsi pu revoir Gaëtan Kerdraon, qui s'était déjà produit au Chapiteau d'hiver l'année dernière et qui s'est fendu pour son retour, entre autres, d'un joli texte anti-Front National. Autre slameur confirmé, Thierry Nezet composait dans un registre plus proche du monologue théâtral du fait de l'ampleur de ses textes qui battaient le record de longueur de la soirée. Marie, du TAV, est elle-même montée sur scène à deux reprises, se donnant ainsi l'occasion de déclamer sans fond musical, ce qu'elle n'avait encore jamais fait selon ses dires ; on a même eu droit à un nouveau passage de Michel Lidou qui nous a fait sortir du pré carré du slam pour entrer de plain-pied dans celui du conte, ce qu reste de la littérature orale. Du côté des débutants, les élèves de 5è du Relecq, que SinnKaya suivait depuis une semaine, ont enthousiasmé le public avec leurs textes brocardant la société de consommation et la civilisation de l'image, opposant le plus cinglant des démentis à ceux qui dépeignent la jeunesse comme apathique et incapable de s'intéresser au monde autrement que par des jeux en ligne. La prestation de Blequin, par ailleurs présent en tant que caricaturiste sur la quasi-totalité des événements, a elle aussi été très appréciée.

SAMEDI 18 MARS

19 h : Soirée d'ouverture du festival Les Renc'Arts

Deejay Taj

Fait rare, qui rapprochait exceptionnellement le Chapiteau d'hiver de la configuration "traditionnelle" des festivals de musique, ce soir-là, le stalker et le bal monté étaient simultanément ouverts, le premier accueillant la soirée proprement dite avec les quatre concerts de musiques urbaine au programme (Randle P., Oakward, El Maout, Deejay Taj) et le second offrant, avec son bar, l'espace où le public pouvait faire une pause entre deux morceaux. Bien entendu, pendant la majeure partie de la soirée, le public fut plus nombreux sous le stalker que sous le bal monté, ce qui n'alla pas sans agacer légèrement Salomé qui, derrière le bar, s'ennuyait un peu en attendant les clients. SinnKaya, qui était revenu en tant que chanteur du groupe Randle P., fut gagné lui aussi par l'impatience étant donné que son groupe qui était initialement programmé en premier,a finalement dû attendre la fin de la prestation de Deejay Taj pour se produire. Tout cela n'a en rien gâché le plaisir de l'assistance qui, par ailleurs, frappait l'observateur par son caractère hétéroclite : on y voyait des gens de tous les âges voire de tous les milieux, signe évident que les cultures hip hop mises à l'honneur ce soir-là sont sorties de leur ghetto culturel. Certains crieront à la récupération, mais le fait que ces musiques ne soient plus cataloguées "de jeunes" ou "de sauvages" indique qu'elles sont reconnue comme moyens d'expression à part entière, ce qui est le signe de leur réussite.

DIMANCHE 19 MARS

Prêts à aller sur la piste !

16 h : Soul Train Line

A l'occasion de ce "spectacle à danser", le public, en entrant dans le bal monté, était invité à troquer ses vêtements de ville contre l'une des nombreuses tenues colorées (toutes les tailles était disponibles) proposées par la costumerie mise en place par Des habits et vous ; un changement de costume indispensable pour réussir pleinement cette plongée dans l'ambiance des années 1970 proposée par la compagnie Engrenage. Deux danseurs et un Dj étaient présents pour transmettre les mouvements chorégraphiques emblématiques de l'époque et recréer l'ambiance de la fameuse émission Soul Train qui fit les beaux jours de la télévision de Chicago. Ainsi la piste du bal monté, pleine comme un oeuf, devint-elle, l'espace d'un après-midi, le théâtre d'un des hommages les plus vivants jamais rendus à la musique noire américaine depuis le film Blues Brothers.

VENDREDI 24 MARS

La fanfare des Gars du Reun sur la scène du bal monté

19 h : Soirée Mic Mac

Tout comme l'année précédente, la scène ouverte Mic Mac a fait une infidélité au Comix pour s'inviter au Chapiteau d'hiver ; la soirée a commencé en fanfare, au sens propre comme au sens figuré, avec les Gars du Reun de Guipavas. La participation d'une fanfare à une scène ouverte n'est pas monnaie courante mais a été rendu possible par l'espace procuré par le bal monté, plus grand que la petite salle bondée du Comix dont les deux jeunes ordonnatrices des soirées Mic Mac son habituées. Il faut croire que ce commencement original a porté chance à la soirée car, après un léger flottement dans la première demi-heure, la salle et la scène n'ont plus désempli !

SAMEDI 25 MARS

13 h : Salon kerhorre de la micro-édition

Le salon kerhorre de la micro-édition
Blequin, Elena Tikhomirova et Jean-Yves Le Fourn

Encore un revenant de l'année précédente, fidèle au poste. Pour la deuxième année consécutive, sérigraphes, éditeurs et graphistes se sont donnés rendez-vous pour présenter au public les pratiques éditoriales les moins connues qui sont autant d'alternatives aux grosses machines commerciales. Dans le cadre de cette première journée de salon furent organisés un atelier de création de badges et une séance de "Tac au Tac" avec les artistes Jean-Yves Le Fourn, Elena Tikhomirova et Blequin.

19 h 30 : La princesse de Clèves

Benoît Schwartz

L'expression "dîner-spectacle" prenaient enfin tout son sens dans cette mise en scène où les plaisirs de la table et ceux de l'esprit étaient étroitement mêlés au lieu d'être simplement juxtaposés. Ce soir-là, le fond de l'air était pour le moins frais, ce qui donnait une raison supplémentaire au public venu nombreux (près de 80 personnes avaient réservé pour seulement 50 places disponibles !) pour être impatient de se réfugier sous le Stalker. Néanmoins, une fois la porte ouverte, il a fallu continuer à patienter un minimum : loin de laisser s'engouffrer le public en vrac comme un torrent dans une vallée, Benoît Schwartz, le concepteur et interprète du spectacle, a pris soin de placer lui-même les spectateurs autour de la table baroque, qui avait été installée sous le chapiteau, en fonction des besoins de la mise en scène. En effet, à peine le comédien, installé en bout de table, commença-t-il le récit, devenu pour ainsi dire légendaire, de cette magnifique princesse qui fit mourir malgré elle son mari en lui avouant une passion illégitime, que tout le public fut interpellé en tant que partie prenante de la cour d'Henri II et Catherine de Médicis ! Ainsi certaines personnes devinrent-elles, le temps d'une soirée, la princesse de Clèves, son époux, le duc de Nemour, le vidame de Chartres, le roi lui-même ou son épouse. Le récit, soutenu par un jeu de lumières astucieux qui causa une vive impression, était de temps en temps interrompu le temps d'un court exposé didactique sur les moeurs de l'époque où la conception de l'hygiène n'était pas tout à fait la même que celle d'aujourd'hui ! Le public a ainsi pu découvrir une version inattendue de l'origine d'expressions telles que "joindre les deux bouts", "sucrer les fraises" ou "en deux coups de cuillère à pot". Quelle était la part du vrai et la part d'invention dans ces leçons de linguistique du professeur Schwartz ? Qu'importe : le roman de Madame de la Fayette dont s'inspirait le spectacle se situe de toute façon sur la frontière entre le mythe et l'histoire.

Après ce récit, au cours duquel le public avait déjà eu un apéritif original avec un vin blanc aromatisé (les appréciations sur cette boisson furent assez partagées), un repas fut servi avec des mets conçus dans l'esprit de la cuisine de cour au XVIIè siècle : pas question, bien sûr, de pousser la reconstitution historique au point de servir des animaux avec leurs poils ou leurs plumes comme ça a pu se faire au temps d'Henri II ! Il n'empêche que la soupe aux pois, le jambon cuit et le gâteau et la cannelle ont été fort appréciés et n'auraient pas fait honte à la table de sa majesté.

DIMANCHE 26 MARS

10 h : Le petit déjeuner

Véronique Héliès

Après le dîner-spectacle, voici le petit déjeuner-spectacle avec la compagnie Dérézo : la table baroque a laissé la place à un comptoir en bois de forme rectangulaire autour duquel une trentaine de spectateurs a été conviée à prendre place pour sacrifier au rituel du premier repas de la journée. Rien ne manquait : pain, beurre, viennoiseries, madeleines, jambon, fromage, café, thé, chocolat et même les serveuses, personnifiées par Anaïs Cloarec et Véronique Héliès, qui n'avaient pas leur langue dans leur poche et n'étaient pas avares d'anecdotes à raconter aux commensaux, lesquels ont pu apprendre, entre autres, que Christophe Colomb aurait pu rapporter le chocolat en Europe s'il n'avait pas jeté par-dessus bord les graines de cacao qui lui avaient été offertes par les indigènes et qu'il avait pris pour des crottes de bique ! Tout comme pour les expressions commentées par Benoît Schwartz, la frontière entre fiction et réalité est ténue, mais n'est-ce pas là le propre du spectacle vivant et le moteur même de sa capacité à faire rêver les gens ? Madame A et madame V, comme elles se faisaient appeler, assuraient leur service avec des gestes évoquant autant la chorégraphie que la comédie à proprement parler, mais l'habileté dont doivent faire montre les "vraies" serveuses n'est-elle pas elle aussi proche du ballet ? Bref, puisque la vie quotidienne est déjà un spectacle en tant que telle, autant aller jusqu'au bout de cette logique et saisir l'occasion pour abolir la frontière artificielle entre la culture et le quotidien : l'idée de déclamer le célèbre passage de la madeleine de Proust tout en servant soi-même des madeleines parait dès lors d'une logique presque élémentaire. Une deuxième séance attendait les lève-tard à 11h30.

  • Mise en scène : Charlie Windelschmidt

11 h : Salon kerhorre de la micro-édition

Deuxième journée du salon organisé par l'association Ultra Editions ; en marge des stands eut lieu un atelier de fabrication de cartes avec des tampons modulaires. Le Printemps des poètes s'est même invité au salon avec une lecture de poèmes divers et variés sous l'égide de Chantal Bideau des Editions Travesias, une prestation réglée comme du papier à musique autour d'un choix de poèmes forcément subjectif.

MERCREDI 29 MARS

Pierrot et Auguste face à leur jeune public

14 h : En piste !

"Mercredi. Rude journée. Pas d'école. Les minuscules sont lâchés" écrivait en son temps le grand Pierre Desproges. C'est donc pour venir en aide aux malheureux parents à court d'imagination pour occuper leur adorable progéniture que le Chapiteau a proposé cet après-midi endiablé. Au programme, pour commencer, une animation autour de la sculpture de ballons où le clown Pierrot (Balthazar Gaulier), rejoint rapidement par son acolyte Auguste (Susana Alcantud), offrait des baudruches transformées en coeurs, en sabres de pirates ou en chiens aux enfants qui se distinguaient dans le cadre de compétitions où le sérieux n'était plus qu'un souvenir : concours de sourires, de grimaces, de gigotages de sourcils, etc. Le bal monté était noir d'enfants !

15 h : Accroche-toi si tu peux

Guillaume et Nicolas en pleine action

Bien échauffé, le public a pu ensuite rejoindre le stalker pour assister à "Accroche-toi si tu peux" où Guillaume et Nicolas ont partagé leur passion pour le jonglage. On savait depuis l'année dernière, grâce au collectif Protocole, qu'un spectacle de jonglage n'est pas forcément bariolé et clinquant : les duettistes en ont fourni une nouvelle preuve en allant encore plus loin dans le dépouillement scénique puisqu'ils ne sont que deux sur scène, qui plus est vêtus de façon très sobre. Leur prestation, qui faisait des emprunts à la comédie et à la chorégraphie, fut incontestablement une démonstration de souplesse et d'habileté assez stupéfiante bien qu'un peu longuette : le jeune public a applaudi à plusieurs reprises au cours de spectacle, autant par admiration pour la prouesse physique que par conviction d'arriver à la fin.

16 h : Aïe ! Chute !

Auguste et Pierrot en pleine action

Une fois les Invendus partis, la Compagnie Rouge Rouge 3, à qui l'on devait déjà l'animation autour des ballons, est revenue à la charge avec "Aïe ! Chute" où le clown blanc, Pierrot, tente désespérément de faire un tour de prestidigitation sans cesse retardé par les quiproquos entre lui et son assistant Auguste - les enfants parlaient de ce dernier au féminin, ayant bien vu qu'il s'agissait d'une clownesse. Ce réinvestissement du duo traditionnel formé par l'auguste et le clown blanc était classique mais efficace. On parle beaucoup des clowns tueurs, mais ceux-ci ne faisaient mourir que de rire !

JEUDI 30 MARS

18 h : Entre nous...

Annie Gibé et Brioux

Cet "entresort" proposé par le "cirque archaïque-post moderne" Zampanos fut assurément l'un des événements les plus déroutants du festival : se tenant dans un tout petit chapiteau installé dans le Stalker, il ne pouvait accueillir qu'un nombre restreint de spectateurs pour la bonne raison qu'un public réduit était préférable pour pouvoir interagir avec l'étrange vedette qu'était Brioux. Brioux est un humanoïde dont les yeux grands ouverts, presque enfantins, sont comme une annonce du regard "neuf" qu'il pose sur l'humanité : il pose au public toute une série de questions destinées à répondre à celle, fondamentale, de ce que signifie appartenir à l'espèce humaine. Ainsi l'humanoïde, tel Socrate, détraque nos certitudes et nous invite à nous interroger sur notre rapport à l'humain et à la machine voire à l'objet en général. Prouesse de l'animatronique, à aucun moment le dialogue qui s'instaure avec le public ne semble avoir été pré-rédigé et le spectacle, conformément au parti pris des Zampanos, s'écrit au fur et à mesure que l'assistance y contribue, de sorte que le doute s'installe concernant le statut de Brioux qui s'avère être une machine d'une grande humanité ; ce qui aurait pu être une source de malaise est heureusement contrebalancé par le côté attendrissant du personnage qui finit même par demander à être serré dans des bras humains, tel le petit enfant fragile qu'il est peut-être... Une seconde représentation a été proposée à 19h pour les retardataires.

  • Fabrication : Michel Gibé, Boris Abisset (animatronique), Annie et Suzy Gibé, Steffie Bayer, Raphaëlle Gris, Rémi David et David Lebrun.

20 h : Table ronde : La Machine

La table ronde "La machine"
La table ronde "La machine" depuis la scène du bal monté
Une soirée fertile en réflexions

Emboîtant le pas à la démarche des Zampanos et répondant à un souhait de Samuel Rossier, la représentation d'"Entre nous..." a été suivie de cette rencontre où différents "acteurs culturels" (pour reprendre l'expression consacrée) ont pu donner, à leur façon, leur point de vue sur la question très actuelle, et soulevée par Brioux, du rapport à la machine, Tanguy Marchand jouant le rôle du passeur de parole.

Claude Baudet, "artiste recycleur", a ainsi pu présenter ses machines qui ornaient le bal monté et expliquer sa démarche ludique : après toute une carrière dans l'enseignement, consacrée à apprendre comment construire des objets utiles, monsieur Baudet a pris le parti de construire des machine inutiles, seul comptant le plaisir d'admirer un mécanisme ingénieux en pleine action.

Le slameur Gaëtan Kerdraon a repris pour l'occasion un texte qui, de son propre aveu, a été écrit en l'espace d'une soirée suite à une discussion avec Samuel : l'artiste a notamment reconnu qu'il lui arrivait, en tant qu'autiste, d'agir comme une machine, le fait de reproduire à l'identique certaines actions étant pour lui un gage de sécurité.

Samuel Rossier a dirigé la conversation vers les perspectives, réjouissantes ou inquiétantes, qu'offrent les progrès de la technique, notamment celles du "transhumanisme" ou de "l'humain augmenté", autant de promesses de progrès qui sont, pour l'heure, entre les mains de grands groupes financiers à la philanthropie discutable.

Benoît Quinquis a présenté un court exposé sur une série d'Hergé méconnue, Les aventures de Jo, Zette et Jocko, où le dessinateur semble avoir eu la prescience, dans les années 1930, d'une éventuelle chute du mur séparant l'homme de la machine, un cauchemar habilement désamorcé par l'humour de l'auteur.

Michel et Annie Gibé, de la compagnie Zampanos, ont expliqué comment ils en sont arrivés, à la suite d'un coup bas des acteurs institutionnels, à concevoir Brioux qui doit trouver, à moyen terme, à s'intégrer dans un projet plus vaste : l'humanoïde sera le maître de cérémonie d'un spectacle intitulé "Poussière d'étoile" qui prendra place sous un nouveau chapiteau de 80 places. Les Zampanos ont ainsi fait part de l'influence exercée sur eux par les réflexions de Bernard Stiegler et ont insisté sur le fait qu'en dépit de la recherche d'empathie avec le public, ils envisageaient Brioux avant tout comme un outil : une manière de se protéger contre le syndrome de Pinocchio ?

Balthazar Gaulier (le pierrot de "Aïe ! Chute") de la compagnie Rouge Rouge 3 est lui aussi intervenu, annonçant l'évocation du thème de la machine dans le cabaret "La puta calle" que le Chapiteau allait accueillir après-demain, puis Herwann Asseh, chorégraphe de la compagnie Moral Soul, a traité de l'influence que pouvait exercer la machine sur l'art de la danse.

La projection, initialement prévue enfin de discussion, d'un épisode de la série Black Mirror, n'a finalement pas eu lieu, les participants ayant été vaincus par la fatigue qui, d'une certaine façon, est un marqueur de la distinction entre l'homme et la machine.

VENDREDI 31 MARS

Ronan Le Gouriérec entouré d'un public venu nombreux pour danser

19 h : Little Big Noz

La soirée a débuté par un temps pluvieux et venteux, une des rares fois où le chapiteau eut à affronter les intempéries : un temps typiquement breton pour une soirée qui ne devait pas moins l'être puisque c'était bien une initiation aux danses bretonnes qui était proposée par Ronan Le Gouriérec en prévision du Fest-noz qui allait suivre. Sur les airs de saxophone baryton de Ronan et avec l'aide de gommettes jaunes et vertes appliquées sur les chaussures, le public a posé une premier pas dans l'ambiance de la soirée : il ne fait nul doute que beaucoup de gens seraient moins réticents à l'idée d'apprendre à danser si ça pouvait toujours se faire d'une manière aussi festive !

20 h 30: Le Fest-noz du Chapiteau d'hiver

Animée par le trio "Fleuves", Ronan Le Gouriérc (comment ça, "encore lui" ?), le groupe Meascan et le duo La Quintrec-Le Corre, cette soirée fut certainement l'une des plus animées de tout le festival : tout comme pour la soirée d'ouverture des Renc'arts, le bal monté et le stalker ont été ouverts simultanément, permettant à ceux qui étaient fatigués de danser de se reposer au bar, un élargissement de l'espace qui ne fut pas superflu ce soir-là, marqué par une forte fréquentation. Gros succès aussi pour les crêpes et galettes préparées par Salomé qui achevaient de placer résolument la soirée sous le signe de la "breizhitude".

SAMEDI 1er AVRIL

Le petit chapiteau des Zampanos sous lequel le public a pu découvrir Le petit cercle boiteux de mon imaginaire
La troupe saluant le public à la fin du cabaret La Puta Calle
Le groupe qui a assuré l'accompagnement musical du cabaret La Puta Calle

14 h : Le petit cercle boiteux de mon imaginaire

En attendant leur chapiteau de 80 places, les Zampanos nous ont offert, sous le "plus petit chapiteau du monde" un spectacle particulièrement émouvant : un clown, interprété par Michel Gibe, tente de nous proposer une représentation extraordinaire avec Irène la poule, Griotte la chienne et Krakoss le rat mais rien ne se passe comme prévu - le rat s'échappe de sa cage et mange la corde sur laquelle la poule se tient en équilibre... Bref, notre clown, qui n'a visiblement pas renoncé aux rêves de gloire de son enfance, tente d'exploiter les ficelles traditionnelles du cirque mais se retrouve vite désarmé. Désarmé mais aussi désarmant car ses tentatives, qui nous renvoient à nos propres rêves de réussite, éveillent immanquablement l'empathie du spectateur et constituent une sorte de captatio benvolentiae à l'issue de laquelle l'interprète peut se permettre une démonstration apparemment plus anodine, avec des bulles de savon, mais qui invite justement à s'attarder sur la beauté de ce qui peut sembler dérisoire. Comme pour "Entre nous..." bien qu'à une autre échelle, le public ne peut pas rester inactif puisqu'il est invité à participer aux initiatives du clown pour sauver son spectacle, par exemple en guettant le rat que l'on tente d'appâter avec de la brioche ou en applaudissant à tout rompre pour faire croire à une réussite complète... La naïveté des personnages des Zampanos peut prêter à rire mais elle éveille aussi des sentiments d'empathie proches de l'attendrissement que l'on éprouve pour un petit enfant fragile et maladroit : en chaque adulte il y a un petit être meurtri qui sommeille, il n'est pas toujours inutile de le réveiller de temps à autre... Trois autres représentations de ce "petit cercle boiteux" ont été proposées cet après-midi et le lendemain : il aurait été vraiment trop regrettable de s'en priver...

20 h 30: Cabaret La Puta Calle

Le mot "cabaret" peut évoquer des souvenirs mitigés à ceux qui avaient assisté au "Cabaret décalé" lors de l'édition 2016 du Chapiteau d'hiver mais, avec ce cabaret-là, pas question d'amateurisme : grâce à des séquences comiques diverses et variées rythmées par un groupe de musiciens hors pair, la compagnie Rouge Rouge 3 se révèle digne de rivaliser avec les plus grands humoristes de "l'âge d'or" de Canal+. Dans la logique de la réflexion menée deux jours auparavant, la représentation avait la machine pour thème, donnant lieu, entre autres, à une séquence muette où un savant fou retente l'expérience du docteur Frankenstein pour se doter d'un partenaire sexuel, deux séquences d'impro dont une où les spectateurs étaient invités à déclamer un extrait de Cyrano de Bergerac à la créature du savant, une parodie de débat télévisé où des "travailleurs automatiques" font part de leurs revendications à un élu politique, des fausses pubs dénonçant l'absurdité voire le danger de notre dépendance toujours plus accrue aux machines - on voit un personnage obèse mourir étouffé par son propre robot servant faute d'avoir pu récupérer sa télécommande... Le public a même pu suivre, en fil rouge, les pérégrinations d'une bande de voyageurs qui se fient à un GPS pour arriver au Relecq-Kerhuon et s'en mordent vite les doigts ! On l'a compris, c'était du "Rouge Rouge 3" pour les grands, Balthazar Gaulier n'avait d'ailleurs pas pris les gens en traître en annonçant dès le début que certaines séquences n'étaient pas destinées aux enfants, même s'il a repris, toujours avec Susana Alcantud, le numéro de prestidigitation qui était au centre de "Aïe ! Chute !".

A l'issue de cette représentation, qui s'est jouée à guichets fermés, la compagnie a invité la chanteuse brésilienne Nil Paixao à se produire à son tour sur la scène du bal monté, concluant ainsi la dernière grande soirée de cette édition 2017.

DIMANCHE 2 AVRIL

Ned Land, le professeur Aronnax et Conseil prisonniers des pirates
Le professeur Aronnax, Conseil et le capitaine Nemo

16 h : Le Nautibus

C'est à la compagnie Rouge Rouge 3, décidément bien présente sur ce festival, qu'est revenu l'honneur de conclure le festival avec cette variation autour de l'intrigue de Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne : si le cabaret La Puta Calle pouvait rappeler aux amateurs Les Nuls, l'émission, le spectacle musical Le Nautibus évoque plutôt les spectacles ayant fait la renommée de Jérôme Savary et de son Grand Magic Circus bien qu'aucun membre de la troupe n'avoue connaître ce metteur en scène. De fait, selon les dires de Balthazar Gaulier lors de la table ronde sur la machine, tout serait plutôt parti de l'idée selon laquelle le capitaine Nemo serait, à sa façon, un précurseur des énergies renouvelables, de sorte que ce personnage impénétrable et apparemment inquiétant, que l'on pourrait croire hanté par le désir de vengeance et un orgueil démesuré, se révèle profondément écologiste voire anarchiste, fuyant une société humaine qui le révolte et dont le professeur Pierre Aronnax devient le représentant. En effet, le savant, bien que caricaturalement homosexuel, se conduit comme le symbole vivant du "phallogocentrisme" occidental dénoncé par Jacques Derrida, faisant en permanence l'apologie de l'exploitation outrancière des ressources naturelles, clamant que le pétrole et l'énergie nucléaire représentent le progrès... S'il n'y a pas beaucoup de place, dans un tel cadre, pour une démarcation très nette entre le bien et le mal, il y a place, en revanche, pour une adaptation "rock'n roll" d'un roman érigé au rang de mythe moderne, rythmée par une musique qui "déménage" avec de ravissantes choristes. Certains spectateurs ont déploré une musique trop forte pour un spectacle qu'ils croyaient destinés aux enfants, mais ça n'a pas empêché le 7è Chapiteau d'hiver du Relecq-Kerhuon de prendre fin en beauté.

Pour l'anecdote, si le "Nautilus" a été rebaptisé "Nautibus", c'est tout simplement parce qu'il existe une autre version du spectacle, interprétée avec le bus de tournée de la compagnie, le bus devenant le vaisseau que le public est même invité à visiter. Depuis quelque temps, confrontés aux mêmes problèmes que beaucoup (trop ?) d'autres artistes, Rouge Rouge 3 est obligée de se passer de bus de tournée, lequel n'est pas indispensable à la représentation et aurait peut-être été, de toute façon, difficile à faire entrer dans le stalker... Ces dernières considérations n'ont en rien atténué le succès de ce dernier spectacle et tous les protagonistes encore présents en soirée ont arrosé comme il se devait la réussite de ce 7è Chapiteau d'hiver où presque tous les spectacles ont fait salle comble.

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