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17h25: Apocalyptique vision de mort... L'Ocean Liberty vient de tuer

17h23.png Portail

Ocean Liberty

Il y a actuellement 109 articles liés à ce sujet.

Apocalyptique vision de mort

Avant propos : Ce dossier est lourd puisque chargé d'histoire racontée, décryptée par des témoins ayant vécu le drame et par les écrits ou photos archivés des services portuaire et des archives municipales. Nous remercions l'Ina et la cinémathèque qui nous ont apporté leur précieux concours. De par cette manne importante, nous vous proposerons 5 pages traitant de ce sujet. Vous êtes invités à peaufiner ces souvenirs par les vôtres. Quelques heures avant et puis au moment de l'explosion... par Gérard Jaffredou.

Son texte:Ma famille était installée en 1945/46, au Port de Commerce rue Jean-Marie Le Bris (du Chemin de fer à l'époque), dans une baraque en bois. Ce 28 juillet, vers midi je crois, alors qu'on se mettait à table, quelqu'un est arrivé en courant criant par les fenêtres "Sauvez-vous! Réfugiés, ensuite, dans l'ancien hôpital allemand un ordre nous est parvenu, rapidement, (comment, de qui ?) de ne pas rester là, de partir le plus loin possible.... Je nous revois montant les escaliers de Porstrein-Lapierre, morts de peur, dévorés d'angoisse, pleins d'inquiétude, sans aucune nouvelle «des hommes», en chaussons ou sabots, les mères en tabliers, trois ou quatre objets dérisoires dans les poches, fuyant vers la ville. On apercevait, de l'escalier, cet interminable panache de fumée au-dessus du port, puis arrivés là-haut, des curieux qui venaient au spectacle à l'extrémité Est du Cours d'Ajot.Une de nos voisines de la baraque, Madeleine Paugam, nous a conduits chez une soeur ou belle-soeur, dans petite maison entre la rue Paul Masson et le boulevard Montaigne. C'est là que, réunis autour d'une table et d'un coup de café, serrés les uns sur les autres, un peu réconfortés, nous avons entendu l'explosion. Un énorme bruit, bref : trois ou quatre secondes peut être : une éternité, et d'une extrême violence, indescriptible. Pendant longtemps le souvenir de ce bruit m'a terrorisé. Les jours suivants, le moindre claquement me faisait trembler. Nous sommes allés nous abriter chez un oncle, le frère de ma mère, à Kerinou, près de Bonne- Nouvelle. Nous sommes restés là au moins deux ou trois jours . Je suppose que mon père et mon frère Pierre nous y ont rejoints. Je revois en tout cas l'arrivée très inattendue, salvatrice pour moi, de mon prestigieux frère André. Son commandant l'avait mis en permission d'office, lui avait commandé de rallier Brest au plus vite : un liberty-ship y avait explosé, faisant vingt-deux morts. Il nous pensait dans le nombre, est allé directement chez un autre oncle-et-tante, à Kerzu-Kreis, à proximité de Kerinou.Bien plus tard, Pierre nous a raconté, en peu de mots, que lorsque le bateau à été évacué pour qu'il soit remorqué, l'ordre ne lui est pas parvenu, de sorte qu'il a failli rester à bord. La coupée étant déjà enlevée, il a débarqué par une aussière qui n'avait encore été larguée.Nous sommes revenus au Port. La baraque en bois avait été soufflée. Les "Ponts" nous ont installés un peu plus loin et plus haut dans une baraque "en dur", c'est à dire en parpaings, qui n'était pas achevée. Mais c'est une autre histoire.Pendant plusieurs mois ensuite, je passais matin, midi et soir devant une énorme bitte d'amarrage avec un bout de tôle épaisse arraché du pont, plantée dans le trottoir, au bout de la rue Salün-Penquer, à gauche en montant. Gérard Jaffrédou 4.02.2010.




L'entrée de l'hôpital allemand sur le port de commerce. Photo Yffic Dornic.


Un bruit fracassant suivi d'un souffle meurtrier: Le liberty ship vient d'exploser!

L'été de paix s'arrête brutalement.Une colonne de fumée grise monte jusqu'à 2500 mètres. Devenant ocre et noire elle forme un gigantesque champignon atteignant les 4000 mètres d'altitude... Hiroshima et Nagasaki surgissent des mémoires. LE SOUFFLE ravageur projette des milliers de débris pesant jusqu'à plusieurs tonnes pour des longueurs dépassant les 15/20 mètres... Un, de quelques kilos, va se ficher à Trémaouézan situé à 22 km!! (Nota: Au début de l'année 2010 deux de ces débris ont été découverts dans les charpentes de toitures en rénovation... en plein centre de Brest!!). Les badauds accrochés aux remparts du Cours Dajot se jettent derrière ceux-ci. Pourtant des mordus de la caméra filment ces instants apocalyptiques.Partout la mort terrasse des enfants, des femmes, des hommes. Une tôle vient guillotiner un être plein de vie boulevard Gambettta. Elle provient du navire déchiqueté. Les blessés sont 1000, 2000, 3000? Les gens hurlent, courent, fuient. Des photographes tirent des clichés afin que dans l'avenir ils sachent et n'oublient pas. La ville, le port reçoivent des morceaux de métal incandescents ouvrant des feux dans des immeubles et sur les toits de nombreuses baraques. Le bruit de la déflagration s'entend à des dizaines et des dizaines de kilomètres. Toutes les fenêtres voient leurs vitres brisées... ces éclats se fichent dans les chairs comme des aiguilles assassines. Des bâtiments s'effondrent tuant, blessant encore et encore. Des enfants assistent à la mort d'autres enfants... Une fillette de 7 ans devient muette pour 6 mois sous une dévastatrice tension psychologique. Une vague gigantesque de 6 à 7 mètres de hauteur balaie tout sur son passage et s'écrase sur la plage de Saint-Marc... Les baigneurs ont juste le temps de se mettre à l'abri abandonnant habits et sacs à mains à la furie destructrice.


17h25... 17h26... 17h27... Le ciel aspire une terrible colonne de mort.


L'inquiétante épaisse fumée noire . Photo Charles-Yves Peslin.


Une bitte d'amarrage du navire projetée vers le boulevard Gambetta. Photo Charles-Yves Peslin.


Un hôtel situé sur la falaise sous la rue Poullic Al Lor est détruit. Collection Robert Foirest.


Photo Charles-Yves Peslin.

A la même minute sur le banc de Saint-Marc...


La vedette des Abeilles est pulvérisée. Les poumons de Yves Bignon (30 ans) et François Quéré (27 ans) éclatent... Ils meurent sur le coup. A quelques encablures se trouve le commandant de l'Ocean Liberty, ERWEIN HOLST, qui reçoit un éclat fatal en pleine tête. Le capitaine de vaisseau Quédec est à ses côtés, à bord de la vedette du directeur du port; il a la vie sauve... Les vagues énormes coulent la vedette du major général; l'amiral Branellec et le capitaine de frégate de réserve Pont se sauvent à la nage... Elles retournent le bateau-pompe qui gîte, ensuite, de 50° tout en recevant des dizaines d'éclats.. Des pompiers sont blessés ou sont plongés en fond de rade. Eugène Le Fustec croit sa dernière heure arrivée... Il remonte à la surface... hébété... Le remorqueur "Canari" vient prendre ce navire en charge... "Le Goumier" revient et récupère un corps. Un transe-rade de la marine venant de la presqu'île de Crozon avec des techniciens est balayé: 2 morts... Sur mer comme sur terre l'effroyable se produit.




Merci aux archives de la Cinémathèque de Bretagne qui nous apportent leur précieux concours par le montage du film ci-dessus et composé de deux 9mm5.Les auteurs: 1er extrait > "Cours d'Ajot, explosion" de Jean Blanchet de la Lande 1947, 2ème extrait > ''Explosion à Brest'' de René Viala 1947.


Ci-dessous Jeannette Dubouilh nous parle de son père Eugène Le Fustec. Elle est accompagnée par son mari (à droite) et par Maurice son frère benjamin.







Photo de famille avec Eugène Le Fustec, sa fille Jeannette Dubouilh et son fils André. Archives Le Fustec de 1947.


A terre, justement, l'équipe de secours placée au 3ème éperon est projetée à 10 mètres mais échappe aux débris incandescents... Cependant deux sapeurs sont légèrement blessés et deux civils accompagnateurs ont un bras arraché pour l'un et une jambe sectionnée pour l'autre. La camionnette du matériel urgence est traversée par les éclats... Un de ceux-ci y met le feu. La moto-pompe voit son capot arraché. Aussitôt l'explosion les pompiers de la marine reviennent aux ordres du lieutenant Raymond Palu..

A terre, toujours, au château de Ker Stears il y a des enfants. Parmi eux Marie-Thérèse Guéguen 7 ans. Par la vidéo ci-dessous vous allez comprendre son drame de gosse. C'est un témoignage fort qui nous fait découvrir des résultantes non archivées. Cela signifie qu'en plus des morts, des blessés il y a des faits psychologiques destructeurs. Nous la retrouverons dans la 4ème et dernière page consacrée aux mémoires orales de quelques 15 personnes ayant vécu le 28 juillet 1947.


Malgré son sourire Marie-Thérèse Guéguen a des nuits agitées.

Constat de la détresse humaine.

Plus de 100 familles se trouvent sans logis... Leurs baraques viennent de littéralement imploser. L'hôpital Ponchelet (placé au dessus de la falaise) est quasiment dévasté... Le plafond du cinéma Eden s'est effondré... Les verrières des ateliers de l'arsenal situés sur le site des Capucins sont pulvérisées (lire page 1 le témoignage de Jacques PAGE). Les pompiers professionnels et bénévoles affluent avec du matériel de lutte contre l'incendie. Ils arrivent, promptement, de Guipavas, du Relecq-Kerhuon, de Morlaix, de Landerneau, de Landivisiau, de Quimper voire de Quimperlé et de Plougastel-Daoulas. Ils néantisent les feux ayant des foyers près de structures à risques: raffineries de Pétrole avec une cuve contenant des dizaines de milliers de litres d'essence, entrepôts de la Coopérative Agricole de l'Ouest avec ses produits réactifs à la chaleur, société des produits Chimiques de l'ouest où 450 tonnes de nitrate d'ammonium sont entreposées, Foyer du Soldat et du Marin ayant en réserve 10 fûts de 200 litres d'essence et 11 caisses de 50 kilogrammes de dynamite (des volontaires aguerris les extraient et les entreposent en lieu sûr!).


Vue de l'épave à partir du château de Ker Stears situé en face du banc de Saint-Marc.Photo Charles-Yves Peslin.


Vue prise, le 13 juillet 2010, à partir du même belvédère (Lycée Fénelon). Les conteneurs blancs sont sur l'emplacement de l'ancienne épave. Photo Yves Dornic.


Photo Charles-Yves Peslin... toujours au château de Ker Stears


Le site de Ker Stears abrite le lycée Fénelon. Photo Yffic Dornic du 8 juillet 2010.


La désolation est générale sur la région brestoise. Photo Charles-Yves Peslin.



Les bâtiments du dépôt pétrolier sont détruits par le souffle qui déforme aussi la cuve placée à gauche. Nous sommes sous le château de Ker Stears. Photo Charles-Yves Peslin.


Nous allons vers la quatrième page de cette visite historique sur une terrible explosion et de ses conséquences. Les témoignages récoltés en l'année 2010 sont précieux puisque offerts par des personnes ayant subi, vécu le drame. Ne ratez pas ce rendez-vous avec eux... L'émotion est là prenante. De plus vous découvrirez l'investissement de certains suite à cet évènement.


Fin de cette troisième page. Rendez-vous à la suivante : Mémoires de ceux qui ont vécu l'explosion de l'Ocean Liberty

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